Aujourd'hui : Jeudi, 18 octobre 2018
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Les turcs entre tension et incertitude
Publié le : 19-06-2015

Humanité

PATRICK KAMENKA
JEUDI, 18 JUIN, 2015

Tayyip Erdogan peine à former son gouvernement. Kémalistes et droite nationaliste conditionnent leur participation à une coalition nationale par l’arrêt des pourparlers avec les Kurdes.

« La défaite de notre « sultan » est une bonne chose, car Erdogan veut diriger ce pays comme si nous étions une usine de 76 millions de personnes qui seraient à ses ordres. Il gère la Turquie comme s'il était le PDG de cette usine », exulte Mustafa un chauffeur de taxi stambouliote. La défaite infligée au régime de l’AKP (parti de la justice et du développement, islamo conservateur) du président Recep Tayipp Erdogan, qui a chuté de près de 10 points lors des élections législatives du 7 juin en Turquie par rapport à 2011 (40% contre 49% en 2011), a provoqué un séisme politique au sein de la société. Ce d’autant que le HDP, (parti démocratique du peuple,) le parti pro-kurdes, a fait une percée avec un score inédit de 13,1% rassemblant largement les opposants divers au régime de l’AKP. Son leader charismatique Sedahattin Demirtas a en effet réussi son pari et a envoyé 80 députés au parlement. Cette gifle infligée à l’homme fort de la Turquie a pour conséquence première de barre la route au projet d’Erdogan d’obtenir une majorité absolue afin de réviser la Constitution et obtenir les pleins pouvoirs. « Ce sont les Kurdes qui vont aider les Turcs à se sortir de l’impasse où Erdogan a conduit la société turque », précise Ercan, un politologue qui estime que la majorité des Turcs ne peux admettre que « le chef de l’Etat mette à bas la laïcité instituée par Ataturk », le père de la nation turque moderne.

Critiques de plus en plus vives contre Erdogan

Mais au-delà de la satisfaction de voir l’omni-président mordre la poussière, bon nombre de Stambouliotes s’interrogent sur l’avenir du pays, alors que les tractations entre les partis politiques vont bon train en vue de la formation d’une coalition pour trouver une majorité gouvernementale. Les journaux télévisés comme les quotidiens ne parlent plus que de ces tractations et échafaudent toutes sortes d’hypothèses sur les multiples combinaisons possibles pour former cette coalition. « Si beaucoup s’attendent à une possible alliance entre l’AKP et le CHP, le parti social démocrate (Parti républicain du centre ,132 sièges), d’autres parient sur un parlement où l’AKP serait minoritaire et ferait alliance ponctuellement avec tel ou tel parti », juge Baris, un sociologue. Mais souligne Ilim, un de ses confrères « je crois plutôt que l’AKP va gagner du temps et jouer sur le délai de 45 jours prévu par la Constitution pour former le gouvernement. A la fin de cette période fatidique, de nouvelles élections auront obligatoirement lieu et Erdogan tentera ainsi de regagner le terrain perdu en mobilisant ses troupes pour obtenir sa majorité absolue ». Un pari risqué qui pourrait bénéficier au HDP, car les critiques se font de plus de plus vives dans l’opinion publique contre Erdogan qui, après 12 ans passés à la tête du gouvernement puis son élection comme chef de l’Etat en août dernier, est accusé d’avoir amassé une fortune personnelle estimée selon les rumeurs à 7 milliards de dollars. Ce ressentiment s’exacerbe du fait des divulgations sur les affaires de corruption qui ont touché non seulement quatre ministres mais qui éclaboussent également ses proches, dont son propre fils. De plus, le goût du luxe du régime auquel s’ajoutent les projets pharaoniques lancés par le chef de l’Etat, comme la construction du palais présidentiel d’un millier de bureaux et de pièces ou celle de la plus grande mosquée du monde en cours d’édification à Istanbul, ne passent plus aux yeux de l’homme de la rue. Ce alors que les Turcs voient leurs conditions de vie se dégrader avec une inflation à +8% accompagnée d’une chute de la croissance (2,9%), un chômage préoccupant (11%) et une devise qui dévisse face au dollar et à l’euro (1 euro pour 3 livres). Une situation qui tranche avec les 10 années de succès économiques qui ont permis à Erdogan d’être réélu sans coup férir depuis 2002.

"Il est urgent de libérer la société et les médias de la peur que fait peser le régime de l’AKP sur la liberté d’expression"

« Le mécontentement monte en ce moment et notamment à la veille des Fêtes du Ramadan (18 juin) car les prix explosent notamment ceux des produits alimentaires de base, comme le thé +26%, la viande +20% ou les lentilles +58% », commente Lelya, une retraitée de l’enseignement « alors que les salaires stagnent». En écho à ces inquiétudes, les sondages publiés tout récemment dans le journal d’opposition Cumhuriyet montrent que les questions économiques préoccupent l’opinion publique. Elles occupent la deuxième place (26%) juste derrière la question kurde (29%) en tête de cette enquête. Viennent ensuite les thèmes concernant la corruption (17%), les questions de la démocratie et des libertés (12%) et la laïcité (9%). Pour un jeune journaliste qui préfère garder l’anonymat car son journal subit des contrôles de police incessants :« il n’y a pas d’avenir avec le CHP ou l’extrême droite du MHP (Parti de l’action nationaliste, 80 députés) qui entre autre revendication pour une éventuelle participation au gouvernement exige l’arrêt des pourparlers avec le PKK ». « Il est urgent de libérer la société et les médias de la peur que fait peser le régime de l’AKP sur la liberté d’expression», ajoute-t-il en saluant le courage de Can Dündar, le rédacteur en chef de Cumhuryiet, qui à la veille des élections a révélé, photos et documents à l’appui, les livraisons d’armes de la Turquie via les services secrets turcs aux islamistes de Daesh en Syrie. Faits que le pouvoir avait niés farouchement. Il a été menacé personnellement par le chef de l’Etat et risque deux peines d’emprisonnement à perpétuité s'il est reconnu coupable d’espionnage et de publication de documents secrets. La Turquie, l’un des pays les plus répressifs contre la liberté de la presse, compte une vingtaine de journalistes emprisonnés.

Mais prévient Ahmet, un syndicaliste, « le régime de l’AKP n’a pas dit son dernier mot, et nous ne sommes pas à l’abri de provocations notamment dans l’est du pays où des mouvements pro islamistes provoquent des troubles. »




Retour à la rubrique


Source/Lien : Humanité



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org