Aujourd'hui : Vendredi, 1 juillet 2016
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Site officiel du Centenaire du génocide arménien de 1915
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Le Collectif VAN s'inquiète des propos du Président de Paris 1
Publié le : 04-04-2012

Le Président de Paris 1, fier de servir le négationnisme ?

Légende photo : Ethem Tolga et Jean-Claude Colliard

Le président d’une université française peut-il être fier d’avoir servi le négationnisme de l’Etat turc ? Au vu des propos [1] tenus lors d’un événement dédié aux vingt années de partenariat entre l’Université Paris 1 et l’Université Galatasaray d’Istanbul, on est en droit de se poser la question.

Le samedi 24 mars 2012, au cours du colloque qui s’est tenu à la Sorbonne et qui était intitulé « 1992-2012 : Vingt ans de changement en Turquie », Jean-Claude Colliard, président de l’Université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne) et président du consortium de soutien à l'Université de Galatasaray formé par 40 universités françaises, s’est vanté de s’être démené pour faire récemment invalider par le Conseil constitutionnel, une loi française réprimant la négation des génocides, votée par l’Assemblée nationale et le Sénat français le 23 janvier 2012.

Le 29 février dernier, M. Colliard avait déjà été chaleureusement remercié pour son activisme, lors d’une interview sur la chaîne turque 24, pro-AKP [3] donnée par son homologue turc Ethem Tolga, recteur de l’Université de Galatasaray (bien sûr également présent ce 24 mars).

La fonction d’un président d’université française inclut-elle de satisfaire les demandes d’une puissance étrangère ? Qui plus est lorsque celle-ci revient depuis 2009 à des pratiques fascisantes visant à museler ses opposants, qu’elle ne rougit pas de son passé génocidaire et qu’elle pratique un négationnisme d’Etat d’une virulence sans précédent ?

Nul doute que les signaux d’allégeance donnés par le représentant de la plus prestigieuse des universités françaises ont été perçus à leur juste valeur par l’éditeur et défenseur des droits de l’homme Ragip Zarakolu, qui, du fond de sa geôle, avait lancé un appel pour soutenir la loi française de pénalisation du négationnisme. Zarakolu, 66 ans, qui souffre de problèmes cardiaques, est inculpé de « terrorisme » et risque de 7,5 ans à 15 ans de prison pour avoir publié des ouvrages sur le génocide arménien et les droits des Kurdes. A son instar, de nombreux citoyens turcs risquent d’être poursuivis au titre de l’Article 301 du Code pénal turc, pour avoir demandé la reconnaissance par la Turquie du génocide qu’elle a commis en 1915. Mais que risquait donc Jean-Claude Colliard pour s’investir à ce point au service de l’Etat turc ? La peine de mort ? Non, à l’entendre, ce serait un simple coup de canif dans « l’amitié franco-turque » qui justifierait ses prises de position… On en frémit.

Au vu du script de son intervention (voir plus bas), des questions se posent :

1) M. Colliard a prétendu que la loi Boyer était indiscutablement anticonstitutionnelle : dans ce cas, quel besoin avait-il d’intervenir si activement pour la faire annuler, en enrôlant un groupe de constitutionnalistes et en allant jusqu’à impliquer 40 universités françaises dans cette offensive ? Pourquoi n’a-t-il pas laissé le Conseil constitutionnel prendre seul la décision d’invalidation, si elle allait de soi, décision d’autant plus prévisible que d’après le Canard enchaîné [4], la majorité des membres de Conseil constitutionnel n’étaient pas neutres, loin s’en faut ?

2) Le personnel de l’Université Paris était-il informé des démarches de J.-C. Colliard ? Les collègues de M. Colliard ont-ils approuvé le fait que pour complaire à la Turquie, Paris 1 se soit battu en faveur de la prolifération du négationnisme turc sur le sol français, autrement dit en faveur des défilés, dans les rues de Paris, d’un Comité Talaat Pacha (équivalent turc d’un Comité Hitler) déployant une banderole « Le génocide arménien est un mensonge international », des menaces de mort adressées, en France, aux associations luttant contre le négationnisme, de la censure qui frappe, dans notre République, l’utilisation de l’expression génocide arménien ?

