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« Pousser la Turquie à la guerre civile turco-kurde, c’est pousser le pays à la catastrophe »
Publié le : 12-08-2015

L'Orient le Jour

Entretien

Propos recueillis par Caroline HAYEK | OLJ
11/08/2015

Après trois semaines de violences, la Turquie a fait les frais de nouveaux attentats, hier. Le consulat américain d'Istanbul a été visé par des tirs revendiqués par un parti d'extrême gauche. Par ailleurs, cinq policiers et un soldat ont été tués dans des attaques attribuées aux séparatistes kurdes du PKK, dans la même ville ainsi que dans le sud-est du pays.

Le politologue et spécialiste de la Turquie, Michel Naufal, répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

Qui est ce mouvement radical DHKP-C (Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple) qui a revendiqué l'attaque contre le consulat ?

C'est un groupuscule qui a toujours fait beaucoup de tapage à Istanbul, Ankara et dans d'autres villes. Mais il ne pèse pas beaucoup dans l'opinion publique, ni au niveau électoral. Depuis la rébellion des jeunes concernant le parc Gezi (voué à la destruction), on a vu de plus en plus de participation des jeunes Alévis. Donc, quand on parle de la société civile qu'ambitionne de représenter Dermitas et le HDP, ce n'est pas seulement des Kurdes qu'il s'agit, mais aussi d'autres minorités.

Quel est le message envoyé aux Américains à travers cet attentat contre leur consulat à Istanbul ?

Je ne crois pas que c'est un fait qui fera date. Cela fait partie d'un processus de montée de la tension en Turquie, qui a pour origine la campagne que le président Recep Tayyip Erdogan et son parti, l'AKP, mènent, c'est-à-dire la répression contre les Kurdes. La volonté d'Erdogan de mener le pays à une situation catastrophique n'a pour but que de dire aux électeurs en cas d'élections anticipées : Soit moi, soit le chaos.

Deux facteurs ont changé : d'une part, l'échec d'Erdogan dans sa tentative de changer le régime car il voudrait laisser l'AKP en tant qu'acteur politique unique ; et, d'autre part, le grand défi géopolitique régional, représenté par l'accord du nucléaire entre les Américains et les Iraniens. Ce que fait maintenant Erdogan, ce sont des concessions aux Américains concernant la lutte contre Daech (acronyme arabe de l'organisation État islamique), mais tout en montrant qu'il est impliqué dans cette guerre, il s'en prend aux Kurdes. Son objectif principal est d'essayer de changer la donne pour les élections anticipées, c'est-à-dire, reprendre en main l'électorat, étant donné que le Parti démocratique des peuples (HDP) a joué un rôle essentiel dans l'échec électoral de l'AKP.

Erdogan va-t-il réussir à obtenir des nouvelles élections grâce à cette situation de crise ?

On voit qu'il n'est pas très sérieux dans les pourparlers permettant de former un gouvernement de coalition. Il vient de révéler quelque chose d'important. D'après le quotidien Zaman, en quittant la Chine, il aurait dit : « Ce sont les négociations avec les Kurdes qui m'ont mis dans cette situation », autrement dit, ils sont la raison principale de son échec électoral. Il ne veut pas laisser le HDP dépasser les 10 %. Erdogan veut affaiblir la voix kurde, et, en même temps, il va essayer de récupérer la base nationaliste. Le président va tenter de mener une guerre à deux niveaux. En suivant les Américains, en montrant qu'il a changé de stratégie concernant Daech, il fait aussi un geste envers les Européens. Car, pour lui, changer son image vis-à-vis d'eux est très important.

Est-ce que la Turquie mène véritablement une guerre contre l'EI ou s'en sert-elle de paravent pour attaquer les Kurdes ?
Toutes les données montrent que la guerre que la Turquie mène contre Daech n'est pas très sérieuse. Celle qui l'est en revanche est celle contre les Kurdes. C'est une guerre très complexe, car le gouvernement turc ne veut pas d'une ceinture, autrement dit que les cantons tenus par les Kurdes syriens fassent une seule ligne. D'après la presse turque, Erdogan veut envoyer une milice composée de Turkmènes dans une zone tampon entre ces cantons. Et, en faisant cela, il gagne aussi sur la zone de sécurité aérienne, parce qu'empêcher l'apparition d'une région autonome kurde tout au long de la frontière avec la Syrie n'est pas suffisant, il faut aussi sécuriser la zone grâce à l'aviation.

Comment envisager une possible sortie de crise ?
Il faudrait qu'Erdogan reprenne les négociations. Car pousser la Turquie à la guerre civile turco-kurde comme il le fait maintenant, c'est pousser le pays à la catastrophe. Il faut accepter l'échec et accepter la sanction du vote qui a eu lieu. Erdogan doit se montrer sincère dans la formation d'un gouvernement de coalition, car ce qu'il est en train de faire, c'est d'y couper court afin qu'il y ait des élections anticipées où il pourrait regagner ce qu'il a perdu. Le seul moyen est de stopper cette manœuvre qui met la Turquie dans une situation de tension et d'instabilité politique. En reprenant le processus de paix et de réconciliation avec la société kurde, la situation interne pourra probablement se stabiliser.




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Source/Lien : L'Orient le Jour



   
 
   
 
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