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Ce que révèlent les tensions entre la Russie et la Turquie
Publié le : 08-10-2015

Le Figaro

Par Hadrien Desuin Mis à jour le 07/10/2015 à 08:45 Publié le 06/10/2015 à 20:09

Ancien élève de l'École spéciale militaire de St-Cyr puis de l'École des officiers de la Gendarmerie nationale, Hadrien Desuin est titulaire d'un master II en relations internationales et stratégie sur la question des Chrétiens d'Orient, de leurs diasporas et la géopolitique de l'Égypte, réalisé au Centre d'Études et de Documentation Économique Juridique et social (CNRS/MAE) au Caire en 2005. Il a dirigé le site Les Conversations françaises de 2010 à 2012. Aujourd'hui il collabore à Causeur et Conflits où il suit l'actualité de la diplomatie française dans le monde.

FIGAROVOX/TRIBUNE - Deux avions de combat russes ont violé l'espace aérien de la Turquie ce week-end, ce qu'a condamné Erdogan. Hadrien Desuin analyse le différend russo-turc.

Les anicroches aériennes et les intimidations diplomatiques ont fait monter la pression entre la Turquie et la Russie ces derniers jours. Le soufflé devrait retomber assez vite mais il a l'intérêt d'établir un certain rapport de forces. Au XIXème siècle, l'empire russe intervenait pour protéger les minorités d'Orient persécutées par les Ottomans. Cette noble mission lui donnait une bonne raison de prolonger son aire d'influence. 150 ans plus tard, l'Histoire semble étrangement se répéter.

Autant Israël cherche à trouver un compromis avec le Kremlin afin que son aviation continue à intervenir dans le ciel sud syrien, autant la Turquie refuse de se coordonner avec la Russie dans le Nord. La diplomatie turque gesticule et invoque la violation de son espace aérien mais le problème est ailleurs. Juste de l'autre côté de la frontière. Cet été, le régime turc avait annoncé son intention de créer une zone d'exclusion aérienne. Une grande zone tampon au nord de la Syrie avec deux objectifs principaux: fixer les réfugiés syriens mais surtout frapper les Kurdes. L'objectif final étant de faire tomber Bachar el-Assad sur le modèle libyen et de placer un régime frère, islamiste en l'occurrence.

La Turquie doit constater que face à l'aviation russe l'objectif de faire tomber Assad ne pourra être atteint.

Malheureusement pour elle, la Turquie doit constater que face à l'aviation russe ces objectifs ne pourront pas être atteints. Après quatre ans d'efforts, le recul soudain de sa politique dans son voisinage méridional immédiat rend fou de rage le mégalomaniaque président Recep Tayyip Erdogan. D'autant que la guerre civile qu'il a contribué à alimenter en Syrie a rallumé l'irrédentisme kurde et brisé sa coalition électorale. Son rêve de restauration ottomane s'évanouit.

Les frappes russes sont un réveil assez désagréable pour les Turcs pour plusieurs raisons. Vu de Damas et de Moscou, la Turquie a raison de défendre la souveraineté de son espace aérien. Mais elle ne peut pas dans le même temps violer celui de son voisin. Que la Turquie soit aujourd'hui contrainte de défendre son espace aérien est révélateur. Hier à l'offensive en Syrie, elle est aujourd'hui sur la défensive et l'aviation russe va jusqu'à mordre sur son territoire. Les ambitions turques de protectorat syrien sont définitivement remisées au placard et renvoient Ankara à ses turpitudes internes.

Par ailleurs, les chasseurs russes n'ont pas les mêmes règles d'engagement que la coalition occidentale, en principe soucieuse d'épargner les vies civiles en dépit du contre-exemple de Kunduz. Si l'on exclut l'armée kurde de Syrie, c'est la première fois que des frappes aériennes aussi nombreuses et violentes se coordonnent avec une troupe au sol capable d'occuper le terrain dans le sillage des bombardements. Et l'opinion russe ne demandera pas des comptes à ses pilotes à la première bavure venue.

A trop maintenir Poutine à l'écart au profit de l'alliance turco-saoudienne, les Occidentaux l'ont poussé à intervenir et ont replacé malgré eux la Russie au cœur du Moyen-Orient.

C'est-à-dire que «l'armée de la conquête», l'alliance djihadiste soutenue par la Turquie qui regroupe al-Qaïda et les «rebelles modérés» chers à Laurent Fabius, subit un sérieux coup d'arrêt sous la pluie de bombes russes. Elle doit faire face dans un deuxième temps à une offensive terrestre de l'armée syrienne. Les amis de la Turquie ne peuvent pas se contenter de baisser la tête en attendant que les bombardiers passent. S'ils veulent défendre leurs positions, ils doivent se découvrir.

Conséquence, l'armée syrienne qui donnait de graves signes de faiblesse est relancée. L'offensive aérienne russe pourrait permettre à Bachar el-Assad et ses alliés (dont l'Irak et l'Iran) de rétablir progressivement le corridor vers Alep, dégager Damas et l'axe qui va vers Homs et Hama et puis sans doute reprendre Palmyre.

Bref, avec l'entrée en scène de la Russie, c'est toute la stratégie turque mais aussi occidentale qui s'écroule: le maintien de Bachar n'est plus une hypothèse improbable mais un fait dont il faudra tenir compte dans les années à venir. A trop maintenir Poutine à l'écart au profit de l'alliance turco-saoudienne, les Occidentaux l'ont poussé à intervenir et ont replacé malgré eux la Russie au cœur du Moyen-Orient.

Hadrien Desuin





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Source/Lien : Le Figaro



   
 
   
 
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