3) Ne peut-on craindre la création d’une chaire négationniste à l’Université Paris 1, financée par la Turquie ou la Chambre de commerce d’Ankara, comme à l’Université de l’Utah (USA), et/ou l’organisation de conférences négationnistes également financées par des relais de l’Etat turc, et données par des « historiens internationaux », comme cela s’est produit le 4 février 2011 à la London School of Economics ?

4) Est-ce l’argent public français qui a financé le déplacement et le séjour d’Ethem Tolga, recteur de l’Université de Galatasaray, de tous les intervenants venus de Turquie, et le magnifique buffet qui a agrémenté ce colloque ?

5) Quelle est la signification de l’absence quasi-totale de communication sur ce colloque (avant et après sa tenue) ? Il n’était - et n’est - mentionné nulle part sur le site internet de Paris 1, la seule annonce publique sur internet se trouvant sur le site de Sciences-Po Grenoble… [2]

6) Compte tenu du négationnisme d’Etat extrêmement actif de la Turquie, et d’autre part, vu le désir particulièrement vif, à Paris 1, de préserver « l’amitié franco-turque » - une « amitié » qui implique visiblement, pour M. Colliard, la complaisance envers la négation d’un crime majeur contre l’humanité, quelles sont les chances que l’on enseigne autre chose que les différentes versions de l’histoire officielle turque, dans les universités Galatasaray et Paris 1 ?

7) Quel sens donner à la proposition de M. Colliard de mettre des historiens des universités françaises à la disposition de la Turquie si celle-ci se décidait à s’intéresser à son passé ? Estime-t-il que les historiens, qui étudient les faits depuis des décennies, ne sont pas compétents (y compris les historiens turcs qui ont publié des travaux prouvant la véracité incontestable du génocide) ? Ou compte-t-il proposer des historiens français, « enrôlés », au nom de l’amitié franco-turque, pour aider la Turquie à falsifier l’histoire plus habilement qu’elle ne l’a fait jusqu’ici ? Paris 1 n’aura pas à chercher bien loin : elle abrite en son sein, au moins un jeune apprenti historien qui réfute rageusement l’existence du génocide arménien et qui est allé « parfaire » ses connaissances et les mettre en pratique dans un think tank à Ankara…

8) Puisque M. Colliard mentionne que la Turquie refuse de « se plonger plus avant » dans son histoire, au nom de quelles valeurs morales s’échine-t-il à protéger la marée négationniste en France ? Et pourquoi ne parle-t-il que des « moments douloureux de son histoire [de la Turquie] ». Serait-il sur la même ligne que notre ministre des Affaires étrangères qui, dans sa grande compassion, avait déclaré à Ankara que "cette période [1915] est très douloureuse pour la Turquie, pour les Turcs, mais aussi pour les Arméniens." Que l’on se rassure, Alain Juppé avait bien ajouté : "mais aussi pour les Arméniens". Il avait semblé un instant qu'un génocide n'était douloureux que pour les descendants des bourreaux… M. Colliard, lui, ne parle que des moments douloureux de « l’histoire » turque. Mais, il se garde bien d’en citer les victimes…

9) Les partenariats de l’Université Paris 1 avec des universités chinoises ou celles d’autres autocraties ne donnent-elles pas lieu à d’autres complaisances vis-à-vis des violations des droits de l’homme? L’objectif de nos universités est-il, non pas de soutenir les humanistes et les enseignants démocrates de pays problématiques, mais de « préserver l’amitié » avec les autorités politiques de ces derniers ? On peut légitimement se poser la question lorsque l’on constate que la préservation de « l’amitié franco-turque » entraîne l’effacement total d’un génocide si exemplaire, que M. Colliard a pris soin de ne jamais prononcer l’expression « génocide arménien », ni même de faire une quelconque référence aux « Arméniens »…

10) Paris 1 va bientôt élire son nouveau président. L’un des candidats est le professeur Laurent Jaffro qui se trouve être le « représentant de l'établissement coordinateur du Consortium d'appui à l'université Galatasaray » : sa recherche, axée sur la philosophie morale et … l’éthique, ne l’a pourtant pas amené à se démarquer de l’allocution de M. Colliard à laquelle il a assisté. M. Jaffro pense-t-il concilier l’éthique avec l’appui de son université aux demandes pro-négationnistes - passées, présentes et futures - de Galatasaray ?

