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La Turquie entre choix stratégiques incertains et échéances électorales probables
Publié le :

Ovipot

Par Jean Marcou · 5 août 2015

Près de quinze jours après l’attentat de Suruç et les événements qui s’en sont ensuivis (embuscades du PKK, frappes aériennes turques contre l’Etat islamique en Syrie et contre le PKK en Irak du nord…), nombre d’observateurs continuent à s’interroger sur les évolutions stratégiques et politiques, qui sont en cours actuellement en Turquie. Or, en dépit de la dimension internationale, que lui ont donnée l’entrée en action de l’aviation turque et l’ouverture de la base d’Incirlik à la coalition anti-Etat islamique, cette crise semble bien devoir être lue d’abord sous l’angle d’échéances et de préoccupations nationales.

Quelles mutations stratégiques ?

Depuis le début des frappes aériennes turques sur la Syrie et l’Irak, la principale cible des opérations conduites a été le PKK, dans le nord de l’Irak. Après le 24 juillet, date des premiers raids menés par Ankara contre les djihadistes, l’Etat islamique n’a guère été concerné. Le 28 juillet, lors de la brève réunion d’urgence qu’a tenue l’OTAN, les Occidentaux se sont fait une raison de la poursuite des positions complexes et ambivalentes de leur allié turc, en reconnaissant le droit de celui-ci à se défendre et à riposter aux assassinats de policiers et de militaires que le PKK a commis depuis l’attentat de Suruç. Il ne semble pas néanmoins qu’une contrepartie antikurde figuraitstratégie et élections2 dans l’accord que Turcs et Américains ont laborieusement négocié depuis le printemps.

En réalité, en frappant les djihadistes modérément et en ouvrant la base d’Incirlik, Ankara a surtout procédé à une opération cosmétique, destinée à améliorer son image de marque internationale et à en finir avec sa réputation d’alliée de Daesh. Car pour l’instant, l’engagement formel de la Turquie aux côtés de la coalition contre l’Etat islamique ne change guère la donne militairement. On ne sait pas jusqu’où les avions américains pourront agir en Syrie à partir des bases aériennes turques qui leur ont été ouvertes. On ignore si les avions turcs renouvelleront leurs opérations contre l’Etat islamique. Quant au projet de constitution en Syrie, le long de la frontière avec la Turquie, d’une zone tampon tenue par des rebelles modérés, il apparaît toujours aussi flou. Turcs et Américains n’ont guère entrainé que quelques dizaines de ces rebelles. Et certains d’entre eux ayant été enlevés par le Front Al-Nosra, on ne voit pas très bien comment une telle zone pourrait prendre corps, ni quelle organisation en serait responsable. De toute façon, cette idée turque, déjà ancienne, de créer une aire de protection, qui permettrait notamment d’abriter une partie des réfugiés qui continuent de fuir les combats, a peu de chance d’aboutir, si parallèlement une zone d’exclusion aérienne n’est pas établie. Or, on sait que les Américains sont depuis toujours opposés à une telle initiative, qui risquerait de placer leur aviation en situation de confrontation directe avec celle de Bachar el-Assad, seul acteur dans le conflit syrien à disposer de moyens aériens. Dès lors, le seul résultat positif pour les Occidentaux du virage stratégique contrôlé qu’aurait accompli Ankara au cours des deux dernières semaines, sera peut-être la volonté turque de lutter avec plus d’ardeur qu’auparavant contre la porosité de la frontière. Cet engagement pourrait gêner effectivement les djihadistes, à condition bien sûr que l’intention d’Ankara se confirme dans les faits et dans la durée.

Vers une marginalisation du HDP ?

