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Le Collectif VAN au CRIDF : « 2015 est l'An 1 de notre résistance »
Publié le : 27-05-2015

Texte de l’intervention de Séta Papazian, présidente du Collectif VAN, lors du dernier panel de la Journée Régionale de commémoration "Il y a 100 ans, le génocide des Arméniens : et maintenant ?" qui s’est tenue le mercredi 27 mai 2015 au Conseil Régional d'Ile-de-France et à la Pagode, à l’initiative du Mouvement Antiraciste Européen EGAM avec le concours d’Evropa Film Akt.




















Légende : - En-haut : Jean-Paul Huchon, président du Conseil Régional d'Ile-de-France, Benjamin Abtan, président de l’EGAM, Séta Papazian, présidente du Collectif VAN, que l’on retrouve en bas dans les jardins du cinéma La Pagode (Paris), aux côtés d’Alexis Kalk de Nor Zartonk (Istanbul).


27 mai 2015

Intervention de Séta Papazian, présidente du Collectif VAN

Journée Régionale de commémoration "Il y a 100 ans, le génocide des Arméniens : et maintenant ?"


Conseil Régional d'Ile-de-France - A l’invitation du Mouvement Antiraciste Européen EGAM


Sur le front de la minimisation, de la justification et de la négation du génocide arménien, qui est celui sur lequel le Collectif VAN travaille depuis 2004, il nous reste de nombreux combats à mener, au-delà de ce Centenaire. La particularité de la négation du génocide arménien est que, contrairement au négationnisme de la Shoah, ce déni-là est porté et promu par un Etat, une Turquie puissante, héritière du Crime, impunie à ce jour, et qui use de menaces et de chantages dans toutes les institutions internationales pour imposer son négationnisme étatique.

Depuis quelques années, la Turquie est secondée efficacement sur ce terrain par son alliée, l’Azerbaïdjan, qui n’est pas en reste en matière de pogroms anti-Arméniens, et qui – espérant se dédouaner et dédouaner l’Etat turc des massacres commis – lance des accusations mensongères de génocide perpétré par des Arméniens.

On retrouve bien évidemment le même type de rhétorique à Ankara.

Les programmes turcs d’histoire enseignent, dès le primaire, une version falsifiée de l’histoire, désignant les Arméniens comme des traîtres et des assassins de Turcs. Ce faisant, le gouvernement turc alimente la haine anti arménienne en milieu scolaire, dès le plus jeune âge, avec les subsides de l’Union européenne au titre des aides accordées aux pays en voie d’adhésion.

Cette imprégnation nationaliste en Turquie et au-delà de ses frontières est très préoccupante car on peut estimer que d’une certaine façon, c’est l’Etat turc qui a armé le bras de Ogun Samast, âgé de 17 ans, qui a exécuté en pleine rue, à Istanbul le 19 janvier 2007, le journaliste arménien Hrant Dink, ou qui a conduit Kıvanç Ağaoglu, le conscrit sympathisant du parti fasciste MHP, à assassiner en 2011, très précisément le 24 avril, à la date commémorative du génocide, un jeune Arménien d’Istanbul, Sevag Balikci, qui faisait son service militaire dans l’Est de la Turquie. Ainsi, au XXIe siècle, la Turquie encourage implicitement des jeunes Turcs à devenir à leur tour des assassins d’Arméniens.

Au lieu de choisir pour modèles les Justes turcs et kurdes qui ont sauvé des Arméniens en 1915, les institutions turques font des criminels de 1915, de véritables héros : Talaat Pacha et Enver Pacha ont leur mausolée à Istanbul ; des écoles d’Istanbul, des boulevards d’Ankara portent le nom de Talaat Pacha, principal instigateur du génocide arménien ; un Comité Talaat Pacha, créé en Turquie par l’ultra-nationaliste d’extrême-gauche, Dogu Perinçek, et dont le slogan est « Le génocide arménien est un mensonge international », organise régulièrement des manifestations négationnistes en Suisse, en France, en Allemagne, en Belgique. Ce comité a participé en janvier 2012 à Paris, à la plus importante des manifestations qui a regroupé 30.000 personnes, venues de toute l’Europe par 120 cars.