11) Se présenterait également aux élections, le professeur Philippe Boutry, actuel directeur de l’UFR d’histoire. Au vu des faits que l’on traite ici, M. Boutry ne devrait-il pas exposer sa conception de l’histoire ? N’est-on pas en droit de savoir s’il protège la « Liberté pour le négationnisme dans les rues et la presse françaises, et sur internet » ou bien s’il défend le respect des faits établis depuis des décennies par les historiens internationaux, même si ces faits déplaisent au Premier ministre turc Erdogan et à son gouvernement ?

12) Quel qu’il soit, le futur président de Paris 1 va hériter de ce partenariat avec l’Université Galatasaray. Après l’allocution de M. Colliard et les remerciements d’Ethem Tolga, les interventions de deux professeurs turcs (Ali Kazancigil et Emre Öktem) et d’un professeur français (Jean-Paul Burdy) ont dressé un portrait épouvantable de la Turquie actuelle. Or même après les avoir écoutés, ni M. Colliard, ni M. Jaffro, n’ont jugé utile d’exprimer la moindre compassion envers les victimes passées et présentes de la politique du gouvernement turc, et en particulier envers les chercheurs et les centaines d’étudiants turcs emprisonnés sans procès (600 à l’heure actuelle), parfois depuis des années. Comment le futur président de Paris 1 va-t-il se positionner par rapport aux violations des droits de l’homme en Turquie ?

13) Ce partenariat universitaire franco-turc va-t-il contribuer à faire l’impasse sur l’anéantissement des chrétiens, qui fonde l’identité turque moderne, et sur la confiscation de leurs biens ? C’est sur la spoliation des terres, des commerces, des usines et des propriétés des Arméniens que repose notoirement l’économie du pays. Galatasaray est installée dans des locaux historiques construits par l’architecte arménien Balyan : de plus, comme le reste des institutions turques, elle est inévitablement financée en partie par les fruits de cette « captation d’héritage », sans parler de l’apport des contribuables français - y compris ceux d’origine arménienne descendants des victimes du génocide. Plus de 35 millions d’euros ont été offerts en 10 ans à l’établissement turc. Le colloque célébrant cette année les 20 ans du partenariat, l’addition a-t-elle doublé ? Parmi ceux qui ont des affaires en cours ou en projet avec la Turquie n’y en a-t-il pas certains qui, comme les hommes d’affaires turcs de la TÜSIAD, ont tout intérêt à ce que le crime imprescriptible à la base de son économie soit nié ? Ce que les Américains appellent « blood money » n’aurait-il pas d’odeur, même au pays des droits de l’homme ?

Avant de laisser la parole à J.C. Colliard et à Ethem Tolga, répondons par avance à ceux qui vont rétorquer qu’une loi de pénalisation du négationnisme brimerait la « liberté d’expression ». Aucune des éminentes personnalités qui ont brandi l’étendard de la « Liberté d’expression » en France, ne s’est inquiétée de l’absence de liberté d’expression en Turquie : c’est pourtant la plus grande prison du monde pour les journalistes... Quant à ceux qui prétendent que la France n’est nullement concernée historiquement par les crimes commis en Turquie par les Jeunes-Turcs puis par Mustafa Kemal, cela révèle de leur part une ignorance consternante. Lorsqu’on aborde le « crime des crimes », la moindre des choses n’est-elle pas de se renseigner au préalable ?

Soulignons aussi que si ces deux présidents d’université ou leurs collègues constitutionnalistes, tel Robert Badinter - nommé Docteur Honoris Causa de l’Université Galatasaray d’Istanbul en mars 2011 -, étaient si préoccupés par les libertés en France, ils se seraient mobilisés depuis longtemps contre la Loi Gayssot, au nom d’une conception américaine de la liberté d’opinion.

De même, ils se seraient soulevés contre le vote, le 27 février 2012, de la loi protégeant les Harkis des accusations de trahison, loi qui n’a rien à voir avec le Tribunal de Nuremberg ou une quelconque juridiction internationale (si l’on s’en réfère aux « arguments » de M. Badinter concernant la justification de la Loi Gayssot). A ce sujet, notons la désinvolture avec laquelle M. Colliard parle de la Loi Gayssot, votée selon lui, uniquement pour adopter une loi proposée par le Parti communiste : pas un seul mot pour les victimes de la Shoah ou pour évoquer le problème des Faurisson et des Garaudy…

Pour notre part, nous estimons que le négationnisme, le racisme, l’antisémitisme ne sont pas l’expression d’une opinion, mais qu’ils perpétuent le crime et contiennent une dimension d’appel à un nouveau passage à l’acte. C’est pourquoi nous défendons ces lois et continuerons à les défendre.

