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L'article à lire pour comprendre pourquoi la Turquie est au bord du gouffre
Publié le : 14-10-2015

Francetv info

Par Elise Lambert

Mis à jour le 14/10/2015 | 01:07 , publié le 13/10/2015 | 17:54

Après le double attentat meurtrier d'Ankara de ce week-end, le pays cherche ses coupables. Francetv info vous aide à comprendre pourquoi la Turquie connaît une escalade de violence.

Une centaine de morts et plus de 500 blessés. La Turquie a connu l'attentat le plus meurtrier de son histoire moderne lors d'une manifestation pacifique pro-kurde à Ankara, samedi 10 octobre. Dans la matinée, deux fortes explosions ont secoué les alentours de la gare centrale de la capitale, où des milliers de manifestants étaient rassemblés. Si l'enquête officielle s'oriente vers la piste jihadiste, de nombreux Turcs accusent leur gouvernement d'être complice de ce massacre.

Le pays aurait-il renoué avec ses vieux démons ? Depuis les législatives de juin, la Turquie a basculé dans une nouvelle spirale de violences et de répression : combats contre les rebelles kurdes, instabilité politique, président omnipotent et censure des médias. Si vous n'arrivez plus à suivre ce qu'il se passe en Turquie, francetv info vous propose d'y voir un peu plus clair.

Quel était le but de la manifestation touchée par l'attentat de samedi ?

Sous le slogan "Non à la guerre, oui à la paix tout de suite", des milliers de manifestants, venus de toute la Turquie, s'étaient rassemblés, samedi 10 octobre, aux alentours de la gare centrale d'Ankara pour une "Marche pour la paix".

Ils venaient dénoncer la reprise du conflit entre Ankara et les rebelles kurdes. Depuis les législatives du 7 juin, le gouvernement a relancé les hostilités contre les combattants kurdes dans le sud-est du pays, malgré un cessez-le-feu conclu en mars 2013 entre Ankara et les membres du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ces hostilités ne datent, en effet, pas d'aujourd'hui. Depuis 1978, date de la création du PKK, les Kurdes sont considérés comme une menace constante par Ankara, qui combat leur volonté d'autonomie et d'indépendance.

Pourquoi le gouvernement et les Kurdes sont-ils en guerre ?

Situés au cœur du Proche-Orient, les Kurdes sont une "nation sans Etat". Peuple d'origine indo-européenne, musulman à majorité sunnite, il est établi entre plusieurs pays : la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Sur 20 à 35 millions de Kurdes, environ 15 millions vivent en Turquie, selon l'Institut kurde de Paris (soit 20% de la population du pays). La majorité d'entre eux revendiquent la création de leur propre Etat, le Kurdistan, à cheval sur ces quatre pays. Des revendications combattues par le gouvernement central d'Ankara.

Leurs motivations ne sont pas seulement territoriales : "Depuis plus de trente ans, les Kurdes veulent que leur identité ethnique soit reconnue par Ankara, explique Ahmet Insel, politologue turc contacté par francetv info. Ils souhaitent que leur langue soit enseignée à l'école et que leur région soit bilingue."

Depuis 1984 et le début de la lutte armée prônée par le PKK, les arrestations, emprisonnements et tortures se sont multipliés dans les deux camps. Près de 45 000 personnes sont mortes lors de ce conflit. En 2003, lorsque l'islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan arrive au gouvernement, il ouvre, dans un premier temps, un processus de paix avec la guérilla kurde, avant de combattre à nouveau le PKK à la suite du conflit en Syrie, et à l'approche des élections législatives de juin 2015.

Qu'est-ce que la Syrie vient faire là-dedans ?

Depuis 2011, le conflit syrien est au cœur des relations diplomatiques de la Turquie : "Pendant longtemps, le pays a prôné une position neutre synonyme de 'zéro problème avec nos voisins', explique Jean Marcou, spécialiste de la Turquie à Sciences Po Grenoble. Elle faisait tout pour assurer la paix avec la Syrie."

Au début, Ankara soutient donc son allié Bachar Al-Assad, mais elle change de position lors des printemps arabes. Voyant les régimes s'effondrer les uns après les autres, Ankara finit par rompre avec le pouvoir de Damas, accusé d'écraser les sunnites (majoritaires en Turquie), et prend fait et cause pour l'opposition : l'Armée syrienne libre. La Turquie l'aide à tout va, sans être très regardante, pensant faire tomber le régime de Bachar Al-Assad. Elle laisse passer des armes et des combattants pour aider les opposants, mais se fait vite dépasser par cette attitude permissive.

