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Haïm Korsia : « Notre société est au bord de l’implosion »
Publié le : 08-10-2015

La Croix

ENTRETIEN avec Haïm Korsia, grand rabbin de France.

30/9/15 - 15 H 30 - Mis à jour le 1/10/15 - 09 H 00

Élu il y a un an et demi, le grand rabbin de France Haïm Korsia revient sur la situation de la communauté juive en France et ses relations avec la société et le christianisme.

La Croix : Quels chantiers avez-vous lancés pour redonner du dynamisme à la communauté ?

Haïm Korsia : Avant mon élection, je disais que « la plus grande rigueur est d’abord d’être capable de vivre l’ouverture. Il ne faut pas fermer la porte aux déçus, aux sceptiques, à ceux qui sont loin de la foi, car c’est avec eux que nous renforcerons la communauté juive de France ».

Pour moi, ni l’humanité ni la judéité ne sont sécables. On est soit un fidèle, soit un fidèle potentiel, et c’est à nous de faire en sorte qu’il ait une place. Les 23 et 24 octobre, nous participons ainsi au « shabbat mondial », sur une initiative sud-africaine : chaque pratiquant est appelé à inviter à la synagogue quelqu’un qui ne pratique pas d’habitude.

Autour des synagogues, il y a aussi des centres communautaires avec de multiples manières de s’engager, par exemple pour les valeurs que défend le judaïsme. Le soutien de nombreux juifs en faveur des chrétiens d’Orient est aussi une façon de participer à la vie de la société. La communauté juive est tout sauf un système fermé.

D’où votre appel pour les réfugiés ?

H. K. : Nous ne pouvons pas nous remémorer la tragédie de la Shoah et le silence qui l’a accompagné et rester silencieux face à d’autres drames dans le monde ! En recevant la loi sur le mont Sinaï, le peuple juif a dit : « On accomplit et on va comprendre. » Pour les réfugiés, on accueille d’abord, on discute ensuite. C’est dans cet ordre que cela doit se passer.

Ensuite, il faut effectivement voir où il y a de la place. Certains, au sein de la communauté nationale, ont peur, comme dans la communauté juive. Je n’ai d’ailleurs pas été très populaire en disant qu’il fallait accueillir les réfugiés, mais je persiste : leur insoutenable situation nous oblige.

Les musulmans qui arrivent ont un bon niveau d’éducation, comme les médecins étrangers qui nous soignent dans nos hôpitaux. Les rejeter juste avant qu’ils n’arrivent serait renier ce que nous sommes. Ce pays, consubstantiellement, est un pays d’accueil, avec de multiples apports. Tsarfat, la France en hébreu, signifie « creuset ».

Concrètement, que vont faire les juifs pour les réfugiés ?

H. K. : Chaque association travaille avec ses partenaires traditionnels. Ainsi les Éclaireurs israélites avec tous les scouts. L’Œuvre de secours aux enfants a mis à disposition 50 places pour des enfants isolés. L’association des avocats juifs de France offre une assistance juridique, nos services psychologiques sont mobilisés.

Les juifs sont malheureusement familiers de la migration obligée ; nous savons que le stress post-traumatique crée des désastres terrifiant dans les vies. L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) a par exemple une expérience en la matière avec les réfugiés du Rwanda.

N’avez-vous pas peur d’être utilisés par l’État ?

H. K. : Nous faisons partie des interlocuteurs de l’État. Les groupes d’échange entre l’État et les cultes fonctionnent bien. Nous sommes traités en équité et avec ce que nous sommes, c’est-à-dire une part du magistère de la parole. Et nous sommes dans une vraie harmonie, tous d’accord pour dire qu’on ne pouvait choisir les réfugiés.

Comment évaluez-vous les relations judéo-chrétiennes, cinquante ans après la déclaration Nostra aetate ?

H. K. : Cela a été un acte fondamental. On est passé de l’enseignement du mépris à celui de l’estime, selon la formule consacrée que l’on doit à Jules Isaac. Il faut passer maintenant à la coresponsabilité, affronter ensemble les défis du monde.