Il serait souhaitable que l’enseignement supérieur français ne devienne pas le champ de toutes les dérives négationnistes et qu’il soit au contraire un rempart contre les falsificateurs de l’Histoire.

Dès à présent, prenons date : le Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme] mènera le dimanche 22 avril 2012, sa 8ème journée annuelle de sensibilisation aux génocides et à leur négation, sur le Parvis de Notre Dame de Paris, de 10h à 20h. Une vingtaine d’associations sont partenaires de cet évènement, parmi lesquelles le Centre Simon Wiesenthal, le Collectif Urgence Darfour, le CPCR [Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda], la Communauté Rwandaise de France [CRF], Ibuka France, la Licra, Mémorial 98, SOS Racisme, l’UEJF, IHD [İnsan Hakları Derneği, Association des droits de l’Homme de Turquie, affiliée à la FIDH], The Institute on the Holocaust and Genocide (Jérusalem), etc.

Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083 - 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 (0)1 77 62 70 77
Email: contact@collectifvan.org
www.collectifvan.org


[1] Voir plus bas le script des propos de M. Colliard au cours de la conférence « 1992-2012 : Vingt ans de changement en Turquie ».

[2] Hormis le Collectif VAN qui avait été informé indirectement de l’événement et l’avait annoncé sur son site, la seule annonce publique sur internet se trouvait sur le site de Sciences-Po Grenoble…

[3] Voir plus bas le script des remerciements de Ethem Tolga, recteur de l’Université de Galatasaray, adressés à M. Colliard pour son action visant à faire invalider la loi pénalisant la négation du génocide arménien.

[4] Le Conseil constitutionnel à nouveau épinglé par le Canard Enchaîné et Le Canard enchaîné s’interroge sur les conflits d’intérêts au CC


[1] Allocution de Jean-Claude Colliard

1992-2012 : Vingt ans de changement en Turquie


Colloque organisé par le Consortium d’appui à l’Université Galatasaray à l’occasion du 20e anniversaire de sa création
Samedi 24 mars 2012, en Sorbonne, Salle des Autorités
À l’ouverture ont pris la parole, Jean-Claude Colliard, président de l’Université Paris 1, puis Ethem Tolga, recteur de l’Université Galatasaray

*******

Allocution de Jean-Claude Colliard

Jean-Claude Colliard débute son allocution en soulignant que les vingt ans de Galatasaray sont également les vingt ans d’une coopération fructueuse : « Vingt ans, c’est le début de l’âge adulte, on peut prétendre à de grandes ambitions ». Il souligne l’excellence de cette université francophone et franco-turque, qui se place en 6e position parmi les universités en Turquie. Puis il mentionne la refondation, signée en mars 2011, du Consortium d’appui à Galatasaray, lequel a été piloté depuis son origine par l’Université Paris 1. Avec en France, 40 établissements académiques impliqués dans la coopération avec Galatasaray, il ajoute que le consortium figure un modèle : le « modèle Galatasaray » qui pourrait être appelé à se reproduire dans d’autres contextes. Il évoque des « licences délocalisées qui ont du succès auprès des étudiants », qui deviennent ainsi les « passeurs de deux cultures différentes » dans un contexte de mondialisation.
Dans une seconde partie, il évoquera « une amitié qui va plus loin ».

Nous donnons ici la retranscription d’extraits de cette seconde partie de l’allocution de Jean-Claude Colliard :

« Voilà ce qu’est notre coopération scientifique. Mais je crois qu’il y a entre nous une amitié qui va plus loin et qui a pu se manifester il y a quelques semaines lorsque nous avons connu un moment un peu difficile, et qui aurait pu l’être davantage encore, monsieur le ministre, dans les relations franco-turques, au sujet d’une loi votée et qui réprimait la contestation de génocides consacrés par des lois antérieures.

