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La Turquie à la recherche de son identité
Publié le : 18-08-2015

Les Echos

Laurence Daziano / Maître de conférences en économie à Sciences po | Le 18/08 à 07:00

La Turquie est en guerre. Après l'attentat meurtrier commis à Suruç, à la frontière syrienne, la Turquie s'est engagée dans une offensive militaire contre Daech et le PKK (branche armée du parti kurde). Cet engagement militaire direct met fin à la « doctrine Davutoglu », du nom du Premier ministre turc, qui visait à pacifier la région grâce à la politique du « zéro problème » avec ses voisins. Cette offensive se produit au moment où le président Recep Tayyip Erdogan est politiquement affaibli et où l'économie, marquée par une croissance faste durant une décennie, ralentit. Derrière tout cela, c'est le destin de la Turquie qui est en jeu, tant son arrimage européen que son émergence économique comme pays quasiment développé.

La Turquie a connu, depuis l'accession au pouvoir de l'AKP (parti islamo-conservateur) en 2002, une vaste libéralisation de l'économie. En treize ans, le PIB a plus que doublé, faisant de la Turquie la première puissance économique régionale, devant l'Arabie saoudite ou l'Iran. Ce succès trouve son origine dans plusieurs facteurs : la prise du pouvoir par une élite islamo-conservatrice, qui a mélangé libéralisme économique et conservatisme social ; la personnalité d'Erdogan, actuel président, devenu Premier ministre en 2003, qui a stabilisé le gouvernement turc ; l'AKP qui a habilement joué du processus d'adhésion à l'Union européenne pour asseoir son pouvoir à l'encontre des kémalistes, tout en ouvrant les discussions avec les Kurdes et les Arméniens.

L'entrée de la Turquie dans le conflit syrien a refermé le dialogue avec les Kurdes. Après le recul de l'AKP lors des dernières élections législatives, au profit du Parti démocratique des peuples (HDP), le président Erdogan s'est vu privé de la majorité absolue au Parlement, qui lui aurait permis de modifier la Constitution pour faire de la Turquie un régime présidentiel. Mais les événements le servent.

Le refus opportun de constituer une coalition de gouvernement va lui permettre de retourner aux urnes à l'automne, en ayant considérablement affaibli le parti pro-kurde, le HDP, tiraillé entre le soutien au PKK et la dénonciation de la campagne d'attentats en cours contre les policiers et les militaires turcs. Erdogan espère obtenir, cette fois-ci, la majorité absolue et présider, en 2023, au centenaire de la création de la République, sur un pied d'égalité avec son illustre prédécesseur, Atatürk. Par ailleurs, la Turquie fait du PKK, devant Daech, son ennemi « prioritaire », lui adressant un rappel à l'ordre sévère sur le vieux rêve de créer un Etat national kurde dans la région.

L'AKP doit également faire face au ralentissement marqué de la croissance économique depuis 2013. La croissance est tombée de 9,2 % en 2010 à 2,9 % en 2014. Dans le même temps, la Turquie est confrontée aux aspirations démocratiques des nouvelles classes moyennes dont les émeutes autour du parc Gezi à Istanbul, en juin 2013, ont constitué un symbole éclatant.

La Turquie est à la recherche de son identité. En premier lieu, identité occidentale ou orientale. Depuis 2002, la politique étrangère turque a été conduite par Ahmet Davutoglu, ancien ministre des Affaires étrangères et Premier ministre depuis l'été 2014. Il mène une politique qualifiée de néo-ottomane qui a creusé le fossé entre l'élite occidentalisée et le « regard » turc tourné désormais vers le Proche-Orient, la mer Noire ou la Russie. En second lieu, identité démocratique ou autoritaire, alors que la modernisation de l'économie et de la société turques s'oppose à la dérive autocratique et au conservatisme religieux de l'AKP.

Dans ce cadre, il convient de réfléchir aux relations entre l'Europe et la Turquie, dont l'émergence économique, démographique et le poids régional en font un partenaire stratégique majeur. Autant, à l'instar des positions du président Nicolas Sarkozy, il nous faut être clairs sur le fait que la Turquie n'a pas vocation à adhérer à l'Union européenne, autant il nous faut être conscients de nos intérêts économiques et stratégiques communs. Dans l'immédiat, notre intérêt est de resserrer nos liens avec cette puissance émergente dans le cadre d'un partenariat global que Paris et Berlin doivent, en premier lieu, définir.

Laurence Daziano

Laurence Daziano, maître de conférences à Sciences po, est l'auteur de « Les pays émergents, approche géoéconomique » (Armand Colin, 2014).





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Source/Lien : Les Echos



   
 
   
 
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