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Le CCLJ organise son premier voyage d'études au Rwanda
Publié le : 18-09-2015

CCLJ

Légende photo: © LHJDN

Mardi 8 septembre 2015 par Géraldine Kamps

Publié dans Regards n°825

Du 6 au 18 juillet 2015, le Centre d'éducation à la citoyenneté du CCLJ proposait aux enseignants et éducateurs de la Fédération Wallonie Bruxelles son premier voyage d’études au Rwanda, en vue de compléter leur formation. De retour en Belgique, ils nous confient leurs attentes, leurs impressions sur place et leurs projets à venir.

« Pouvoir contribuer à cette mémoire-là »

Thierry Dewin est professeur de français au Sacré Cœur de Ganshoren et s’intéresse depuis longtemps à la problématique des génocides. Il a ainsi participé au « Train des mille » en 2012 et au séminaire organisé à Yad Vashem pour les enseignants. Depuis un an, il est membre de la commission pédagogique de la Fondation Auschwitz.

« J’en connaissais déjà un peu sur le génocide des Tutsi, puisque nous avions notamment invité Pauline Kayitaré à témoigner en classe. Je trouvais très intéressant de pouvoir compléter ma formation, mais aussi de pouvoir contribuer dans mon métier à cette mémoire-là. On se rend compte encore aujourd’hui des réticences à entendre cette réalité. La formation a dépassé de très loin mes attentes et m’a permis de nouer des contacts très pertinents, que ce soit sur le plan humain comme professionnel. Je connaissais les responsabilités des anciens colons et le rôle joué par l’Eglise catholique, mais je ne pensais pas qu’ils avaient été, à ce point, complices. La vérité a éclaté dans toute son horreur après les conférences et nos lectures, cela m’a vraiment choqué. Le poids du négationnisme est alarmant également, parfois même au sein des Etats européens. On peut le voir encore aujourd’hui dans les librairies belges, trois quarts des livres vendus sur la question sont négationnistes ! Pour beaucoup d’Européens, cela reste « une histoire de noirs », qui s’est passée loin de chez nous. La Shoah s’était produit dans nos rues, et en cela nous parait plus proche. J’ai le sentiment depuis mon retour de devoir en parler autour de moi. Je donne un cours sur les violences humaines aux 5e secondaires, et sur le thème « Culture, Barbarie » aux rhéto. Je les compléterai avec ce que j’ai appris au Rwanda. Pour montrer que personne n’est épargné. Suite à ce voyage, je me suis engagaussi é vis-à-vis de la Commission de lutte nationale contre le génocide pour écrire une pièce théâtre sur le génocide, actuellement en cours de rédaction. Son titre « Amahano » (« L’innommable ») est un mot qui désigne les faits là-bas, et qui me permettra par le biais de la métaphore d’évoquer non seulement la lutte contre le négationnisme, mais aussi la difficulté de parler du génocide aujourd’hui ».

« Un coup de massue indispensable »

Isabelle Bourlet enseigne l'histoire au degré supérieur à l'Athénée Royal Prince Baudouin à Marchin (Huy). Avant de participer à ce voyage, elle possédait des connaissances générales sur les causes et les conséquences du génocide.

« Nous étions tous animés de l’envie commune de comprendre les raisons pour lesquelles, pendant 100 jours (du 7 avril à juillet 1994), plus d’un million de personnes, des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards ont été massacrés, avec la plus extrême barbarie et une ignominie indescriptible par leurs amis, voisins, parents, d’autres hommes, femmes, enfants et vieillards. Certes, les médias abondent sur le sujet et il est loisible à chacun de construire à l’aide de leurs analyses et des témoignages un schéma de compréhension des événements. Et pourtant, venir sur les lieux donne un relief encore plus terrible à cette tragédie, car nous sommes face à des personnes dont la vie a été brisée en 1994 et qui elles, aussi, tentent toujours de comprendre. La programmation des conférences, visites de musées et sites mémoriels, coup de massue indispensable d’une réalité abominable, a été établie afin que puissions dénouer les fils de la catastrophe. Toute l’histoire du Rwanda fut ainsi balayée jusqu’à nos jours ; le rôle ô combien important des médias avant et pendant le génocide, la complicité de l’Eglise catholique dans la distillation de la haine entre Hutu et Tutsi, le silence coupable et la lâcheté de la communauté internationale et de la Belgique, l’implication avérée de la France, la reconstruction du pays avec le jugement des coupables, la prise en charge des traumatismes, et in fine, ce qui semble être un corollaire inéluctable de tous les génocides, les négationnismes. Avec une attention particulière apportée à la transmission pédagogique. Ce séminaire très riche m'a donné une vision d'ensemble beaucoup plus précise, quant au contexte historique et aux conséquences sur le court, moyen et long terme. Un vrai défi, réussi de main de maître par les organisateurs ».

« Il y aura un avant et un après »

Jocelyne Dintilhac est professeur d’histoire/géographie au Lycée français à Bruxelles. Elle s’est toujours intéressée au Rwanda, pour les questions de développement, mais aussi à sa façon de surmonter une histoire traumatisante et de l’utiliser comme tremplin pour le futur.