Nos amis de Galatasaray nous ont alertés, ils nous ont demandés d’intervenir auprès du gouvernement, auprès du parlement.


Auprès du gouvernement […] sans grande difficulté et nous avons eu des résultats, sans grande difficulté puisque […] Alain Juppé [Nota CVAN : membre du lobby franco-turc « Institut du Bosphore »] qui fait l’amitié de présider le groupe des parrains de Galatasaray [Président du Haut Comité de Parrainage de l’Université Galatasaray] était dans une position assez voisine de ce que l’on pouvait souhaiter.

Au Parlement, la question n’était pas une question de fond, mais c’est la question du poids électoral de telle ou telle communauté et à partir de ce moment-là les arguments rationnels étaient assez peu recevables.

Mais nous avons pensé qu’il y avait une autre manière d’agir. Et comme vous l’avez vu, notre ami Robert Badinter, c’est un nom que je prononce toujours avec beaucoup d’amitié et de respect et qui est pour moi la personnification du Juste et j’ai été très sensible au fait que vous ayez accepté l’année dernière au cours d’une très belle cérémonie dans votre université d’en faire un Docteur Honoris Causa de Galatasaray et Robert a montré l’attachement qu’il portait à ses engagements puisqu’il a fait une tribune dans Le Monde qui a eu un certain retentissement où en effet il a indiqué quel était le Droit.

De plus, notre Association des constitutionnalistes, l’Association française du droit constitutionnel qui se trouve par un hasard heureux présidé par un professeur de Paris 1, Bertrand Mathieu, dont le président du conseil scientifique est également un professeur de Paris 1, Dominique Rousseau, d’autres, Thierry Renoud, d’autres … que je n’oublie pas …

L’Association de droit constitutionnel […] a déposé un mémoire devant le Conseil constitutionnel – c’est une démarche assez rare - pour indiquer son analyse juridique […] qui n’est pas très difficile d’ailleurs à prévoir […] et le Conseil constitutionnel a annulé la loi en question.

Elle l’a annulé dans des conditions parfois mal comprises […] juridiques et très fondées […] qui était que s’il appartient à la loi de dire les conditions constitutives de telle ou telle infraction, de tel ou tel crime, il ne lui appartient certainement pas de dire que là une infraction a été commise et moins encore de dire qui l’a commise et à partir du moment où ceci n’était pas possible il n’était pas possible de réprimer la contestation de quelque chose qui n’était pas construit juridiquement.

Ce qui est important parce que contrairement à ce qui a été dit, cette décision du Conseil constitutionnel met à l’abri de la critique une autre loi qui a une importance symbolique considérable, qui est celle qu’on appelle la loi Gayssot, du nom de son promoteur. En réalité ce n’est pas uniquement Gayssot puisque […] je vais vous livrer un petit secret […] il y a bien longtemps j’avais travaillé […] [directeur du cabinet de Laurent Fabius] Laurent Fabius nous avait demandé […] de trouver une loi qui puisse être proposée, être votée, qui émane de chaque groupe politique et la difficulté avait été de trouver une loi qui émane du groupe communiste […] on avait cherché […] impossible le doublement du Smig, etc. et on tombe sur une loi proposée par le député Gayssot et qui prévoyait de pénaliser la négation de la Shoah, on se dit que c’est admirable […] personne ne va être contre […] et cette loi a été votée à l’unanimité […] c’est pour ça que quand […] la loi Gayssot devrait porter trois noms en réalité et non pas un. J’ai donc pour elle un attachement particulier. J’aurais dû me méfier, il paraît que dans certains textes sacrés, quand une décision est prise à l’unanimité, elle est réputée être nulle, je commence à penser qu’il y a une raison peut-être pour cela …

Bref, dans le cas d’espèce, la Shoah ayant été constatée par un Tribunal international ne tombe pas sous les dispositions de la nouvelle décision du Conseil constitutionnel.

Pardonnez-moi pour cette digression mais […] pour vous beaucoup […] et donc je tenais à vous dire que chacun dans le ]respect] de ce que nous avions à faire, nous avions essayé de faire tout ce qu’il était possible pour que l’amitié franco-turque, qui se manifeste notamment dans notre coopération, soit le moins altérée possible.

Reste, et pardonnez-moi, je vais être un peu [indiscret] mais l’amitié qui existe entre votre établissement et nous, me permet, je crois, de le faire.