Pour le reste, il semble bien que les principaux dĂ©veloppements que lÂ’on doive attendre stratĂ©gie et Ă©lections3de toute cette affaire soient plutĂ´t dÂ’ordre intĂ©rieur. Après avoir ripostĂ© aux reproches dont ils Ă©taient lÂ’objet Ă  lÂ’issue de lÂ’attentat de Suruç, en dĂ©nonçant tous les terrorismes, les responsables de lÂ’AKP sÂ’en prennent dĂ©sormais sans mĂ©nagement au HDP, le parti kurde parlementaire, qui a obtenu plus de 13% des voix et qui a fait perdre sa majoritĂ© au parti au pouvoir. Le 28 juillet, Recep Tayyip Erdoğan, a Ă©voquĂ© la levĂ©e de lÂ’immunitĂ© parlementaire «de ceux qui abusent de la tolĂ©rance et de la patience du peuple et de lÂ’Etat», et Ahmet Davutoğlu a surenchĂ©ri, en estimant que les dĂ©putĂ©s kurdes devaient «choisir entre les armes et la dĂ©mocratie». De façon significative, ce mĂŞme jour, le gouvernement a envoyĂ© une dĂ©lĂ©gation (composĂ©e entre autres du ministre de la dĂ©fense, Vecdi GönĂĽl, du chef des services de renseignement, Hakan Fidan et dÂ’une sĂ©rie de responsables diplomatiques de haut rang) informer successivement les deux partis dÂ’opposition CHP et MHP, des rĂ©centes opĂ©rations transfrontalières. Mais il a tenu le HDP Ă  lÂ’Ă©cart de ces consultations. De toute Ă©vidence, lÂ’heure est Ă  la marginalisation de la formation kurde, Ă  laquelle le vice-premier ministre, Yalçın Akdoğan, a reprochĂ©, le 29 juillet, dÂ’avoir sacrifiĂ©, lors des dernières Ă©lections, le processus de paix, Ă  lÂ’objectif de franchir le seuil de 10%. Pour sa part, alors quÂ’il pourrait voir lui-mĂŞme son immunitĂ© parlementaire levĂ©e pour des propos tenus contre un dĂ©putĂ© de lÂ’AKP, pendant la dernière campagne Ă©lectorale, Selahattin Demirtaş a accusĂ© le gouvernement de vouloir accroĂ®tre les tensions nationalistes Ă  des fins Ă©lectorales.

Peu de chance de constituer “une grande coalition”

Il est vrai que la tenue dÂ’Ă©lections anticipĂ©es Ă  lÂ’automne prochain apparaĂ®t comme de plus en plus probable. Un troisième round de nĂ©gociations pour tenter de mettre sur pied un gouvernement “de grande coalition” AKP-CHP sÂ’est achevĂ©, le 3 aoĂ»t. Kemal Kılıçdaroğlu,stratĂ©gie et Ă©lections4 le leader kĂ©maliste, a reconnu la bonne volontĂ© du premier ministre, Ahmet Davutoğlu. Mais il a expliquĂ© que celui-ci nÂ’Ă©tait pas libre de ses mouvements et que le premier obstacle Ă  la mise sur pied dÂ’une coalition parlementaire Ă©tait Recep Tayyip Erdoğan, en personne. Le chef de lÂ’Etat nÂ’a en effet aucun intĂ©rĂŞt Ă  lÂ’avènement dÂ’un gouvernement de coalition. Car ce dernier mettrait fin Ă  la lecture semi-prĂ©sidentielle de la Constitution, qui a prĂ©valu depuis son Ă©lection Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique. Des Ă©lections anticipĂ©es sont donc la seule chance pour lui de restaurer et de garantir son leadership de prĂ©sident sur lÂ’exĂ©cutif. Le dĂ©sengagement prĂ©sidentiel de la vie politique a Ă©tĂ© pourtant moins mis en avant dans le round de nĂ©gociations qui vient de se dĂ©rouler. Le CHP sÂ’est apparemment employĂ© Ă  donner toutes ses chances Ă  une coalition parlementaire pour rendre, le cas Ă©chĂ©ant, lÂ’AKP (et notamment Recep Tayyip Erdoğan) responsable de lÂ’Ă©chec du processus. Il reste que, si lÂ’on sort de ces aspects tactiques, les dĂ©saccords sont importants sur le fond. Ils concernent en fait 5 dossiers clĂ©s : la politique Ă©trangère turque au Moyen-Orient (le CHP demande une rĂ©vision durable des stratĂ©gies qui ont conduit Ă  des impasses en Syrie, ainsi quÂ’Ă  des situations conflictuelles avec IsraĂ«l et lÂ’Egypte) ; la rĂ©forme de lÂ’Ă©ducation (les kĂ©malistes voudraient notamment une remise en cause du système du 4+4+4, qui avait provoquĂ© de nombreuses manifestations, il y a 3 ans), la reprise de lÂ’Ă©laboration dÂ’une nouvelle Constitution (lÂ’AKP continuant Ă  dĂ©fendre lÂ’idĂ©e dÂ’un rĂ©gime prĂ©sidentiel, tandis que le CHP veut renforcer le rĂ©gime parlementaire), la poursuite du processus de paix avec les Kurdes (que le CHP voudrait voir se dĂ©rouler sous le contrĂ´le du parlement), certains problèmes sociaux (notamment la rĂ©forme des retraites).

