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Le Collectif VAN sur L'Arche/ Génocide arménien: le dérapage de Pierre Nora -II
Publié le : 20-12-2011

Contrairement à ce qu'en pensent certains hommes politiques, les atteintes à la dignité des victimes et des descendants de rescapés du génocide arménien sont légions en France. A la suite du dérapage de Pierre Nora, historien, sur France-Inter le mercredi 12 octobre 2011, le Collectif VAN avait réagi le lundi 14 novembre 2011 sur le site de l’Arche, par une tribune en deux parties exposant les manoeuvres, pressions et chantages de la diplomatie d'Ankara plus que jamais d'actualité à la veille des débats qui vont se dérouler ce jeudi 22 décembre 2011 à l'Assemblée Nationale. "Pierre Nora s’élève contre la variante « arménienne » de la loi Gayssot au motif exécrable que la France ne serait pas responsable du génocide arménien. Faisons donc fi des 500 000 citoyens français descendants des réfugiés arméniens que la France a accueillis au lendemain de la Première Guerre mondiale. Et – bien que tout ceci appartienne à l’Histoire de France – oublions les volontaires et résistants arméniens, survivants du génocide de 1915, qui – de Verdun au Mont Valérien -, sont morts pour une autre idée de la solidarité nationale. Mais faut-il aussi passer à la trappe les multiples accords et traités concernant l’Empire ottoman, initiés ou paraphés par la France ? Le 20 octobre 1921, il y a 90 ans, se scellaient les accords franco-turcs d’Angora [Ankara], où notre pays a bel et bien engagé sa responsabilité. Puissance mandataire en Cilicie, la France se retirait de Turquie, abandonnant aux mains de l’armée kémaliste, la population arménienne rescapée du génocide de 1915, et qu’elle avait incité à réintégrer ses foyers. Ce fut une boucherie, suivie d’un nouvel exode pour des dizaines de milliers d’Arméniens. Les soldats de l’Armée française d’Orient qui ont versé leur sang dans cette petite Arménie au nord de la Syrie ont aujourd’hui, pour seul linceul, le mépris de M. Nora…" Voici la seconde partie de la tribune du Collectif VAN, publiée en novembre 2011 sur le site de l'Arche, média du Fonds Social Juif Unifié.

Génocide arménien: le dérapage de Pierre Nora -II

Par Séta Papazian | L'Arche | 18/11/2011 | 16h31


Légende photo : Trois victimes parmi les 1 500 000 Arméniens, hommes, femmes, enfants, vieillards, exterminés lors du génocide perpétré en 1915 dans l’Empire ottoman (Turquie) sur ordre du gouvernement Jeune-Turc dirigé par Talaat Pacha. « Si vous écrasez trois mouches, on peut aussi vous parler d’un génocide » (Pierre Nora, historien, sur France-Inter, le mercredi 12 octobre 2011). Pierre Nora, historien, Président de la 14e édition des « Rendez-Vous de l’Histoire » à Blois, Président de l’association « Liberté pour l’Histoire » et membre de l’Académie française, régulièrement invité dans les médias, a dérapé en direct sur France-Inter le mercredi 12 octobre 2011, au micro de Bernard Guetta et Thomas Legrand. Des propos hasardeux qui interpellent sur la légitimité de l’historien à s’exprimer sur des sujets qu’il ne maîtrise visiblement pas. Le Collectif VAN réagit sur le site de l’Arche, par une tribune en deux parties dont voici la fin.

Une citoyenneté à deux vitesses

Pierre Nora s’élève contre la variante « arménienne » de la loi Gayssot au motif exécrable que la France ne serait pas responsable du génocide arménien [1]. La République et la notion de citoyenneté seraient ainsi uniquement fondées sur la reconnaissance d’une culpabilité, celle que la France ressent, à juste raison, envers les Juifs qu’elle a livrés à la barbarie nazie.

Faisons donc fi des 500 000 citoyens français descendants des réfugiés arméniens que la France a accueillis au lendemain de la Première Guerre mondiale. Et – bien que tout ceci appartienne à l’Histoire de France – oublions les volontaires et résistants arméniens, survivants du génocide de 1915, qui – de Verdun au Mont Valérien -, sont morts pour une autre idée de la solidarité nationale. Mais faut-il aussi passer à la trappe les multiples accords et traités concernant l’Empire ottoman, initiés ou paraphés par la France ? Le 20 octobre 1921, il y a 90 ans, se scellaient les accords franco-turcs d’Angora [Ankara], où notre pays a bel et bien engagé sa responsabilité.

