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Dialogue arméno-turc : débat du Collectif VAN en Arménie (II)
Publié le : 11-02-2008

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - « Un beau jour la Turquie demandera pardon et reconnaîtra le Génocide »

Les jeunes sympathisants de l’Antenne d’Erevan du Collectif VAN ont tenu à mener à son terme le Colloque engagé sur le thème du dialogue arméno-turc.

Ils ont donc convié une jeune journaliste turque, vivant actuellement en Arménie, à exposer son point de vue sur la question du dialogue arméno-turc et sur le génocide arménien.

Nous avons volontairement laissé les citations de leur invitée, Amberin Zaman, telles quelles, malgré un certain manque de clarté, voire même de cohérence.

Si Amberin parle bien du génocide arménien (« Un beau jour la Turquie demandera pardon et reconnaîtra le Génocide »), elle suggère aux Arméniens de ne pas utiliser ce mot. Selon elle, ces derniers devraient se déplacer en Turquie pour parler aux Turcs des souffrances de leur peuple… Doit-on lui rappeler que le 19 janvier 2007, le journaliste arménien de Turquie Hrant Dink a été assassiné à Istanbul pour avoir mené ce travail ?

Amberin Zaman dit parler avec son cœur, mais tient en même temps un discours que l’on connaît bien : il s’est passé une tragédie, mais il ne faut pas dire que c’est un génocide, pour ne pas attiser le nationalisme et le racisme turcs.

Les intellectuels turcs manient souvent un double langage et la jeune journaliste turco-américaine ne semble pas totalement y échapper : est-ce par crainte de représailles (ce que l’on peut concevoir aisément), ou pour d’autres raisons ? Elle seule connaît la réponse.

Remercions l’antenne du Collectif VAN et sa jeune représentante Lilith Stépanian, qui a su mener une première action publique d’importance, ainsi que Elise Darbinian, membre du Conseil des Jeunes Sympathisants du Collectif VAN en Arménie, qui nous propose cet intéressant compte-rendu en français. Sans oublier SPFA qui a mis ses locaux à disposition pour ce colloque et qui anime en Arménie et au Karabagh des Clubs d’Etudiants Francophones.


Dialogue arméno-turc : débat du Collectif VAN en Arménie (IIème partie)


Samedi le 17 novembre 2007, l’Antenne d’Erévan du Collectif VAN a organisé la suite de la conférence-débat du 6 octobre 2007 portant sur le thème : ¨Etablissement de relations diplomatiques entre l’Arménie et la Turquie. Par quoi commencer le dialogue?¨. La conférence s’est tenue au local de l'organisation franco-arménienne SPFA avec la participation d’une trentaine de jeunes intéressés.

Lilith Stépanian, la représentante du Collectif VAN à Erevan, a d’abord rapidement résumé la conférence précédente, après quoi elle a présenté l’invitée spéciale, la journaliste américano-turque Amberin Zaman, correspondante pour la Turquie du journal The Economist. Amberin Zaman vit à Erevan en ce moment. La conférence s’est déroulée en anglais et en arménien (grâce à l’aimable concours de notre interprète, Jemma Mirsoian).

Amberin Zaman a commencé son intervention en annonçant qu’elle était venue à la conférence juste pour dialoguer et faire part de ses idées concernant le thème choisi. Elle a parlé de l’un de ses articles sur le conflit turco-kurde, qu’elle a pris le risque d’écrire en ayant malgré tout conscience du danger qu’elle pouvait courir. Elle a eu des collègues assassinés pour avoir osé soulever la question mentionnée.

Cela prouve qu’en Turquie, il n’y a pas de liberté d’expression. C’est pourquoi il serait, pour Amberin, très compliqué et périlleux de traiter en même temps du problème des Arméniens.

¨J’avais peur. Néanmoins, j’ai écrit un article où j’ai traité de ce problème. Dans mon article, comme je devais rester neutre, j’ai présenté le problème du point de vue des Arméniens et également, du point de vue des Turcs. Suite à cet article, les Arméniens de la Diaspora m’ont traitée de ‘négationniste’ et ils se sont fâchés contre moi. J’ai été fichée sur une liste noire d’Internet. C’est l’indignation des Arméniens qui m’a poussée à m’intéresser à l’Arménie et aux Arméniens, voire à visiter le pays. Voilà mon histoire.

Mais beaucoup de choses ont changé depuis. Et même en Turquie il y a des gens qui disent que le Génocide a eu lieu, ils s’expriment librement, des livres sur le génocide paraissent (Nota CVAN : liberté toute relative ! Les intellectuels qui parlent du génocide arménien et les éditeurs qui éditent des livres à ce sujet sont souvent jugés au titre de l’Article 301 pour insulte à l’identité turque. S’il est vrai que l’on trouve désormais en Turquie les livres de Dadrian, Ternon etc. - ce qui n’était pas le cas auparavant – les éditeurs qui prennent le risque de les publier (tel Ragip Zarakolu des Editions Belge), sont généralement poursuivis par la Justice).

