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Turquie - Erdogan : le pari du chaos ?
Publié le : 26-08-2015

Le Point.fr

Le pays est englué dans une crise sans précédent. En provoquant des élections anticipées, le président cherche à reprendre la main. Un coup très risqué.

De notre correspondant à Istanbul, Quentin Raverdy

Publié le 26/08/2015 à 09:20 |

Le leader turc a tout mis en œuvre ces dernières semaines pour voir son pays retourner aux urnes au plus vite. Un empressement politique dont lui et son ancien parti, l'AKP, pourraient pourtant ne pas sortir indemnes.

Le président Recep Tayyip Erdogan a manifesté sans ambiguïté sa volonté de voir la Turquie retourner aux urnes dans les plus brefs délais. Ce sera chose faite le 1er novembre prochain, lors de la tenue de législatives anticipées, le Premier ministre intérimaire Ahmet Davutoglu ayant échoué dans sa quête de coalition gouvernementale avec les autres formations politiques turques.

Le pari d'Erdogan ? Pourtant tenu à la neutralité, le président entend bien faire triompher de nouveau le parti islamo-conservateur qu'il a cofondé et dirigé pendant plus d'une décennie : l'AKP. Une formation qui, après treize années hégémoniques au Parlement turc, n'a obtenu que 40,9 % des voix, perdant ainsi sa majorité absolue. Un camouflet en partie dû à l'entrée fracassante au sein de l'hémicycle du parti pro-kurde HDP (13 %). Ce résultat ruinait les espoirs du leader turc de mettre en œuvre une révision constitutionnelle censée doter la Turquie d'un régime présidentiel.

L'AKP en baisse dans les sondages

Mais le coup est risqué. Surtout que, depuis la fin juillet, le pays a doublé sa crise politique d'une crise sécuritaire interne sans précédent. En trois semaines, les combats qui opposent Ankara et les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont déjà fait plus de 60 morts chez les forces de sécurité et près de 900 chez les rebelles, selon l'agence de presse Anadolu. Un climat délétère, alimenté dans la presse et à la télévision turque par les images en boucle des funérailles de soldats turcs, dont l'AKP voudrait tirer parti. Nul doute que l'essentiel du programme électoral du parti islamo-conservateur tienne sur un timbre-poste : ce sera "l'AKP ou le chaos".

Simple, oui, mais pas forcément efficace. Dans l'avalanche de sondages qui déferle dans les médias nationaux, plusieurs études donnent l'AKP en tête, mais en baisse par rapport à juin. Et, dans l'ensemble, ils restent quasi unanimes sur les maigres chances de l'AKP de regagner la majorité absolue. "On voit bien qu'il n'y a pas eu de véritable hausse de popularité pour l'AKP à la suite de sa campagne sécuritaire contre le PKK. On observe également que l'argument de l'instabilité sans l'AKP ne prend pas chez les électeurs, ils ne se réfugient pas dans un vote pour le parti" , explique Sinan Ülgen, président du Center for Economics and Foreign Policy (EDAM).

Pour l'instant, donc, l'AKP semble se diriger vers un nouveau revers électoral, prolongeant par la même occasion la crise de gouvernance dans le pays. Une nouvelle déconvenue qui signerait l'éviction probable de l'actuel Premier ministre et leader du parti, estime un membre de l'AKP qui souhaite rester anonyme. Surtout, l'échec dans les urnes n'épargnera pas le président : "Ce sera un coup dur pour Erdogan. Il ne pourra plus s'opposer à un gouvernement de coalition, il sera affaibli, et là, il pourrait commencer à perdre le soutien de politiques, de businessmen, etc." confie ce membre du parti. "À ce moment-là, ce sera chacun pour soi."

Crise économique

D'ici à novembre, une autre pierre d'achoppement pourrait bien contrecarrer les desseins du leader turc : la situation économique. L'indécision de la classe politique turque et l'incapacité à former une coalition ont sérieusement secoué la monnaie locale. En à peine un mois, la livre turque a déjà perdu près de 10 % de sa valeur face au dollar, plus de 20 % depuis le début de l'année. Les violences internes et l'instabilité régionale mettent également à rude épreuve le secteur touristique, vital pour la Turquie, le sixième pays le plus visité au monde : l'affluence a déjà baissé de 14 % depuis le début de l'année, en comparaison avec la même période en 2014, soit plus d'un milliard d'euros de manque à gagner. Pas de quoi rassurer les marchés turcs qui pâtissent déjà de la sérieuse baisse de la croissance et des investissements étrangers sur ces dernières années.

La crise n'a pas encore directement touché les Turcs, mais elle pourrait peser dans la balance électorale. De quoi fragiliser Erdogan, estime Sinan Ülgen. "Cela comptera en novembre prochain, c'est bien d'ailleurs pour cela qu'il a annoncé l'échéance électorale plus tôt que le délai légal inscrit dans la Constitution (90 jours après l'échec des négociations, NDLR) : il veut accélérer les choses pour que ce mauvais cycle économique ne perturbe pas la campagne de l'AKP."

Une impasse politique

Le pays est dans l'ornière. Faute de coalition, le Premier ministre turc a la lourde tâche, d'ici cinq jours, de monter un gouvernement intérimaire, incluant – comme le prévoit la Constitution – des membres des autres formations politiques présentes au Parlement. Une tâche quasiment vouée à l'échec puisque le CHP (25 % des voix en juin) et le MHP (18 %) ont d'emblée balayé l'idée de coopérer, malgré l'insistance, mardi encore, d'Ahmet Davutoglu. Logiquement, il ne reste à l'AKP comme seul et unique partenaire de gouvernement que le HDP, véritable bête noire du président Erdogan qui accuse la formation d'être le bras politique du PKK.

Intégrer des parlementaires pro-kurdes au sein de l'exécutif turc – dans des ministères secondaires – serait une première pour la République mais ne ferait pas les affaires de l'AKP, loin de là. "Le parti va être vivement critiqué par les nationalistes et leurs électeurs qu'il cherchait à l'origine à rallier", présage Sinan Ülgen. Au premier rang desquels le MHP et son leader Devlet Bahçeli, farouche opposant au processus de paix avec le PKK et à la banalisation du HDP : "Ils vont tenter de gagner des votes en accusant l'AKP d'avoir ouvert la voie à l'entrée du parti pro-kurde, vitrine du PKK, dans l'exécutif."

De ce gouvernement de transition accouché au forceps, il ne faudra pas attendre grand-chose, estime le membre de la formation islamo-conservatrice. On sera en période électorale, l'AKP ne voudra pas être perçu comme un partenaire du HDP et vice versa." Tout ce que l'on peut attendre de ces trois prochains mois, tranche-t-il, résigné : "davantage de chaos".





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Source/Lien : Le Point



   
 
   
 
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