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Srebrenica: comment vivre après le massacre?
Publié le : 09-07-2015

Par RFI

Publié le 09-07-2015 Modifié le 09-07-2015 à 07:51

Légende photo: Vue de Srebrenica.
RFI/ Laurent Geslin


Par Jean-Arnault Dérens, Laurent Geslin et Simon Rico

Aujourd’hui, Srebrenica compte entre 6 000 et 7 000 habitants, contre 37 000 avant la guerre. Mais le « paradoxe » de la ville, c’est que Bosniaques et Serbes, confrontés aux mêmes difficultés, vivent en bonne intelligence. Voici le quatrième volet de notre série.

Cet après-midi, c’est le « derby » de la Bosnie orientale : le Guber Srebrenica reçoit l'équipe de Bratunac, une commune serbe située de l’autre côté du mémorial de Potočari. Le foot, c’est la guerre prétendent certains, et souvent, en Bosnie-Herzégovine, le soutien à des clubs rivaux conforte les rivalités communautaires. Pas ici. Ce samedi, il pluvine, et la tribune de béton n’est guère remplie, les supporteurs les plus enthousiastes ont pris place au bout de la pelouse. Des Bosniaques et des Serbes, qui soutiennent tous le même club. On a sorti quelques chaises pliantes, du fromage et de la viande séchée. Le coffre ouvert d’une voiture hors d’âge abrite la réserve de bières. Tout le monde vibre à l’unisson quand Srebrenica marque le premier but.

A Srebrenica, si l’on veut rencontrer un « modèle » de « cohabitation interethnique », il faut aller au supermarché, le Z-Market, en face de la mairie. La chaîne appartient à un entrepreneur serbe. A Srebrenica, il a nommé un directeur bosniaque, Mirza Ibrahimović. « La moitié des employés est serbe, l’autre moitié bosniaque », assure ce dernier, qui salue les consommateurs du café situé au premier étage du bâtiment. Les caissières ne se plaignent pas de leur sort : elles toucheraient 500 marks par mois (250 euros), un bon salaire pour le pays, régulièrement versé. Pourtant, les chalands ne se pressent pas, malgré les horaires d'ouverture élargis : quelques ménagères le matin, des jeunes qui viennent faire le plein d’alcool en soirée. Les produits sont chers, majoritairement importés, comme partout en Bosnie-Herzégovine. « Notre problème, ce ne sont pas les différences communautaires, c'est le manque d’habitants. Plus d’habitants, cela voudrait dire plus de consommateurs », soupire Mirza.

Une ville enclavée et désindustrialisée

Pour Ćamil Duraković, le bourgmestre bosniaque de la ville, la gestion de la commune se heurte à des points de blocage quasi-infranchissables. « Moins de gens, cela veut dire moins de ressources fiscales. Or, Srebrenica doit faire face à peu près aux mêmes dépenses qu'avant la guerre. Certains villages se trouvent à 70 kilomètres du centre, mais il faut entretenir les routes et assurer le transport scolaire. » Dans cette région de moyenne montagne éloignée des axes de communication, la question du désenclavement est cruciale pour faire redémarrer l'économie. Parce que la guerre n'a pas seulement mis à mal les relations intercommunautaires, elle a aussi ruiné l'appareil productif. « La commune a des revenus qui lui permettent à peine de fonctionner. Comment investir dans la reconstruction ? 6 500 maisons et trois zones industrielles ont été totalement détruites », poursuit le bourgmestre.

Avant la guerre, Srebrenica était un important centre industriel. Les usines et les mines de la commune - son nom vient de « srebro », l'argent - faisaient travailler plusieurs milliers d'ouvriers des villages alentours. L'administration municipale essaie d’attirer des investisseurs, mais sans grands résultats. « Nous menons une politique de développement des zones franches avec des concessions offertes pour les terrains et le paiement échelonné des taxes », détaille Ćazim Salimović, le directeur adjoint du service économique. Quelques entreprises de sous-traitance automobile ou de textile se sont bien installées, mais le nombre d'emplois créé reste limité : 2200 actifs sont recensés à Srebrenica dont 500 fonctionnaires municipaux. La ville compte officiellement un bon millier de chômeurs, la moitié de la population active.

Cinq mariages mixtes en 2014

Le soir, quelques jeunes partagent des bières dans le square du centre, un petit espace vert laissé à l’abandon. « Mix » est Serbe. Il travaille dans le restaurant familial et joue de la basse dans le groupe de rock de la ville, Afera. « Dans notre formation, il y a deux Bosniaques et deux Serbes. Nous savons bien que l’image de Srebrenica est mauvaise, mais nous voulons faire passer quelque chose de positif à travers nos chansons. » Mix est né en 1993, un an après le début des combats en Bosnie-Herzégovine. À l'époque, ses parents s'étaient réfugiés en Serbie, ils sont revenus peu après la prise de l'enclave par les troupes de Ratko Mladić. « Je ne me rappelle plus de mon retour, mais je me souviens des années suivantes, ce n’était pas une bonne période. Aujourd'hui, les gens se plaignent, c’est vrai qu’il y a des problèmes, mais il faut travailler pour mieux vivre ensemble. »

Paradoxalement, ce sont aussi les difficultés de la vie quotidienne qui rendent indispensable l’entraide et la solidarité, par-delà les barrières ethniques. « Si ma voisine serbe a besoin que je lui coupe du bois, je le fais, et je sais que je peux compter sur le tracteur de son mari », explique un client du café du centre. Ces échanges de service font partie des règles du komsiluk, le « bon voisinage », qui a régi durant des siècles les relations entre les différentes communautés de Bosnie-Herzégovine. Et les plus optimistes noteront que, l’an dernier, cinq mariages mixtes ont été célébrés à Srebrenica. Du jamais-vu depuis la guerre.




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Source/Lien : RFI



   
 
   
 
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