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France - De Kroc Blanc à Amalek : plongée dans le rap d’extrême droite
Publié le :

Les Inrocks

25/07/2015 | 13h23

Dans le sillage de Kroc Blanc, une scène rap identitaire s’organise. Elle a trouvé sur internet un terreau fertile où se développer. Qui sont-ils, et quel cheminement idéologique les a conduits là ? Enquête.

Le texto retentit comme un avertissement. “Beaucoup de personnes me recherchent pour m’éclater la gueule, ça vous dérange si je viens accompagné ?” L’homme viendra finalement seul. Mais en prenant quelques précautions : paré de lunettes noires et d’une barbe de trois jours pour passer incognito. Il ne donnera pas son nom, ni même sa véritable profession. Il vit dans le XVIIIe arrondissement de Paris, a été bercé au son du hip hop de Kery James, Snoop Dogg et Tupac, mais souhaite pour sa fille qu’elle “grandisse dans une banlieue bien blanche”. Il annonce d’entrée la couleur, celle d’un rappeur d’extrême droite décomplexé, au pseudo tout aussi évocateur – Kroc Blanc – ayant dépassé le million de vues sur sa chaîne Youtube. Sa particularité ? Porter un masque – au budget visiblement limité – dans toutes ses vidéos. Si aujourd’hui il se sent poursuivi par tous les “antifa” [antifascistes] de la capitale, c’est parce qu’il vient de réaliser un clip à la gloire de Jean-Marie Le Pen où il se positionne “à la droite du menhir”.

“Rap de noir” contre “rap de blanc”

Pour lui, son public est tout trouvé : “les petits blancs mal dans leur peau devant leurs écrans qui écoutent du rap de noir et qui tiquent à chaque fois qu’ils entendent ‘nique la France !'”. “Rap de noir” contre “rap de blanc”, “immigrés” contre “Français de souche”, “racailles” contre “patriotes”, “SOS racisme” contre “racisme anti-blanc”, toute une vieille rhétorique classique de l’extrême droite qu’il traduit en rap depuis cinq ans. Dans son sillage, ils sont quelques-uns à vouloir organiser une scène rap identitaire hors les murs du rock suprématiste blanc et du métal néo-nazi. Goldofaf et Mc Amor ont ouvert la voie au tournant de la décennie.

Le petit dernier, Amalek, qui a collaboré avec Kroc Blanc sur l’ode à Jean-Marie Le Pen, est le plus “hardcore” de la bande, comme on dit dans le milieu. Ses vidéos haineuses, tels que “casseurs de pédés” ou “putes à juifs”, toujours accessibles sur Youtube, relèveraient normalement des tribunaux. Il faut dire que Pierre-Marie Payet, de son vrai nom, les a côtoyés depuis sa jeunesse. “Entre 18 et 25 ans, j’ai fait trois à quatre ans de taule. J’ai passé mon enfance à Amiens, j’étais en mal de repère, je me suis retrouvé dans le rap et j’ai commencé à faire pas mal de conneries comme dealer du shit et d’autres trucs pas recommandables”.


Voir la vidéo :

https://youtu.be/mMkH4uowDTo

Un terreau fertile pour exister sur internet

C’est en prison qu’il cultive “son vieux fond nationaliste” en se tapant “avec des rebeus qui me traitaient de sale français”. Aujourd’hui, il a viré royaliste tendance “catho tradi” proche des intégristes de Civitas. Et a renoué avec le cocon familial d’une lignée frontiste depuis le grand-père réunionnais – “qui se faisait traiter de sale nègre mais voulait prouver qu’il était fier d’être Français” – au père, cadre historique du FN en Picardie.

Une chose est sûre, la petite boutique du rap identitaire a pu bénéficier, pour sa promotion, de fondations plus solides. Celles du milieu de la “dissidence”, terme labellisé par Alain Soral et Dieudonné pour fédérer en leurs noms tous les antisionistes et antisémites revendiqués. Dans cette nébuleuse où gravitent également complotistes, souverainistes, frontistes, anarchistes de droite ou tout à la fois, des rappeurs ont trouvé un terreau fertile pour exister sur internet et profiter d’une aubaine médiatique depuis l’affaire Dieudonné. Le site Egalité et Réconciliation et la chaîne en ligne Meta TV ont été le vecteur de l’émergence d’une scène dites “de rap dissident” ces dernières années.

Les rappeurs de la “dissidence”

Le SKS Crew, un collectif de vieux potes rappeurs du Val d’Oise formé en 2000 à Montigny-Lès-Cormeilles, a vécu tout ça de l’intérieur. Ils accueillent à domicile, au Good Time, un fast-food Hallal de la ville coincé entre Norauto et Leroy-Merlin, où l’on peut parler en terrasse pendant deux heures sans rien commander. Pratique. Après s’être rapproché de la mouvance Dieudonné qui les a aidés à conquérir un nouveau public, surtout de rockeurs, ils s’avouent déçus. “On a pensé que ce mouvement cherchait à fonder quelque chose et au final c’était pour faire un parti politique et s’engraisser sur le dos des gens.” Une accusation récurrente sur le business de la “dissidence”, qui s’occuperait plus de vendre des tee-shirts, faire des appels aux dons et multiplier les vidéos payantes, que de promouvoir de nouveaux artistes.

Pour le SKS Crew comme la dizaine d’autres rappeurs de la “dissidence”, dont certains rejettent aujourd’hui le terme, le cheminement idéologique vers l’antisionisme obsessionnel et le “conspirationnisme”, suit un parcours souvent analogue. Qu’ils se nomment Kimto Vasquez, El Gaouli, Tepa, Mysa, Malick Carr, Ousman, Edel Hardiess ou Komrad, ils ont, pour la grande majorité, grandi et été biberonnés dans la France de SOS racisme, de Mitterrand et des promesses sur le renouveau des banlieues. Un discours d’une gauche socialiste auquel ils ont un temps cru avant de s’en détourner.

L’esprit du 11 janvier, très peu pour eux

Le fait est que l’opposition aux “traîtres” du PS a durci les lignes politiques de ces rappeurs. Ils se disent ainsi tous des “anti-Charlie” convaincus. L’esprit du 11 janvier, très peu pour eux. Ils le considèrent unanimement comme une mascarade républicaine matinée d’hypocrisie collective. A Montigny-les-Cormeilles, le 11 janvier, personne n’est allé manifester.

La montée des tensions communautaires et un climat délétère d’islamophobie ont tôt fait de pointer du doigt un “ennemi commun”, les juifs sionistes. En flirtant parfois avec certaines des thématiques du Front National.

Quelques rappeurs des quartiers ont osé franchir le Rubicon politique. C’est le cas d’Edel Hardiess, carrure de rugbymen et voix grave imposante. L’enfant de Choisy-le-Roi, deux albums au compteur et plus d’un million de vues sur Youtube, assume pleinement son vote frontiste. Il assène : “C’est ma détestation des traîtres du PS qui m’a poussée vers une alliance de circonstance avec le FN.”

De là à rapprocher définitivement les rappeurs identitaires avec les antisionistes banlieusards ? Kroc Blanc s’y est essayé. Il projetait l’idée “d’un clash entre un blanc et un noir où on se fout sur la gueule en mode raciste, mais à la fin on se rend compte qu’on a un ennemi commun”. Devinez qui.




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Source/Lien : Les Inrocks



   
 
   
 
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