L’enjeu de l’après-100 ans est crucial : la Turquie compte sur l’épuisement des Arméniens et de ceux qui soutiennent l’idée universelle de Justice.

Pourtant, il nous faut considérer l’année 2015 comme l'An 1 de notre résistance.

L’éventail des possibilités d’actions est large :


1) Les reconnaissances officielles par les Etats et leurs représentations nationales : outre celle de la Turquie bien sûr, les plus symboliques seraient celles des Etats-Unis, du Royaume-Uni et d'Israël. Sans compter celle de l'ONU qui - depuis le vote positif (obtenu de haute lutte) d'une sous-Commission en 1985 - s'en tient aux circonvolutions diplomatiques habituelles, telle celle de Ban Ki Moon ce 22 avril 2015. Enfin, après la déclaration majeure du président allemand, on attend toujours la résolution du Parlement allemand.

2) Les réparations, avec le retour des biens spoliés aux Arméniens de Turquie et à leurs Fondations religieuses.

Mais les réparations, c’est également obtenir la suppression, en Turquie, des mausolées des bourreaux Jeunes-Turcs, obtenir que soit débaptisé le nom des rues Talaat Pacha et autres consorts, c’est obtenir la suppression des chapitres consacrés aux « allégations » arméniennes dans tous les manuels scolaires de Turquie, la suppression de la propagande négationniste en ligne sur les sites institutionnels turcs, tels celui du ministère de la Culture et du Tourisme et celui des Affaires étrangères, c’est obtenir la fermeture des musées de Turquie consacrés à la propagande négationniste et la destruction du monument d’Igdir dédié au « génocide perpétré par les Arméniens contre les Turcs » ; les réparations, c’est aussi l’arrêt d’une politique discriminatoire, c’est rétablir l’autorisation des patronymes arméniens, et celle de fonder une association portant un nom arménien, c’est faciliter la mise en place de cours de langue arménienne partout où cela est nécessaire. Les réparations, c’est aussi rendre hommage à l’apport des Arméniens au cours des siècles, y compris pour l’histoire et la culture turques, c’est nommer les architectes des plus beaux palais et mosquées d’Istanbul, c’est afficher publiquement leur identité arménienne. Les réparations, c’est bien évidement la préservation et la restauration des églises et cimetières qui subsistent encore en Anatolie, en mentionnant leur véritable nature arménienne.

3) On le voit, en termes d’actions, il y a désormais un travail à mener en Turquie même, avec les acteurs de la société civile engagés sur la question de la reconnaissance et des réparations. Il ne s’agit pas seulement de se rendre à la journée annuelle de commémoration du génocide le 24 avril, mais d'une présence plus constante tout au long de l’année. C'est un défi pour la diaspora qui parvient tout juste, 100 ans après le génocide, à briser un tabou : celui de la peur de se rendre sur les lieux du Crime. Certains, parmi nous, ont du mal à admettre qu’après avoir affronté un génocide et 100 ans de déni, ce soit encore aux Arméniens de faire l’effort d’aller au-devant des Turcs et des Kurdes et de mener un travail explicatif. Pourtant, il nous faut soutenir leurs militants qui sont déjà engagés sur place, il nous faut aussi renouer le lien rompu il y a 100 ans avec les Arméniens d’Istanbul et avec les Arméniens islamisés de force en 1915, et dont un grand nombre est resté dans les anciennes provinces arméniennes.

4) L’un des défis majeurs qui nous attend est l’enseignement du génocide arménien en France.

Cet enseignement au collège (en classe de 3e) est trop récent (depuis 2008) pour constituer un véritable pare-feu aux détestables idéologies négationnistes. D’autant plus que les professeurs, n’ayant eux-mêmes jamais étudié le génocide arménien dans leur cursus d’études, sauf s’ils ont fait l’effort de mener un travail personnel sur la question, se retrouvent en fait démunis lorsqu’il faut aborder le sujet. Ce n’est que depuis la rentrée 2012/2013 que certains éditeurs de livres scolaires consacrent une double-page au premier génocide du XXe siècle. Mais là encore, le soutien dont devraient bénéficier les professeurs n’est pas à la hauteur. Ils se retrouvent confrontés en classe à une contestation bruyante émanant de jeunes élèves franco-turcs.