Des élections anticipées de plus en plus probables

Dans un tel contexte, certains sont dĂ©jĂ  entrĂ©s en campagne Ă©lectorale. Recep Tayyip Erdoğan qui, du fait des rĂ©cents dĂ©veloppements internationaux, a retrouvĂ© de sa superbe, ne manque pas une occasion de se faire entendre, mĂŞme lorsquÂ’il est en dĂ©placement Ă  lÂ’Ă©tranger. CÂ’est de Chine que, le 30 juillet, il a ainsi rĂ©pondu Ă  Selahattin Demirtaş, qui avait estimĂ© que le “Gladio turc” Ă©tait derrière lÂ’attentat de Suruç, en dĂ©clarant que cette affirmation nÂ’avait aucun fondement et quÂ’elle Ă©tait «vulgaire». Pour sa part le MHP, qui avait placĂ© la barre stratĂ©gie et Ă©lections5très haut pour la constitution dÂ’un gouvernement de coalition avec lÂ’AKP (entre autres : engagement de poursuites judiciaires pour corruption contre Recep Tayyip Erdoğan et son fils Bilal, abandon par le prĂ©sident de son palais de 1000 pièces pour revenir Ă  la rĂ©sidence de ÇankayaÂ…), ne cesse de presser le premier ministre dÂ’en finir avec les incertitudes actuelles. Le 4 aoĂ»t, le parti nationaliste a annoncĂ© quÂ’il Ă©tait prĂŞt Ă  soutenir lÂ’investiture dÂ’un gouvernement minoritaire de lÂ’AKP, Ă  condition que ce dernier sÂ’engage Ă  renvoyer les Ă©lecteurs aux urnes, dans les plus brefs dĂ©lais. Quant Ă  Devlet Bahçeli (photo Ă  gauche), la teneur de ses propos les plus rĂ©cents ne laisse aucun doute sur le caractère hautement Ă©lectoral des prĂ©occupations qui peuvent ĂŞtre les siennes actuellement. Le leader nationaliste a en effet vouĂ© aux gĂ©monies, le 3 aoĂ»t, «ces gens riches sans honneur» qui ont votĂ© pour le HDP, «en sirotant leur whisky, dans leurs rĂ©sidences sur les bords du Bosphore».

Dans ce contexte de tensions internationales et nationales, le HDP semble en mauvaise posture, pris entre les accusations gouvernementales de complicité avec le terrorisme et une surenchère du PKK qui a débouché sur la multiplication des attentats meurtriers contre l’armée et la police, depuis le 20 juillet. Si les électeurs sont sensibles au climat sécuritaire qui est en train de s’instaurer, l’audience de la formation kurde pourrait être entamée. A cela s’ajoute aussi, pour elle, le risque d’une réforme de l’exigence du seuil de 10%, qui pourrait bénéficier aux partis traditionnels, en particulier à l’AKP.

Pour autant, le HDP est loin dÂ’avoir perdu tous ses atouts. Un sondage de Metropoll a montrĂ© rĂ©cemment lÂ’inquiĂ©tude des Turcs Ă  lÂ’Ă©gard de Daesh et des menaces dÂ’une guerre sur la frontière syrienne. Il nÂ’est pas sĂ»r que le retour en force de Recep Tayyip Erdoğan sur lastratĂ©gie et Ă©lections6 scène politique et son omniprĂ©sence actuelle dans la sphère mĂ©diatique rassurent les Ă©lecteurs, alors que le prĂ©sident est accusĂ© par lÂ’opposition dÂ’avoir gĂŞnĂ© la constitution dÂ’un gouvernement de coalition, et de vouloir favoriser un retour aux urnes pour prĂ©server sa position exĂ©cutive. Le scrutin du 7 juin avait indiquĂ© un fort rejet de la prĂ©sidentialisation du rĂ©gime et un doute sur la personne du prĂ©sident qui sÂ’Ă©tait beaucoup engagĂ© dans la campagne Ă©lectorale. En cas dÂ’Ă©lections anticipĂ©es, mĂŞme dans le cadre nouveau dĂ©coulant des Ă©vĂ©nements rĂ©cents, il est peu probable que ce sentiment disparaisse comme par enchantement. Par ailleurs, il faut se souvenir que la stratĂ©gie nationaliste sĂ©curitaire hostile Ă  la poursuite de la relance du processus de paix avec les Kurdes que le chef de lÂ’Etat semble Ă  nouveau dĂ©cidĂ© Ă  suivre, a conduit lÂ’AKP Ă  une impasse lors des Ă©lections du 7 juin. Elle lÂ’a en effet privĂ© dÂ’une partie de son Ă©lectorat kurde, sans pour autant attirer Ă  lui les Ă©lecteurs nationalistes, qui ont prĂ©fĂ©rĂ© porter leurs voix sur le MHP. Enfin, toujours dans lÂ’hypothèse oĂą des Ă©lections anticipĂ©es auraient lieu, lÂ’expĂ©rience prouve quÂ’un Ă©lectorat, consultĂ© de façon consĂ©cutive, a tendance Ă  reproduire son vote, plutĂ´t quÂ’Ă  le modifier radicalement.

JM




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Source/Lien : Ovipot



   
 
   
 
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