Puissance mandataire en Cilicie, la France se retirait de Turquie, abandonnant aux mains de l’armée kémaliste, la population arménienne rescapée du génocide de 1915, et qu’elle avait incité à réintégrer ses foyers. Ce fut une boucherie, suivie d’un nouvel exode pour des dizaines de milliers d’Arméniens. Les soldats de l’Armée française d’Orient qui ont versé leur sang dans cette petite Arménie au nord de la Syrie ont aujourd’hui, pour seul linceul, le mépris de M. Nora…

Crime contre l’humanité et génocide

M. Nora devrait visionner l’excellent documentaire allemand « Aghet » (« Catastrophe » en arménien), diffusé sur Arte le 20 avril 2011. Le film rappelle que la notion de crime contre l’humanité a été invoquée pour la première fois le 24 mai 1915, dans la déclaration de la France, de l’Angleterre et de la Russie qui dénonçaient les exactions contre les Arméniens de l’Empire ottoman. Devrait-on clouer au pilori ces Etats et leurs hommes politiques qui ont « qualifié l’histoire » ? Faudrait-il s’insurger contre le fait que, dès 1915, la France ait mis l’accent sur la défense des droits de l’homme, à partir du cas arménien ? N’est-ce pas pourtant ce qui a permis au concept de crime contre l’humanité de s’imposer ensuite à Nuremberg et d’y définir l’entreprise monstrueuse de destruction industrielle des Juifs d’Europe ?

L’historien affirme sans rire que le crime contre l’humanité consiste à « punir des gens qui sont encore vivants et les poursuivre jusqu’à ce qu’ils soient morts ». Quid alors de la Convention sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, entrée en vigueur le 11 novembre 1970 ?

Le génocide arménien est un événement historique avéré, validé au niveau international par l’inventeur même du mot génocide, Raphael Lemkin, dont les témoignages précieux sont à écouter dans « Aghet » [2] C’est un fait incontestable qui a été établi depuis des décennies par les plus grands chercheurs français, américains, israéliens, allemands, danois, suédois, italiens, turcs, arméniens, spécialistes des génocides.

Les seules archives de la Turquie (avant épuration ou falsification) – avec entre autres, le procès des responsables du génocide à Constantinople en 1919 ou les Carnets de Talaat Pacha, le bourreau du peuple arménien – et celles de ses alliés allemands, suffisent à convaincre les plus exigeants. Tout comme les archives des gigantesques opérations d’aide humanitaire internationales, diligentées à l’époque pour porter secours aux Arméniens. La loi que P. Nora redoute n’empêcherait d’ailleurs pas une forme particulièrement perverse de déni : le négationnisme par omission, « l’arme fatale » par excellence. Les communications, les publications, les émissions consacrées aux génocides du XXe siècle, à la Grande Guerre, à l’histoire de la Turquie, qui font un silence absolu sur les Arméniens et leur extermination, sont légions. Cette « purification » de faits historiques ne choque-t-elle pas P. Nora ? [3]

Le génocide arménien, une idéologie ?

La Justice est désarmée : elle n’a pas su (ou pas voulu ?) répondre aux multiples offenses qui se produisent en France. Qu’il s’agisse des manifestations à Paris des sinistres Comités Talaat Pacha (que penserait-on de Comités Adolf Hitler défilant Place de la Bastille ?), de la manifestation lyonnaise du 18 mars 2006 qui a mis en évidence la dangerosité des extrémistes Loups Gris, des profanations et destructions de stèles à la mémoire du génocide arménien, du procès perdu par une association arménienne face au Consul Général de Turquie à Paris et à son hébergeur internet concernant la mise en ligne d’un texte intitulé « Allégations arméniennes et faits historiques », ou des violences non punies à l’encontre de jeunes Français d’origine arménienne, agressés aux cris de « Nos parents ont massacré vos parents et on va finir le travail. On va tous vous brûler ! » [4], tout démontre un vide juridique préoccupant.

« Le passé a cessé d’être un savoir pour devenir un enjeu » a-t-on entendu en clôture des Rendez-Vous de l’Histoire à Blois d’octobre 2011. Effectivement. Il importe donc de protéger les citoyens qui s’épuisent à préserver ce savoir sur le passé, face à des enjeux géostratégiques démesurés. Quel recours autre que légal peut-on leur offrir pour freiner la prolifération d’un négationnisme étatique étranger sur les territoires de la République française?