L’image de l’Arménien change chez les Turcs. Par exemple, tout le monde sait que les Balian ont construit un joli palais en Turquie (Nota CVAN : la dynastie des Balian a fait plus que « construire un joli palais » ! Voir : http://www.collectifvan.org/article.php?r=0&id=13735).

Il y en a qui disent du bien des Arméniens, tandis qu’une grande masse reste fermée et continue à renier les faits. Les Turcs se divisent en deux parties : le peuple qui voit tout et qui est informé désormais, et le gouvernement qui mène sa politique. Et vous devinez probablement de quel côté je suis.¨

Question - ¨Qu’est-ce qui a provoqué l’indignation des Arméniens de la Diaspora ?¨

Réponse - ¨J’avais présenté les 2 opinions, celle des Arméniens et celle des Turcs, ce qui les a irrités, car pour eux, la question de savoir si le Génocide a eu lieu ou pas n’est pas discutable !¨

Question - ¨Quelle conclusion en avez-vous tirée ?¨

Réponse - ¨J’ai lu beaucoup de livres touchant ce problème. Et j’ai beaucoup de choses à apprendre encore. Je ne suis pas historienne. Je sais seulement que cette question a laissé un effet dramatique dans mon pays.¨

Question - ¨Qu’en pensez-vous ? La Turquie, va-t-elle reconnaître le Génocide ?¨

Réponse - ¨Il ne faut jamais dire : « Jamais » ! Mais si vous me demandez ¨très prochainement ?¨, je n’en suis pas sûre. L’essentiel est de connaître ce qui s’est passé. Le seul mot de ¨génocide¨ n’est pas suffisant pour décrire la tragédie... Le peuple a besoin de connaître la vérité. Vous devez venir en Turquie et parler vous-mêmes des souffrances de vos ancêtres.

Rouben Arevchatian, un Arménien d'Arménie qui a participé à la Biennale d'Istanbul, intervient pour apporter un exemple : « Pendant la 10ème Biennale à Istanbul, Atom Egoyan a présenté une performance où 6-7 têtes de femmes parlaient de l’histoire d’une femme qui a été violée pendant le Génocide. La salle était pleine de Turcs et d’étrangers. »

Question – Et si les Turcs venaient en Arménie pour s’informer sur place ?

Réponse – Ils n’en ont pas besoin. Ils en entendent déjà beaucoup chaque jour de la part de leurs voisins arméniens. Et puis, quand un Etat se sent en sécurité, il est plus facile de s’exprimer. La Turquie a beaucoup de problèmes. Nous avons l’UE pour nous dire de faire ceci, de faire cela. La Turquie est en train de construire des ¨pages noires¨ dans son histoire (conflit avec les minorités…).

Question – Mais comment expliquer quelque chose à ceux qui ont été élevés avec une histoire falsifiée ?

Réponse – C’est une question de temps. Il est inutile d’insister. En tout cas, un beau jour la Turquie demandera pardon et reconnaîtra le Génocide, je pense.

Une Arménienne de Turquie, présente à ce colloque, intervient : - ¨Je crois que vous avez (s’adressant au public) une fausse image du Turc d’aujourd’hui. Moi, en tant que représentante de la génération de vos aînés, je sais qu’à l’époque il était interdit de parler de certaines choses, car c’était tabou. Ma grand-mère ne parlait jamais du Génocide, comme ma mère ne parlait pas de Staline, ni mon père de la guerre. Hrant a été assassiné, car il voulait changer la Turquie. Si vous voulez, il ne les appelait pas Turcs, mais ¨Peuple d’Anatolie¨. Il les plaignait, car ils vivent dans le mensonge. La Turquie n’a pas peur d’une réparation financière car si grande qu'elle soit, les autres pays l'aideront, s'il le faut. Elle a peur de perdre un Etat qui a été élevé sur le mensonge, un pays artificiel. Hrant était en train de détruire ce pays.

Intervention – La génétique ne décide pas de la nationalité, mais la conscience. Beaucoup de jeunes en Turquie ont la même approche sur ce problème, mais n’en parlent pas, car chacun a son point de vue, ses intérêts. Tout simplement il nous faut comprendre quelle couche de la société turque tient à ne pas changer la situation actuelle pour observer le problème du point de vue de cette couche-même.

Question – Comme on le sait, les Biennales et les conférences se tiennent principalement à Istanbul. Mais est-ce que dans les autres villes de Turquie, les gens parlent également du génocide?

Réponse – C'est une très bonne question, car Istanbul est un autre pays. A Ankara, à Trabzon, tout le monde parle ouvertement. Istanbul diffère, bien sûr. Mais dans les autres villes ils en parlent aussi.

J’ai vu dans un magasin d’antiquités, de jolies tasses en porcelaine couvertes de boue. Le vendeur m’a expliqué qu’elles ont été trouvées dans un jardin. Evidemment, elles ont appartenu à une famille arménienne. Même aujourd’hui ils continuent à bêcher dans l’espoir de trouver quelque chose.

