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Polémique sur Nadine Morano : ce que sous-entend l'expression « race blanche »
Publié le : 30-09-2015

Les Echos


Légende : Polémique sur Nadine Morano : ce que sous-entend l'expression « race blanche »


Julien Longhi / Spécialiste du discours politique, Université de Cergy-Pontoise et Think Tank Different | Le 29/09 à 16:57

L'ex-ministre de Nicolas Sarkozy a utilisé l'expression « race blanche », samedi 26 septembre, dans l'émission « On n'est pas couché », suscitant de vives polémiques. D'un point de vue linguistique, qu'est-ce que cela implique ?

« Pour qu’il y ait une cohésion nationale, il faut garder un équilibre dans le pays, c’est-à-dire sa majorité culturelle. Nous sommes un pays judéo-chrétien – le général de Gaulle le disait –, de race blanche, qui accueille des personnes étrangères. J’ai envie que la France reste la France. Je n’ai pas envie que la France devienne musulmane », a déclaré Nadino Morano (Les Républicains), alors qu'elle était assise sur le fauteuil d'« On n'est pas couché », samedi dernier, sur France 2. (Voir la vidéo ici ).

Cette simple citation est très riche du point de vue des représentations et références convoquées, puisqu’elle contient des éléments problématiques comme « garder un équilibre » (qui présuppose l’existence ou la possibilité d’un déséquilibre), « majorité culturelle » (qui introduit une « minorité »), « race blanche » bien sûr, « personnes étrangères », « reste » (qui présuppose une menace qui causerait la disparition), etc.

Nommer, c’est dire « qui on est »

C’est bien sûr l’expression « race blanche » qui a créé la polémique, mais on voit bien déjà que cette expression n’est pas isolée, et qu’elle importe avec elle une série de termes qui fonctionnent sur un modèle binaire nous/les autres, équilibre/déséquilibre, majorité/minorité.
Dans ce cadre, « blanc » qui constituerait le « nous » des Français est donc associé à l’équilibre et la majorité, et le « non blanc » serait le « eux », les « autres » de la France, une « minorité » qui est la source potentielle d’un déséquilibre.

D’autres ont déjà écrit sur l’emploi même du mot « race » (voir aussi l’analyse dans Le Petit Journal du lundi 28, avec extraits du Petit Larousse à l’appui, de la portée de ce mot), et je m’intéresserai de mon côté au fait de nommer une race, et de la nommer en rapport avec une couleur.

La question de la nomination a été abordée par les analystes du discours, en particulier Paul Siblot, qui dans un article de 1998 intitulé Algérien dans l'imbroglio des dénominations indiquait :

« Le langage ne peut nommer les êtres "en soi" , mais seulement "pour nous" . (…) lorsque nous nommons, nous prenons nécessairement position à l'égard de ce que nous nommons. Lorsque nous catégorisons, nous déterminons la relation adoptée envers l'être désigné, et par là nous prenons position, nous nous définissons indirectement nous-même. »

Aussi, lorsque Nadine Morano se défend de dire des vérités, des évidences, et qu’elle s’étonne que ses propos soient mal interprétés, elle se méprend sur l’acte de nomination qu’elle effectue : en disant « race blanche », elle se positionne vis-à-vis de la France, elle prend position à l’égard de ce que sont des français. Alors que d’autres s’interdisent de prononcer le mot « race », que beaucoup critiquent son usage même, Nadine Morano, en l’employant, se définit elle-même comme sujet nommant par le mot « race ».

Cette distinction par la couleur fonctionne comme une catégorisation chromatique, visible et transparente pour les citoyens : d’ailleurs, l’association entre « race » et « blanc » joue également sur le sens symbolique de la couleur blanche, qui dans la culture occidentale est associée à la pureté ou à l’innocence par exemple (et qui pourrait conduire à une lecture « puriste » de la race, ce qui est effleuré lors de l’échange, mais pas explicitement manifesté).

Qu’elle se défende de l’amalgame entre « race » et « racisme » me semble aussi un faux débat : en effet, si elle appuie la validité de l’usage de « race », il n’y a qu’un pas vers le « racisme », puisque le suffixe –isme signifie « qui adhère à une doctrine, une croyance, un système, un mode de vie, de pensée ou d'action, ou exprime l'appartenance à ceux-ci » (Dictionnaire TLFI).

L’analogie au contexte de guerre

Un autre point intéressant de l’échange est la référence à la figure du général de Gaulle. Sur le site Franceinfo.fr , on nous rappelle que cette citation « a été publié en 1994, plus de vingt-quatre ans après la mort du général de Gaulle. Il aurait prononcé cette phrase le 5 mars 1959, durant la guerre d'Algérie ». L’argument d’autorité fonctionne sur le principe de l’adhésion à la parole soutenue par l’autorité : Nadine Morano espère donc emporter l’adhésion par le simple fait qu’elle convoque cette figure.

On peut déjà faire l’hypothèse qu’autorité ne signifie pas forcément véracité, et que cette opinion n’est pas vraie juste par le fait qu’elle est soutenue par de Gaulle. Mais passons là-dessus, et considérons le contexte de la citation : utiliser un propos prononcé en 1959, durant la guerre d’Algérie, revient pour Nadine Morano à faire l’analogie, implicitement, entre le contexte actuel, et le contexte de l’époque. En effet, pour que l’argument d’autorité fonctionne, il faut aussi que les conditions d’application soient relativement similaires. En faisant référence à cette citation, Nadine Morano ne perçoit pas une dimension cruciale de la nomination :

« Les mots dont nous faisons usage nous parviennent lestés de sens dont les emplois antérieurs les ont chargés. Et leur mémoire conserve l'empreinte de ceux qui, en les utilisant, y ont exprimé la position qu'ils prenaient à l'égard de l'objet » (P Siblot).

En reprenant la voix de De Gaulle, elle en reprend la position, celle d’un homme qui s’exprimait en contexte de guerre, de décolonisation, et dans une période déjà datée. Depuis, bien des choses se sont passées, les questions de l’immigration, des français issus de l’immigration, de la laïcité, se posent très différemment. Le métissage, la couleur de peau, sont des éléments qui n’ont plus du tout le même sens. Les « nous » et les « eux » du général de Gaulle ne sont pas les mêmes que ceux auxquels fait référence Nadine Morano : pourtant, elle évacue complètement l’évolution historique pour reprendre des arguments qui auraient pu fonctionner il y a plus de 50 ans, en contexte de guerre avec l’Algérie.

Pour ce sujet, comme pour d’autres, il s’agirait donc de mieux mesurer la portée des mots utilisés : loin d’être de simple étiquettes, ils servent à positionner, à prendre position, et, chargés de mémoire et de sens, ils importent avec eux des dimensions qu’il convient de prendre en considération avant de se livrer à des « formules chocs » ou des « bons mots ».

Par Julien Longhi, spécialiste du discours politique,
Université de Cergy-Pontoise et Think Tank Different




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Source/Lien : Les Echos



   
 
   
 
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