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Relations franco-turques : le Collectif VAN sur le Huffington Post
Publié le :

Cet article est une mise à jour du texte de Séta Papazian, Présidente du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme], publié le 28/06/2012 sur le Huffington Post et intitulé « Euro 2012 : Erdogan passe le ballon à Hollande ». Y est analysé le réchauffement des relations franco-turques, alors que M. Laurent Fabius recevra à dîner au Quai d’Orsay M. Ahmet Davutoglu, ministre des Affaires étrangères de la République de Turquie, ce jeudi 5 juillet à 20h. Un procès-fleuve a débuté lundi 2 juillet dans le pénitencier de Silivri, à l’encontre de 205 opposants politiques turcs et kurdes, parmi lesquels l'éditeur turc Ragip Zarakolu et l’universitaire Büsra Ersanli. En sera-t-il question lors de cet entretien ?

Copyright photo : AA

Le Huffington Post

Euro 2012 : Erdogan passe le ballon à Hollande

Séta Papazian

Présidente du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]

Publication: 28/06/2012 23:42

Fidèle à son habitude, Recep Tayyip Erdoğan donne le tempo des nouvelles relations bilatérales qui se sont ouvertes entre la France et la Turquie depuis l'élection de François Hollande. Il semblerait que l'entretien - qui s'est tenu entre le Premier ministre de la République de Turquie et le Président de la République française le mercredi 20 juin 2012 en marge du Sommet de Rio - ait porté ses fruits. Et Ankara attend beaucoup de la rencontre entre les chefs des diplomaties turque et française ce 5 juillet à Paris.

"La nouvelle position de la France" dont il est fait mention dans les déclarations officielles turques, mérite pour le moins d'être explicitée par l'Elysée et le Quai d'Orsay afin qu'elle ne soit pas interprétée comme une énième contorsion émanant du Kâmasûtra de la Real-Politik. Un recul des positions françaises serait un signal fâcheux alors que s’est ouvert le 2 juillet à Silivri, le procès [1] de l'éditeur turc Ragip Zarakolu, défenseur de la liberté d'expression, pressenti pour le Prix Nobel de la Paix 2012, qui avait eu le courage d’intervenir, du fond de sa cellule, en faveur de la loi française pénalisant le négationnisme de l’Etat turc.

Entre levée des sanctions et menaces d'Ankara

Ainsi donc, le Président français est invité officiellement en Turquie pour tourner la page des vicissitudes dues à la loi pénalisant la négation du génocide arménien. Ankara ayant annoncé avoir levé ses « sanctions » contre la France, il importe de savoir si cette « mansuétude » est due à une quelconque promesse diplomatique de ne pas inscrire à l'ordre du jour un projet de loi pénalisant la négation du génocide arménien en France.

Le candidat socialiste, qui avait pris, au cours de sa campagne électorale,"l'engagement de reprendre ce dossier" [de la pénalisation du négationnisme] "dans l'apaisement, dans la conciliation et en même temps, dans la volonté d'aboutir", ne peut se situer, en la matière, en deçà de Nicolas Sarkozy.

Que cela plaise ou non, l'ancien Président a laissé un héritage fort avec des discours officiels que nul chef d'Etat au monde n'avait osé tenir à ce jour. Ceux qui regrettent que cette posture courageuse -concernant la négation du génocide arménien ou le génocide des Tutsi au Rwanda- ait été tenue par un homme politique controversé, vont devoir se poser la question suivante : François Hollande, héritier de Jaurès, peut-il se permettre de brader les valeurs universelles des droits de l'homme pour se soumettre à un lobby économico-politique dédaigné par son prédécesseur, proche des milieux d'affaires ? Dilemme...