Nous aurons ensemble, catholiques et juifs, un important colloque le 24 novembre à Tours sur le thème de la fraternité. Le principe même de la proximité avec le christianisme est justement d’être capable de porter un regard fraternel.

L’épiscopat français a été le moteur du rapprochement avec le judaïsme : l’Église s’est posée des questions, des prêtres et des religieuses se sont mobilisés. Avec les évêques, il y a une histoire partagée et un questionnement commun sur ce qu’est la société et, si ce n’est des réponses communes – ce qui serait dangereux –, des réponses convergentes, qui se conjuguent et produisent encore plus de sens.

Vous avez rencontré le pape François, quelle a été votre impression ?

H. K. : Il a la grandeur et la sincérité de la simplicité. Une vraie profondeur. Il a besoin de mieux connaître notre système français. Il n’est ni Italien, ni Polonais, ni Allemand, des pays qui ont eu une longue histoire avec la France : pour un Argentin, la France, c’est loin. Il faut lui expliquer ce qu’est la laïcité, que nous ne sommes pas athées, mais dans la neutralité de l’État et la liberté de pratique religieuse.

Votre communauté est-elle fragilisée par les départs des juifs français vers Israël ?

H. K. : Non, mais cela nous oblige à aller chercher les fidèles alors que nous avons eu longtemps une posture d’attente. C’est valable pour tous les cultes : aujourd’hui, prêtres, imams, rabbins sont formés à rencontrer les personnes là où elles sont et à ne pas rester sur un quant-à-soi qui oblige l’autre à faire le premier pas. Mais je ne crois pas qu’on puisse affirmer que les églises ou les synagogues se vident.

Que voulez-vous dire ?

H. K. : Les grands sanctuaires sont remplis par ceux qui viennent chercher quelque chose de précis. Telle synagogue où le chantre a une voix extraordinaire, d’autres où le chœur est magnifique, d’autres plus intimes. Chacun trouve ce qu’il est venu chercher et il faut que nous soyons capables de dimensionner nos structures aux besoins, et non l’inverse.

Il ne faut pas s’enfermer dans ce que l’on a toujours fait. Aujourd’hui, la force des religions est de s’adapter au monde, tout en étant un lieu de permanence dans une société qui a besoin de points fixes. Il faut être dans l’adaptation et la permanence. C’est le sens du mot halakha en hébreu qui veut dire à la fois la loi et la marche : pour nous, la règle est une loi en mouvement ; elle nous protège de l’émotion du temps.

Nous ne sommes pas là pour juger mais pour accompagner les gens. J’étais en Israël en août et ai réuni les rabbins français qui y résident : je les ai enjoints à s’occuper de nos fidèles qui n’y retrouvent pas les structures communautaires qu’ils avaient en France et qui leur manquent souvent. Nous pourrions même aider la société israélienne très fragmentée à retrouver cet esprit communautaire.

Les juifs sont-ils heureux en France ?

H. K. : Le quotidien pousse à oublier le bonheur. « Être heureux comme un juif en France » est un objectif à construire en permanence. C’est quand on risque de perdre ce qui fait notre spécificité en France que nous nous inquiétons, comme cela s’est passé après les attentats de Charlie Hebdo et l’Hyper cacher.

La société est au bord de l’implosion, il faut d’urgence agir. D’où l’importance du 11 janvier qui nous a rappelé qu’il était possible de retrouver cet élan de fraternité, que ce n’est pas juste un mot inscrit sur les frontons des mairies et des écoles. Collectivement, on avait besoin de voir la France unie. Non pas uniforme, mais rassemblée dans sa diversité et ses différences.


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► Un mois de fête pour les juifs

La communauté juive est entrée le 14 septembre dans le mois de tichri, premier du calendrier hébraïque et marqué par d’importantes fêtes religieuses :

• Roch hachana (Nouvel an, 14 septembre) ;

• Yom Kippour (fête du pardon, 23 septembre) ;

• Souccot (fête des tentes, 28 septembre) ;

• Simhat Torah (Joie de la Torah, 6 octobre).

Recueilli par Bruno Bouvet et Nicolas Senèze

30/9/15 - 15 H 30 - Mis à jour le 1/10/15 - 09 H 00




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Source/Lien : La Croix



   
 
   
 
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