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Turquie : Déclaration de Hosrof Dink, frère de Hrant - Procès du 2 juillet 2007
Publié le :

Publié le : 04-07-2007

Moi, Hosrof DINK
(traduction Georges Festa)

Merci à C. de nous avoir transmis le texte en anglais

Votre Honneur, M. le Président, Messieurs les membres de cette Cour,

Hrant Dink, qui a été si odieusement assassiné le 19 janvier, est mon frère. Je suis ici pour demander justice et être témoin que les responsables de ce crime contre l’humanité seront découverts.

Mon frère aîné Hrant, moi-même et mon frère cadet Yervant, nous sommes nés à Malatya et nous avons partagé ce droit le plus sacré et le plus fondamental de l’humanité : celui de vivre comme de partager nos espoirs, nos peines et notre infortune.

Notre père Sarkis et notre mère Gülvart divorcèrent, lorsque nous étions enfants. Cette situation nous contraignit à grandir dans un orphelinat. C’est dans ces terres où nous fûmes enfants, dans cet orphelinat, que nous dûmes apprendre les rudes conditions de l’existence humaine.

Nous pensions être nés en tant qu’êtres humains. Alors, contre notre volonté, on nous donna tant d’identités, tant de noms. Nous n’appartenions plus à l’humanité, ni à la Terre. Nous fîmes partie d’une région particulière, d’un peuple particulier, d’une famille particulière et de bien d’autres identités. Même dans notre enfance, nous avions conscience que les autres enfants étaient différents de nous. Nous avons vu et vécu la discrimination. Nous fûmes témoins de ces foules intolérantes envers la différence.

Nous avons partagé nos existences avec nos épouses : Hrant avec sa chère Rakel, moi avec ma Zabel et Yervant avec sa Haygan. Nos enfants nous ont grandis ; nous avons fait de nos douleurs des bonheurs, de nos pauvretés des richesses, et de nos espoirs une éternité. Ensemble, nous avons lutté pour être sûrs que nos enfants, comme tous les autres enfants de ce monde, ne vivraient pas les douleurs et les épreuves que nous avions dû traverser.

Nous n’avons pas oublié tous ces rires avec ceux qui nous entouraient, et les joies que nous partagions avec le monde. Le 19 janvier, une balle a fracassé notre bonheur et notre famille, que nous avions construite au prix de tant d’efforts, de larmes, de joies et d’espoirs. Le 19 janvier, nous avons compris à nouveau que nous n’appartenions ni à l’humanité ni à cette Terre.

Mon frère savait que nos ancêtres étaient nés sur cette terre, l’avaient moissonnée, transformé ses raisins en pectine, ses grappes en vin, son blé en pain, son argile en poteries, son cuivre en aiguières, son fer, et qu’ils chérissaient cette terre, qu’ils la caressaient de leurs mains, qu’ils en respiraient toutes les fragrances. Je sais qu’il pensait à tous ces hommes qui vécurent et vivent ici actuellement, partageant les mêmes peines, avec tous leurs bonheurs, toutes leurs tristesses et tous leurs espoirs qui s’entrelacent mutuellement.

Après l’assassinat de mon frère, les gens s’attendaient à ce que nous prenions peur et que nous quittions ce pays. Mais, certains ne se satisfirent pas encore de cette idée, ils firent tout leur possible pour nous contraindre à fuir. Certaines des menaces que nous avons reçues figurent au dossier. Mais ils ne pouvaient pas comprendre, ils ne percevaient rien. Comme tous les gens nés sur ces terres, nous sommes nés ici et nous avons grandi ici ; nous avons mêlé nos chagrins et nos espoirs au peuple de cette terre. Bref nous sommes nés ici et nous mourrons ici. Hrant, avec toutes les opportunités dont il disposait, n’a pas quitté ce pays ; il n’a pas abandonné ses amis. C’est cela qui nous importe. Ce procès, qui va commencer aujourd’hui, marquera un jour nouveau pour la Turquie, si la vérité en sort.

En fait, ce procès est celui de l’autorité de la loi contre ces gens qui rendent la justice au nom de leurs propres intérêts et bénéfices. Autrement dit, il va opposer ceux qui croient au rôle de la loi, et ceux qui disent : «C’est nous la loi, c’est nous l’Etat !»

Nous n’avons ni à gagner ni à perdre dans ce procès. Notre frère bien aimé, que nous avons perdu, ne reviendra pas, et nos vies n’en seront pas meilleures. En réalité, c’est vous que concerne cette affaire.