Un ami kurde m’a dit un jour ¨Ils ont mangé les Arméniens pour leur petit déjeuner, ils vont manger les Kurdes pour leur déjeuner.¨ Les Kurdes commencent à peser le rôle qu’ils ont joué pendant le Génocide. Il est à noter, beaucoup de familles kurdes et turques ont aidé les Arméniens pendant le génocide. Et pour commencer le dialogue je propose de prendre surtout en considération ces côtés positifs.

En tout cas, je crois que tout va aller mieux à l’avenir. Je trouve que l’essentiel n’est pas de dire ¨Oui, le Génocide a eu lieu¨. Il faut que vous voyiez vraiment cette peine, ce regret, cette honte dans nos yeux. Que nous puissions vous embrasser amicalement, sincèrement, en disant ¨Je m’excuse¨ !

J’ai visité l’Azerbaïdjan. Les Azéris m'étaient étrangers. Mais quand je suis venue en Arménie, je me suis dit: » Oh mon Dieu, combien nous nous ressemblons!». Tout le monde ici pense que je suis arménienne.Nous nous ressemblons, car nous sommes tous les deux des Anatoliens. Ce sont nos religions qui sont différentes.

Question – Quelles similitudes avez-vous remarquées entre les Turcs et les Arméniens ?

Réponse – Chez les deux, les mecs sont machos. Mais si l’homme est la tête de la famille, la femme en est le cou. La différence ? C’est la mentalité soviétique qui est conservée chez la génération arménienne de vos aînés. Mais les jeunes d’Arménie sont tellement amicaux et gentils !!!

Question – Pourquoi la Turquie n’a-t-elle pas de relations diplomatiques avec l’Arménie ?

Réponse – La Turquie essaie de changer quelque chose, de faire quelque chose. Je suis sûre que les deux présidents se parlent secrètement. La Turquie sait bien que cette situation n’est pas favorable pour elle.

Question – Il est évident que pour entrer dans l’Union Européenne la Turquie est obligée d’accomplir certaines choses, comme, par exemple, le respect des Droits de l’Homme, tandis qu’elle est en train de faire un peu de maquillage pour masquer la vérité. Et je crois que, de cette manière, elle se ferme la porte de l’UE au lieu de l’ouvrir.

La situation actuelle établie entre la Turquie et l’Arménie est quand même beaucoup plus défavorable pour la Turquie que pour l’Arménie. Et pourtant, ce n’est pas l’Arménie qui impose des conditions à la Turquie pour entreprendre des relations diplomatiques, mais la Turquie.

Réponse – Pour moi, l’essentiel ce sont les relations humaines. En tout cas, il ne faut pas juger le peuple sans prendre en considération la politique menée par le gouvernement. Récemment j’ai eu l’occasion de faire une proposition au Président Abdullah Gül qui la écoutée avec intérêt. Je lui ai proposé de commencer par s’excuser sans donner de justifications. Je lui ai expliqué que pour un commencement, les Arméniens seraient déjà très contents, compte tenu de leur générosité.

Question – Au départ, la Turquie a obligé l’Arménie à supprimer la question du Génocide et à reconnaître son intégrité territoriale. Maintenant elle a ajouté une nouvelle condition pour avoir des relations diplomatiques : il s’agit de créer un Conseil d’historiens turcs et arméniens pour discuter du problème.

Réponse – A mon avis, la proposition sera faite de toute façon, car la Turquie n’a rien à perdre. Et si l’Arménie refuse de remplir cette condition, l’Etat turc en sortira victorieux, accusant l’Arménie de bloquer les négociations. La Turquie attend un petit pas de la part de l’Arménie. Mais je suis là pour parler de mon cœur !

Question – Comment les jeunes de Turquie s’imaginent-ils la reconnaissance du Génocide ? Comme un critère important pour entrer dans l’UE?

Réponse – 65% de la population en Turquie est composée de jeunes (jusqu’à 35 ans). Les jeunes, en général, sont malléables, ils peuvent changer très vite. Mais la Turquie a récemment fait une grande découverte: même si l’UE n’est plus capable de changer quelque chose désormais, car sa réputation a chuté, la démocratie s’accroît de jour en jour dans l’Etat turc. Les militaires trouvent le gouvernement trop islamique (musulman). Le 27 avril 2007 le chef de l’Etat-major a déclaré qu’ils pouvaient faire un nouveau coup d’Etat. C’était un message au gouvernement, revendiquant un pays démocratique.

Question – Avez-vous fait quelque chose pour faire avancer le problème arméno-turc?

Réponse – Hélas, je n’ai rien fait encore! Mais je ne peux vous décrire ce que je ressens chaque fois, en tant qu’être humain, au musée du Génocide !

Compte-rendu préparé par Elise DARBINIAN
membre du Conseil des Jeunes Sympathisants du Collectif VAN en Arménie

Lire le Compte-rendu du premier Colloque :
Dialogue arméno-turc : débat du Collectif VAN en Arménie

© Collectif VAN - 08 janvier 2008 - 08:26 - www.collectifvan.org




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