Comme il l'avait promis le 24 avril dernier lors des commémorations parisiennes du génocide arménien, le nouveau Président se doit de mettre à l'ordre du jour un nouveau projet de loi pénalisant le négationnisme. Et ce d'autant plus que le message adressé par le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu - reçu ce 5 juillet par son homologue français Laurent Fabius - laisse transparaître les agaçantes et inacceptables menaces qui identifient la diplomatie néo-ottomane: "Les relations franco-turques ont l'opportunité de prendre une meilleure tournure. Notre position principale est claire. La Turquie, son Etat et son gouvernement respecteront toutes les nations qui les respectent. Si on manque de respect à la Turquie, les mesures nécessaires seront prises pour l'honneur de notre pays, la dignité de notre nation, et les intérêts nationaux".

Génocide arménien : une atteinte à l'honneur de la Turquie

Il n'a justement échappé à personne qu'évoquer le génocide arménien est une atteinte à l'honneur de la Turquie. L'Article 301 du Code pénal turc stipule que "Le dénigrement public de la nation turque (...) sera puni de six mois à deux ans d'emprisonnement ": à ce titre, affirmer l'existence du génocide arménien peut conduire tout citoyen turc à la case "prison".

La Turquie ne reconnaissant pas la double nationalité, les poursuites judiciaires peuvent également concerner des Franco-Turcs : l'affaire de l'étudiante française d'origine turque, Sevil Sevimli [2], partie en Turquie dans le cadre des échanges Erasmus [3] et emprisonnée pour "terrorisme" depuis le 9 mai, vient rappeler que la violence du droit turc peut frapper nos concitoyens sans que le Quai d'Orsay ne puisse intervenir.

Fort heureusement, François Hollande ne risque pas de connaître le sort des 7000 détenus politiques [4] turcs et kurdes qui attendent le "printemps turc" en prison, dont 600 étudiants parmi lesquels Cihan Kimizigül, étudiant de l'université franco-turque Galatasaray, condamné à une peine de 11 ans et 3 mois de prison le 11 mai dernier pour port d'un foulard kurde [5]. Arrêté à l'âge de 19 ans, Cihan a déjà fait deux ans de prison et avait été fort opportunément mis en libération conditionnelle la veille du Colloque organisé par Paris 1 et célébrant en avril 2012, les 20 ans de l'Université francophone d'Istanbul.

M. Hollande ayant estimé que l'invitation à se rendre en Turquie était pour lui "un privilège" [n'est-ce pas un peu trop pour honorer un Etat qui glisse depuis trois ans vers un fascisme vert inquiétant ?], souhaitons qu'il saisisse l'opportunité du réchauffement des relations franco-turques pour adresser dès à présent un signal fort au gouvernement turc et l'inciter à respecter les valeurs démocratiques et morales supposées être en vigueur dans l'Union européenne.

Ragip Zarakolu, un futur Prix Nobel en prison ?

Car la situation est préoccupante : depuis le lundi 2 juillet 2012 à 9h du matin, se tiennent dans le pénitencier de Silivri, ville située à 67 kilomètres à l'ouest d'Istanbul, les procès KCK impliquant de nombreux intellectuels turcs, dont l'éminent éditeur Ragip Zarakolu.

Fondateur de l'Association turque des droits de l'homme [IHD], pressenti pour le Prix Nobel 2012, celui-ci est le précurseur, en Turquie, d'un courageux travail de mémoire sur le génocide arménien [6]. Seule une pression internationale aboutira à sa libération ainsi qu'à celle de tous les intellectuels - telle l'universitaire Büsra Ersanli [7] - jugés ces jours-ci pour "terrorisme" , délit qui correspond en Turquie à ce que l'on nomme, en France, en toute simplicité, la liberté d'expression.

Notre Président, qui porte désormais la parole de la France sur la scène internationale, aura-t-il le courage d'être le chef d'Etat qui rendra hommage à ces opposants turcs et kurdes œuvrant pacifiquement pour influer sur le cours de l'histoire de leur pays ? Se rendra-t-il en Turquie pour appeler "ce grand pays" à suivre les traces d'un Ragip Zarakolu et à regarder son histoire en face ?