Reste, le fond du problème qui appartient non pas aux politiques mais qui appartient aux historiens. Si un jour, mais c’est de vous que dépend cette décision, si un jour la Turquie voulait se replonger plus avant sur les moments douloureux de son histoire - ce sera aux historiens de le faire - et dans la mesure où nos établissements ont parmi eux bon nombre d’historiens qui peuvent nous apporter leurs réflexions, sachez qu’ils sont à votre disposition.

Pour aujourd’hui, ce n’est pas de cette histoire séculaire dont nous devons parler mais de l’histoire plus récente […] l’histoire immédiate c’est-à-dire des vingt ans derniers. Galatasaray a vingt ans mais cela veut dire aussi vingt ans de changement en Turquie. Le titre que vous avez choisi pour ce colloque et c’est ce que nous voulons entendre qu’est ce qui a changé dans ce pays qui pourrait le rapprocher de l’Europe mais […] je ne vais pas le faire deux fois dans la même matinée […] qu’elles ont été ces évolutions […] de cette journée autour de trois thèmes qui ont été indiqués dans le programme du colloque et je me réjouis grâce à vous d’en apprendre davantage. À ce colloque, je me réjouis de participer je voudrais dire tous les vœux de succès que je forme pour sa réussite et mes remerciements à ceux qui ont permis cette belle rencontre qui marquera et notre amitié et notre préoccupation commune en matière scientifique. »


***********

[3] Interview du 29 février 2012, sur la chaîne turque 24, pro-AKP, d’Ethem Tolga, recteur de l’Université de Galatasaray - http://tvarsivi.com/player.php?i=2012020905722

Le recteur de Galatasaray cite une par une les actions menées et les personnes contactées pour faire obstacle à la loi. Il espère que leur influence dans le milieu intellectuels français donnera d'autres conséquences pour que les vérités historiques soient enfin vues et comprises. Il est persuadé que si les intellectuels français sont conquis, les politiciens aurons moins d’influence… Il a parlé de Robert Badinter, d’Alain Juppé, d’Esther Benbassa, du Recteur de la Sorbonne, du consortium français qui subventionne les recherches à Galatasaray…

Voici la traduction de ce que M. Tolga dit dans la vidéo à propos du président de la Sorbonne, Jean-Claude Colliard :

« ... Puis j'ai écrit une lettre au président de l'Université de la Sorbonne Jean-Claude Colliard. C'est une personne très influente dans la sphère des 40 universités françaises qui forment un consortium de soutien à l'Université de Galatasaray. Le président de ce consortium est en même temps le président de la Sorbonne. D'abord, j'ai contacté verbalement Jean-Claude Colliard, nous sommes tombés d'accord. Nous avons envoyé le Senato ( ?) de Galatasaray, constitué de 14 professeurs. Nous avons dit que cette loi est en contradiction avec le droit universel et la constitution française... Nous nous sommes mis d'accord. Jean Claude Colliard a envoyé notre point de vue aux 40 universités françaises et une importante dynamique a été créée dans les milieux intellectuels et académiques. En plus, six éminents professeurs de Droit de la Sorbonne ont préparé un rapport, dont Colliard m'a envoyé une copie. Ce rapport a été envoyé au Conseil Constitutionnel... Ceci est très important car ce rapport était un soutien important aux interventions politiques (en notre faveur). Je pense que le résultat de ces soutiens (politiques et juridiques) a été très important. »


Lire aussi :

Liberté pour Ragip Zarakolu : Dossier complet

Zarakolu : les limites de la liberté d’expression

Loi Contre la Négation du Génocide arménien : manifestation turque à Paris

Cela se passe en France ou cela vise des Français

Cachez ce génocide que je ne saurais voir

Que pense André Kaspi de Justin McCarthy ?

Taner Akçam: « la négation du génocide est une industrie »

Juppé : Paris accueillerait une commission sur le génocide arménien

Injures aux Harkis : la proposition de loi adoptée

Badinter : la confusion des arguments


Génocide arménien : l'argent du crime finance sa négation


Badinter, Publicis et la Turquie

1992-2012 : 20 ans de changements en Turquie ?

Les courroies de transmission d’un Etat négationniste étranger




Retour à la rubrique



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org