Au cours de 2013, les jihadistes de l'Etat islamique (EI) s'immiscent dans l'Armée syrienne libre, et finissent par la dominer. La Turquie est alors accusée de les avoir favorisés. Dans le même temps, le pays hésite à s'y opposer, car les jihadistes combattent en Syrie leurs ennemis de toujours : les Kurdes... Mais après la victoire de ces derniers à Kobané, la Turquie change de stratégie et s'allie à la coalition internationale pour combattre Bachar Al-Assad et les jihadistes.

Résultat, un premier attentat frappe le sol turc lors d'un meeting du parti pro-kurde HDP (Parti démocratique des peuples) le 5 juin, juste avant les élections législatives. Un mois plus tard, le 20 juillet, des étudiants socialistes, partisans de la cause kurde, sont la cible d'un attentat terroriste à Suruç en Turquie, à la frontière avec la Syrie. Trente-trois personnes meurent lors de l'attaque, fomentée par un kamikaze affilié à l'EI.

Le président Recep Tayyip Erdogan est alors accusé d'avoir favorisé cet attentat, en ayant été trop longtemps complaisant avec les islamistes de l'EI.

La Turquie serait complice de l'Etat islamique alors ?

La Turquie n'est pas complice directement des jihadistes, mais elle est accusée d'avoir fait leur jeu en Syrie. "Il faut comprendre que le président Recep Tayyip Erdogan a toujours considéré que les Kurdes étaient plus dangereux que les jihadistes pour l'unité de son pays, et qu'il fallait aussi soutenir les jihadistes car ils sont sunnites comme la majorité des Turcs", explique Jean Marcou.

A l'automne 2014, le président interdit le passage d'armes et de combattants par sa frontière turque, pour ne pas aider les assiégés kurdes de Kobané. La Turquie s’oppose à ce que les avions américains utilisent sa base militaire d’Incirlik, située à la frontière syrienne. De nombreux pays occidentaux accusent alors la Turquie, membre de l'Otan, d'immobilisme. "Ankara refusait d'aider la coalition qui armait les rebelles kurdes, et préférait laisser le conflit s'enliser, pour épuiser les forces kurdes et éloigner le spectre de la création d'un Kurdistan à ses frontières", explique Jean Marcou.

En mai 2015, des photos et une vidéo publiées par le quotidien turc Cumhuriyet sèment à nouveau le trouble. Elles montrent un convoi de camions turcs partant dans une zone contrôlée par le front Al-Nosra en Syrie, rappelle Arte. Sous des caisses de médicaments, les gendarmes turcs découvrent des armes et des munitions de fabrication russe destinées aux rebelles islamistes syriens - sunnites eux aussi, mais également ennemis de l'Etat islamique. Malgré ces éléments, le gouvernement turc ferme les yeux.

Difficile à suivre... La Turquie fait partie de la coalition contre l'EI, maintenant ?

Oui, depuis le 23 juillet, et après trois mois d'âpres négociations avec les Etats-Unis, la Turquie autorise l'armée américaine à utiliser sa base d’Incirlik pour mener des frappes contre l'Etat islamique, rappelle Le Monde.

Le gouvernement lance une vaste opération antiterroriste et mobilise 5 000 policiers pour démanteler les réseaux jihadistes sur son territoire. Il en profite aussi pour intensifier sa lutte contre les rebelles kurdes du PKK, marquant ainsi le début de sa "guerre contre le terrorisme." A la fin août, l'armée turque envoie trois chasseurs F-16 mener des raids aériens en Syrie sur des cibles de l'EI, dans le cadre de la coalition.

Or, avec cette nouvelle stratégie, le pays devient la cible de l'Etat islamique. Les jihadistes veulent combattre le PKK en Syrie et en Turquie pour se venger de leur défaite à Kobané, et accusent le président Recep Tayyip Erdogan d'avoir effectué ce revirement en leur défaveur.

Mais alors, si Erdogan combat les jihadistes, pourquoi est-il critiqué ?

L’opposition accuse depuis juillet les islamo-conservateurs du Parti de la justice et du développement (AKP), d’avoir aveuglément soutenu les jihadistes syriens au nom de la solidarité sunnite, obsédés par le renversement de Bachar Al-Assad.