Ce serait pour le moins, un immense service à rendre au peuple turc pour l'encourager à se délivrer d'une schizophrénie nationaliste injectée à haute dose depuis 97 ans, frein majeur à une réelle démocratisation de la Turquie. Espérons que tel sera le message que Laurent Fabius adressera au ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu, en visite jeudi à Paris, et ce, quelles que soient les préoccupations engendrées par la crise syrienne.

Il importe de cadrer l’éthique des partenariats « culturels » signés avec la Turquie. Car à travers divers instituts [8] et think tanks [9] créés en France, c’est en fait une stratégie négationniste qu’Ankara met en place pour 2015 et le centenaire du génocide arménien.

En tout état de cause, le négationnisme imposé [10] par Ankara - non seulement en Turquie mais également dans le monde entier - ne peut avoir droit de cité dans notre République, dans nos écoles et dans nos universités.
C'est le sens du projet de loi que François Hollande se doit de porter.

Défendre la mémoire des Français blessés par un négationnisme outrancier sera son véritable "privilège".

_________________________________

[1] Parmi les éminents intellectuels turcs et kurdes, accusés de « terrorisme », outre l’universitaire Büsra Ersanli et l’éditeur Ragip Zarakolu, se trouvent le fils de ce dernier, Deniz Zarakolu [de la maison d’Edition Belge], la traductrice Ayse Berktay, Dursun Yildiz, Aziz Tunç, Cengiz Kapmaz, Mahmut Alinak, Mehmet Güler et Yüksel Genç. Le Quai d’Orsay se doit de demander leur acquittement et leur libération.

[2] Sevil Sevimli, étudiante lyonnaise d'origine turque, est emprisonnée depuis le 9 mai dernier en Turquie. On reproche à la jeune femme d'avoir participé à la fête et au pique-nique du 1er mai, assisté à un concert d'un groupe de gauche, placardé une affiche réclamant la gratuité des études.
Turquie : une Française arrêtée pour terrorisme - Mobilisation pour l'étudiante détenue en Turquie.

[3] Les programmes Erasmus sont utilisés par Ankara pour exporter son négationnisme d'Etat en Europe : Erasmus : instrument de négationnisme de la Turquie.

[4] Turquie : des procès inquiétants le 2 juillet à Silivri.

[5] La 14e cour d'assise d'Istanbul a commué la peine en 11 ans et 3 mois de prison, après avoir condamné le jeune étudiant à 33 ans et 9 mois. Le parquet avait demandé 45 ans de prison lors de la dernière audience tenue le 23 mars dernier durant laquelle le juge avait prononcé la libération conditionnelle de l'étudiant.
A l'université Galatasaray : l'étudiant Cihan, petit cousin éloigné du capitaine Dreyfus...
Un étudiant kurde condamné à 33 ans de prison.

[6] Ragip Zarakolu : Dossier complet

[7] http://www.gitinitiative.com/

[8] « Le renouvellement de l’accord de 60 ans sur la coopération dans le domaine de la culture est également important. La mise à jour de cet accord permettra à la Turquie d'ouvrir des instituts culturels Yunus Emre en France » http://www.hurriyetdailynews.com/ankara-paris-to-open-new-page.aspx?PageID=238&NID=24684&NewsCatID=338

[9] L’Institut du Bosphore appelle les Députés à se mobiliser

[10] Observatoire du Négationnisme [Collectif VAN] : Cela se passe en France ou cela vise des Français


Pour plus d'informations sur les procès d'opposants politiques en cours en Turquie, écrire à : contact@collectifvan.org.


Lire aussi :

Les liaisons dangereuses de nos universités

Génocide arménien : l'argent du crime finance sa négation

Rencontre Fabius-Davotuglu : la Turquie place ses pions

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 Euro 2012 : Erdogan passe le ballon à Hollande



Source/Lien : Le Huffington Post



   
 
   
 
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