D’un côté, il y a le système judiciaire ; de l’autre, une organisation qui s’estime au-dessus de l’Etat, n’a aucun respect envers la loi et le prouve par ses actes et ses agissements. Du fond de leurs ténèbres, ces gens-là peuvent décider qui vivra ou qui mourra ; ils sont à la fois juge et bourreau. Dans une telle situation, nous, vous, et même de petits enfants, aucun d’entre nous n’est en sécurité.

La question essentielle à laquelle nous devons répondre est celle-ci : que va faire la justice contre ce pouvoir qui peut disposer du droit à la vie d’un citoyen arménien, et qui peut tuer un juge dans son propre tribunal ?

De telles structures ont existé dans tous les pays, où elles trouvèrent un soutien à l’intérieur des institutions de l’Etat. Mais ces pays ont pu être ramenés des ténèbres à la lumière en détruisant ces structures, grâce à la croyance dans la justice et grâce à des juges courageux. Ce procès représente une chance de faire de même. Nous croyons que dans notre pays aussi, il existe ce genre de juges courageux.

Le peuple leur apportera toute lÂ’aide dont ils auront besoin.
Un dernier mot ?
Le droit à la vie pour chaque citoyen de Turquie est sacré et placé sous la protection de l’Etat.
Et à l’issue de ce procès, ce sera la Turquie elle-même, qui saura si elle a vaincu ou perdu.


In English

Your Honor President and the Member of the Court

Hrant Dink, who was brutally murdered on January 19, is my brother. I am here to seek justice and to see that the perpetrators of this crime against humanity are found out.

My older brother Hrant, I and my younger brother Yervant were born in Malatya and shared the most sacred and fundamental right of the humankind ? the right to life as well as our hopes, our pains and our poverty.

Our father Sarkis and our mother Gülvart are divorced when we were children. The conditions forced us to grow in an orhanage. We had to begin learning the harsh conditions of living humanely on these land when we were children, in the orphanage.

We thought we were born as human beings. In time, against our will we were given many identities, we were labeled. We no longer belonged to the human kind, nor to the earth. We became part of a particular region, a particular people, a particualr family and many more different identities. Even during our childhood we were aware that other children were different. We saw and lived discrimination. We witnessed the crowds with intolerance to diversity.

We shared our lives with our wifes: Hrant with his Rakel, me with my Zabel and Yervant with his Haygan. We grew bigger with our children; we transformed our pains to happiness, our poverty to wealth and our hopes to eternity. We fought together to ensure that our children, together with the children of the world, would not live through the pains and difficulties that we had to experience.

We did not forget to laugh with the people around us and share the joy with the world. On January 19, a bullet hit our happiness and our family, which we built with our efforts, tears, joy and hopes. On 19 January once again we understood that we were neither human nor an earthling.

My brother knew that our ancestors were born in these lands and harvested this land, turned grape into pectin, grape juice to wine, wheat to bread, earth to jug, cupper to ewer, iron to pullow and that they dearly loved this land, they caressed it with their hands and smelled with their noses. I know he thought that all the people who lived and currently live share the same pain, and that all their happiness, sadness and hopes are linked to each other.

After the murder of my brother people expected that we would be afraid and leave this country. And for some thinking was not enough they did everything they could to make us escape. Some of the threats we received are in the case files. But they could not understand, they did not perceive something. Like all the people that were born on these soils, we were born and grew up here; we blended our sorrow and hopes with the people of this land. In short we were born here and we will die here. Hrant, with all the opprtunity he had, did not leave this country; he did not abondon his friends. This is what suits us. This trial, which will begin today, will be a milestone for Turkey if the truth comes out.

In fact, this trial is one that the rule of law vs. the people who implement justice for their own interests and incomes. In other worlds it will be between the people who believe in the rule of law and the people who say ?we are the law, we are the state?.

We do not have anthing to win or lose in this trial. Neither the beloved we lost will come back, nor our lives will get beter. In essence, you are the addressees of this case.

On one hand there is the judiciary; on the other an organization that see themselves superior to the state, have no respect to law and prove this through their acts and executions. In their dark world, they can decide who shall live or die; they are the judge and the executioner. Under these circumstances we, you and even little children, none of us is safe.

The main question waiting to be answered is: What will the justice do against this power that can take away the right to life of an Armenian citizen; that can kill a judge in his own seat?

There has been similer structures in every country that get its support from within state institutions. But these countries were able to bring their country to lightness from the darkness by destroying these structures through their belief to justice and with brave judges. This trial is a chance to do the same. We believe that there exist such brave judges in our country, too.

The people will give all the support they will need.
And a last word?
Every citizen of Turkey?s right to life is sacred and under state protection.
And it will be Turkey that will win or lose at the end of this trial.

Hosrof Dink






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Source/Lien : Yevrobatsi



   
 
   
 
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