« J’étais venue pour en savoir davantage sur le comment surmonter un tel événement, en me questionnant moins sur le pourquoi et le comment il s’était produit. J’ai donc appris énormément sur le sujet, mais cela a été très dur », reconnait Jocelyne Dintilhac. « D’autant plus que j’étais la seule Française du groupe et que la France est directement mise en cause dans ces événements. Je tenais jusque-là mes informations des médias français et européens, et j’ai tenté au début de trouver à mon pays des circonstances atténuantes. J’ai donc été véritablement anéantie par la réalité. C’était un voyage intense, mais d’une qualité remarquable, tant au niveau des conférences que des interlocuteurs rencontrés, avec un souci de nuances. Il y aura clairement un avant et un après ce voyage. Depuis mon retour, j’en parle beaucoup, pour transmettre toute cette information et chercher des réponses à de nouvelles questions. Ces éléments se retrouveront bien sûr dans mon enseignement. C’est un nouveau champ d’études qui s’ouvre à moi, et si mes recherches d’archives et de témoignages débouchent sur de nouveaux éléments, je n’hésiterai pas à écrire un article sur le sujet. Je m’interrogeais au départ sur la façon de surmonter les traumatismes. Je me demande aujourd’hui s’il s’agit d’une vraie possibilité ou s’il y a un risque de rechute. Bien qu’on ait compris les mécanismes qui ont mené à la Shoah, il s’est avéré impossible de transférer ces connaissances pour stopper ce qui se passait au Rwanda. Je m’interroge sur cette cécité et cette incapacité ».

« Mettre du vécu sur une réalité complexe »

Mélanie Moreas est régente en sciences humaines et a été professeur de morale et d’histoire en secondaires pendant neuf ans. Elle est aujourd’hui maître-assistante en psycho-pédagogie à la Haute Ecole Defré. Avec un master en Philo, Florence Evrard est maître-assistante en philo-morale et citoyenneté à la Haute Ecole Defré.

« Nous avons rencontré Dominique Celis il y a un an lors d’un séminaire à Yad Vashem. Nous avions travaillé avec nos étudiants, futurs enseignants, sur le thème « Mémoire et Histoire », en mettant en parallèle la Shoah et le génocide des Tutsi, et nous lui avons donc demandé s’il n’y avait pas d’équivalent pour le Rwanda. De là est né le projet de ce voyage avec le CCLJ, qui s’est avéré d’un niveau largement comparable », relèvent les deux femmes. « Pour se former à cette problématique, l’accompagnement de spécialistes était nécessaire et la visite sur le terrain comme les rencontres de témoins se sont avérés indispensables pour mettre du vécu sur une réalité complexe », note Florence Evrard, qui confie relire ses livres avec une autre vision. S’interrogeant depuis toujours sur la déportation des Juifs de Belgique, Mélanie Moreas s’intéressait pour sa part au côté psychologique et à l’aspect réparations, l’après-génocide pour les 2e et 3e générations. « C’est encore très vif, le génocide est partout, et le contraste avec le calme et la beauté des paysages est bouleversant. Mais quelle sera la suite ? Ne sommes-nous pas face à une bombe à retardement ? », questionne-t-elle. « Le gouvernement prône l’unité et la réconciliation, mais le prix psychologique demandé aux rescapés est aberrant », poursuit Florence.

C’est un sentiment de colère qui domine chez les deux femmes au terme de ce voyage : « Le monde occidental dans son ensemble a fermé les yeux et ne veut pas prendre ses responsabilités », accuse Mélanie. « Des signes avant-coureurs existaient depuis 1959, mais ils ont en effet été ignorés », confirme Florence. « Les rescapés vivent aujourd’hui dans des conditions déplorables économiquement, socialement. Où sont aujourd’hui la Belgique et la France ? ».

Florence souhaite retourner au Rwanda l’an prochain pour développer un document pédagogique qui reviendrait sur le rôle de la France. Photographe avant d’être philosophe, elle projette également un reportage sur les conditions de vie des rescapés. Mélanie a, elle, fait la demande au Centre national de lutte contre le génocide (CNLG) de le suivre dans les écoles rwandaises, en se servant de ce qui existe comme documentation sur la Shoah sur les nouvelles générations, pour anticiper les traumatismes, du côté des victimes comme des enfants de bourreaux. « Nous avons réalisé sur place tout ce que l’on pouvait faire. Le paradoxe est que nous pensions y aller pour recevoir, et qu’ils nous ont remerciés de ce que nous leur avions apporté. Comme si notre venue avait eu une vertu thérapeutique… ».

En bref

Avec l’aide de la Commission nationale de lutte contre le génocide (CNLG), Wallonie Bruxelles International et Aegis Trust (Kigali Genocide Memorial), le Centre d'éducation à la citoyenneté du CCLJ, représenté par Florence Caulier, a élaboré le programme de ce premier voyage d’études au Rwanda, co-organisé par Dominique Celis, enseignante de philosophie (école Saint-Exupéry de Kigali). Objectifs : favoriser la compréhension de l’histoire du génocide des Tutsi au Rwanda et des liens entre la Belgique et le Rwanda, apporter une réflexion renouvelée sur les crimes de masse et les violences d’Etat, partager les avancées historiographiques sur ces sujets, et lutter contre toute forme de négationnisme.

Selon un parcours chronologique (le Rwanda précolonial, la période coloniale, la révolution sociale de 1959, la 1ère République, la 2e République, les 100 jours du génocide et l’après-génocide), les participants ont ainsi pu suivre une série de conférences, visiter les mémoriaux (Kigali, Bisesero, Kibuye, Murambi), écouter les témoignages des spécialistes et rescapés, guidés tout au long du séminaire par Jean Ruzindaza (CNLG), et encouragés à créer des liens permanents et de coopération sur le long terme.




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Source/Lien : CCLJ



   
 
   
 
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