Pierre Nora – dont on attend qu’il fasse des excuses au lieu de se poser en victime d’attaques incessantes (en impliquant, au passage, un BHL pourtant favorable à la pénalisation) – a, depuis l’interview du 12 octobre, enfoncé le clou. Après avoir, sur France-Inter, suggéré que le génocide des Arméniens équivalait à trois mouches écrasées, il s’est défendu dans la Nouvelle République du 15 octobre 2011 : « le mot de génocide est très codé et des idéologies s’en emparent ». Est-ce à dire que, pour P. Nora, le génocide arménien est une idéologie ? Comment qualifie-t-il alors le négationnisme de l’Etat turc ? [5]

S’il était opposé aux lois dites mémorielles au nom du libre examen et de la liberté d’expression, l’historien Pierre Vidal-Naquet n’en tenait pas moins, pour sa part, un discours sans ambiguïté: « Le cas le plus douloureux peut-être est, dans ce domaine, le cas de l’historiographie turque du génocide arménien de 1915. (…) Mettons-nous à la place des minorités arméniennes un peu partout dans le monde. Imaginons Faurisson ministre, Faurisson général, Faurisson ambassadeur, Faurisson membre influent des Nations unies, Faurisson répondant dans la presse chaque fois qu’il est question du génocide des Juifs, bref un Faurisson d’État doublé d’un Faurisson international et, avec tout cela, Talaat-Himmler jouissant depuis 1943 d’un mausolée solennel dans la capitale [6] ».

L’éthique professionnelle de l’historien implique méthodologie historique et respect de la vérité historique. En s’exprimant – mal – sur un sujet qu’il dit lui-même ne pas maîtriser, Pierre Nora ne nuit-il pas à la profession d’historien qu’il prétend justement protéger?

Au nom de « Trois mouches écrasées ».
En mémoire des 1 500 000 victimes du génocide arménien de 1915.

Séta Papazian
Présidente du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
www.collectifvan.org – contact@collectifvan.org



[1] Voir ICI la retranscription de l’interview de Pierre Nora. Ou écouter la bande audio sur France-Inter
Faut-il s’en étonner ? L’interview, dans laquelle M. Nora stigmatise à plusieurs reprises les « Arméniens » avec un dédain non dissimulé, a déjà trouvé son public : sous le titre « L’historien Pierre Nora réprouve énergiquement les agissements du lobby arménien en France », les propos de P. Nora figurent sur le site raciste Arménologie, dont le bandeau annonce « Le peuple arménien, son histoire, ses mœurs, ses mentalités ».


[2] Le reportage Aghet exhume une interview de Raphael Lemkin, diffusée sur CBS en 1949, dans laquelle le juriste juif polonais laisse un témoignage qui a valeur de testament historique pour les Arméniens : « J’ai commencé à être intéressé par les génocides, car cela est arrivé si souvent. C’est arrivé aux Arméniens, et après les Arméniens, qui ont été très désavantagés par le Traité de Versailles, car les auteurs du génocide n’avaient pas été punis, (…) »
Aghet.

Voir aussi un autre extrait vidéo de cette même interview de Raphael Lemkin. On y entend la conclusion de la phrase : « C’est arrivé aux Arméniens, et après les Arméniens, (…) Hitler est entré en action. »

[3] Un fils de déporté juif, outré, a signalé au Collectif VAN la censure du génocide arménien dans les programmes du Festival Travelling Istanbul (Saison turque en France sous l’égide du ministère français de la Culture).

[4] Agression du 27/11/2004 à Valence : les auteurs ont été condamnés à 1 € symbolique avec dispense de peine.

[5] Interview de Pierre Nora dans La Nouvelle République. A propos d’idéologie négationniste, voir notre article au sujet du site du Ministère turc de la Culture qui met en ligne en 8 langues sa contestation des « allégations arméniennes ».

[6] Pierre Vidal-Naquet – Les Assassins de la mémoire – Chapitre V. L’HISTOIRE ET LA NATION – Le Mausolée de Talaat Pacha, grand ordonnateur du génocide des Arméniens, est situé à Istanbul, à côté de celui d’Enver Pacha, Ministre de la guerre du gouvernement Jeune-Turc en 1915. Talaat Pacha, dont les cendres ont été rendues au gouvernement turc par Hitler, est honoré comme un héros en Turquie, avec des écoles et des avenues à son nom.


Lire aussi :

Minimisation et négation du génocide arménien en France (I)

Génocide arménien, les témoins du réseau NILI
(ces activistes juifs luttant contre l’Empire ottoman ont été les témoins de l’extermination des Arméniens)

Pénalisation du négationnisme : le texte de la Commission des Lois

Observatoire du Négationnisme du Collectif VAN




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Source/Lien : L'Arche



   
 
   
 
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