On se souvient notamment du cas d'un collège de Pont-à-Mousson dans l'Est de la France, où un élève de 13 ans, après s’être opposé à son professeur, avait écrit dans son devoir d'histoire :"Le génocide arménien n'a jamais existé, mais s'il avait existé, ils l'auraient bien mérité." [« ils », ce sont les Arméniens]. Le professeur avait jugé utile de lui donner une sanction pédagogique sous la forme d'un exposé à faire sur ce sujet avec des sources non-négationnistes. Saisi par les parents de l’élève et une ONG franco-turque, la COJEP, qui se présente comme une association citoyenne, le proviseur avait levé la sanction.

Par ailleurs, des familles franco-turques, dont les frais d’avocats sont payés par la Chambre de Commerce d’Istanbul, ont décidé en janvier 2015 de porter plainte en France contre l’enseignement du génocide arménien, au motif que ce serait discriminatoire pour leurs enfants, et qu’il s’agirait là d’islamophobie…

Rien de bien étonnant lorsque l’on sait que des procès ont déjà été intentés (et gagnés) contre des militants français qui dénonçaient le négationnisme turc.

Toujours sur le plan éducatif, notons que Pierre Nora vient d'être nommé conseiller spécial auprès de Najat Vallaud Belkacem pour les nouveaux programmes d'Histoire. Il y a tout lieu de s'inquiéter lorsqu'on se rappelle que l'historien, farouchement hostile à la définition de génocide pour le cas arménien, avait déclaré à ce sujet sur France-Inter le 12 octobre 2011 : « Si vous écrasez trois mouches, on peut aussi vous parler d’un génocide ». Quelques minutes auparavant, l’historien n'avait pas hésité à affirmer : « Que la Turquie fasse tout pour reconnaître éventuellement son passé, encore qu’historiquement, l’affaire est très, très compliquée, je n’en suis pas spécialiste. Mais elle n’est pas univoque ». « Les Arméniens ont été à la fois les immenses victimes mais pas seulement les immenses victimes ».

À la lumière de ce discours que ne désavouerait pas un négationniste, et de l'intense lobbying que Pierre Nora a mené contre la loi de pénalisation (mais en fait contre le "groupe des Arméniens" comme il aime à nous nommer en faisant fi de notre citoyenneté française), il y a fort à parier, qu'à peine enseigné en France, le génocide arménien soit enterré ou relégué à une place facultative et subalterne, comme cela serait apparemment déjà prévu.

Précisons que dans le cadre d’accords entre la France et la Turquie, les programmes négationnistes d’Histoire sont enseignés dans notre République, dans certaines écoles françaises, par le biais d’enseignants venus de Turquie et utilisant les manuels scolaires en vigueur là-bas.

5) Des actions restent aussi à mener au niveau de la recherche historique : il n’y a que peu de cursus en France qui soient consacrés à l’étude du génocide arménien. Sur Paris, on note celui de l’EHESS. Et le travail mené par le Mémorial de la Shoah qui inclut le génocide arménien et celui des Tutsi dans un cycle de formation de 3 jours destiné aux enseignants. Mais au-delà de ces lieux de savoir ou de mémoire, ne devient-il pas urgent d'instituer partout en France des cursus d'Etudes des génocides? Signalons par ailleurs, qu’en cette année 2015, Ankara a fait envoyer dans les principales bibliothèques universitaires françaises, de luxueuses brochures négationnistes affichant des titres trompeurs : certains de nos établissements ont donc exposé sans le savoir, à l’occasion du centenaire du génocide arménien, des ouvrages détestables côtoyant des livres érudits.