De nombreux Turcs reprochent aussi à Ankara d'avoir été trop négligent alors que le risque d'attentat était très élevé avant l'attaque du 10 octobre. Le jour de la manifestation, aucune fouille, aucun contrôle ni déploiement de policiers n'a été effectué aux abords de la gare. Les jihadistes ont pu pénétrer en plein cœur de la capitale sans aucun risque, développe Slate.

Le gouvernement du Premier ministre Ahmet Davutoglu est en fait accusé d'avoir délibérément négligé ses responsabilités lors de cet attentat. "La stratégie du gouvernement conservateur est de cliver au maximum la société turque afin d'obtenir les votes des conservateurs nationalistes", décrypte Jean Marcou. Pour certains spécialistes, il n'est pas impossible que les services secrets turcs soient même complices de l'attentat. Cela serait un moyen pour le président Recep Tayyip Erdogan d'asseoir son autorité, en profitant de cette situation d'insécurité pour réclamer les pleins pouvoirs, comme l'autorise l'article 120 de la Constitution, explique Slate.

Beaucoup d'observateurs décrivent le retour d'un "d'Etat profond" ("derin devlet") soit une complicité entre la police, les services secrets, et la pègre, écrit Le Monde. Cette situation a conduit des milliers de manifestants dans les rues au lendemain de l'attentant. Tous ont dénoncé les responsabilités du gouvernement à travers les slogans "Erdogan assassin", "Pas de condoléances pour Erdogan, c'est lui le coupable". Un climat d'extrême tension qui risque de mettre à mal le parti AKP du président lors des législatives du 1er novembre.

Ces élections, c'est un peu quitte ou double pour Erdogan, du coup ?

Malgré le climat très tendu, le chef du gouvernement a confirmé la tenue des élections législatives : "Quelles que soient les circonstances, les élections auront lieu, a déclare Ahmet Davutoglu. Cette attaque ne va pas transformer la Turquie en Syrie."

Il faut dire que ces élections sont primordiales pour le pays. Depuis cinq mois, la Turquie est dirigée par un gouvernement intérimaire. Le 7 juin, le parti AKP a perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis treize ans, et s'est vu contraint de former un gouvernement de coalition... avec les Kurdes. "Les conservateurs ont été pris de cours par le HDP, parti pro-kurde, qui a dépassé pour la première fois la barre essentielle des 10% pour obtenir des parlementaires à l'Assemblée, pointe Jean Marcou. RecepTayyipErdogan a alors convoqué de nouvelles élections en espérant que son parti gagne pour qu'il puisse obtenir plus de pouvoirs, et ainsi éviter d'être jugé pour de précédentes affaires de corruption." En 2013, plusieurs affaires ont entaché son gouvernement, accusé de fraudes et blanchiment d'argent, rappelle L'Express.

Pour le président turc, ce nouveau scrutin est donc une chance de retrouver une majorité qui lui permette de gouverner comme il l'entend, et "d'instaurer petit à petit un régime présidentiel", affirme Jean Marcou. Mais après l'attentat du 10 octobre, il n'est pas certain que les Turcs, déjà excédés par ces mois d'instabilité, le suivent. "Le risque est qu'il y ait de nouvelles violences, et que le pays sombre alors dans une guerre civile", s'inquiète Libération.

J'ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ;) ?

Touchée samedi par le plus violent attentat de son histoire moderne, la Turquie est au bord de l'implosion. A trois semaines des élections législatives anticipées, les Turcs accusent le pouvoir conservateur de Recep Tayyip Erdogan d'avoir été trop conciliant avec les jihadistes de l'Etat islamique, et d'être complice de la montée de violence dans le pays.

Et pour cause, la Turquie est longtemps restée immobile face aux jihadistes de l'EI en Syrie, car ils combattent les Kurdes, ennemis historiques d'Ankara. En juillet, la Turquie a fini par s'allier à la coalition internationale contre l'EI, mais est devenue du coup une nouvelle cible pour les jihadistes.

De plus, depuis les législatives du 7 juin, le pays traverse une période d'instabilité politique. Pour la première fois en treize ans, le parti de Recep Tayyip Erdogan a perdu sa majorité absolue et les Kurdes sont entrés au Parlement. De peur de perdre son pouvoir, le président a donc accepté de former un gouvernement transitoire avec les Kurdes et a convoqué de nouvelles élections anticipées le 1er novembre. Une partie de la société conteste l'autoritarisme du président et son attitude envers les jihadistes, et entend bien l'exprimer lors de ce scrutin.




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Source/Lien : Francetv info



   
 
   
 
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