6) Enfin, nous continuerons à être confrontés à la nécessaire lutte contre le négationnisme :

A ce titre-là, le jugement en appel de l’affaire Perinçek sera capital. Condamné en Suisse pour y avoir violé la norme antiraciste, Dogu Perinçek, le président du Comité Talaat Pacha, a en effet attaqué, avec le soutien de l’Etat turc, la Confédération helvétique devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Et il a obtenu gain de cause le 17 décembre 2013 au motif aberrant que, selon la Cour, il n’y aurait pas de consensus autour du génocide arménien, et que le nier ne serait par conséquent pas un délit. La Suisse a fait appel in extremis de cette décision scandaleuse et l’audience en appel de la Grande Chambre s’est tenue le 28 janvier 2015. Reste le problème des pressions de toutes sortes qui ne manquent certainement pas de s’exercer en coulisses sur les juges de la Cour européenne. Leur verdict est attendu avant la fin de l’année 2015 et constituera la matrice des actions possibles pour faire obstacle au négationnisme du génocide arménien ou au contraire pour continuer à promouvoir librement ce négationnisme d’Etat.


Le négationnisme du génocide arménien est protéiforme. En voici quelques exemples :

1. Le négationnisme sur Internet (et en particulier Facebook où pullulent les pages et groupes négationnistes, turcs et azéris). L’un des avatars les plus récents est le site www.factcheckarmenia.com et la page Facebook du même nom. Ce site très graphique, qui se présente habilement comme un site arménien, est un modèle de désinformation.

2. Le négationnisme dans les média (bien que le centenaire semble avoir mis – au moins temporairement – un coup d’arrêt aux propos dévastateurs qu’il nous était donné de lire ou t'entendre de la part de grands intellectuels français).

3. Le négationnisme universitaire : La Turquie et l’Azerbaïdjan financent des doctorants – même étrangers - chargés de passer des thèses qui leur permettront de se prévaloir du titre de docteur en histoire pour contester, en France, le génocide arménien.

4. Le négationnisme dans le cadre diplomatique et celui des affaires. L’exemple le plus frappant de cette collusion est l’Institut du Bosphore, financé par le TUSIAD (le « Medef » turc), et qui regroupe des hommes politiques français de premier plan, de droite comme de gauche. L’Institut du Bosphore s’est en particulier illustré par son lobbying contre la loi de pénalisation de la négation du génocide arménien…

5. Le négationnisme dans le monde politique et associatif, où l’on déplore de plus en plus de « faux nez » se présentant comme des élus ou des citoyens soucieux du « vivre ensemble » alors qu’ils sont proches de l’extrême-droite turque et des thèses négationnistes d’Ankara. L’exemple de la Belgique est particulièrement accablant en ce domaine. Tous les partis politiques belges ont dans leur rang des élus d’origine turque qui s’affichent sans complexe aux côtés des Loups Gris, la formation paramilitaire du parti d’extrême-droite MHP. L’indulgence dont ils bénéficient au sein de leurs partis respectifs correspond - de la part de ces formations politiques - à une double injonction envers les Turcs d’Europe. La première : « Restez négationnistes pour être des citoyens européens respectés », la seconde, adressée à ceux qui - parmi eux - souhaiteraient se désolidariser de la culture du déni, les abandonne en rase campagne : « Passez votre chemin et ne comptez pas sur nous pour vous protéger ». L’exemple belge est une projection à grande échelle de ce qui se passe déjà en France, de manière plus discrète. Il faut donc dès à présent mettre en place des garde-fous : la reconnaissance du génocide arménien et la condamnation de sa négation doivent être inscrits dans les chartes de tous les partis républicains de France et ces chartes doivent être signées par tous les adhérents, qu’il s’agisse des anciens comme des nouveaux.

6. Le négationnisme par omission : par définition, c’est le plus pervers, car il est invisible. Seul un lecteur, un auditeur ou un téléspectateur averti est capable de détecter que tel ouvrage ou tel documentaire sur l’histoire de la Première guerre mondiale fait l’impasse totale sur l’existence du génocide arménien.

On le voit, si 100 ans ont passé, la route est encore longue pour que cesse l’atteinte à la dignité des victimes. Verrai-je de mon vivant un Willy Brandt turc s’agenouiller au mémorial du génocide à Erevan ?


Séta Papazian
Présidente
Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]

BP 20083 - 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org




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