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Ragip Zarakolu : "Comment rendre le sujet absurde"
Publié le :

Traduction d'un article de Ragip Zarakolu (qui se trouve actuellement aux USA) qui a suivi en avril une conférence organisée par l’Union des Etudiants Turcs à l’Université de Colombia à New-York et qui analyse ici les mécanismes de la négation.

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Source : Ozgur gundem
10/04/2006

par Ragip Zarakolu

Il y a quelques jours j’ai eu la possibilité de suivre une conférence organisée par l’Union des Etudiants Turcs à l’Université de Colombia à New-York. Sous le titre « Les Minorités de l’Empire Ottoman ». Les conférenciers étaient Gunduz Aktan, Ambassadeur retraité, président de l’A.S.A.M.(Centre de Recherche Stratégique Euro-Asia) et Omer Engin Lutem membre de la même organisation et président de l’Institut de Recherches des Crimes commis contre l’Humanité.
La réunion devait se tenir dans une très grande salle, finalement faute de participants, elle s’est tenue dans une petite salle.

De mon point vue cette réunion était intéressante. En gros, j’ai assisté à la dernière version de la position officielle, les propos de Gunduz Aktan étaient porteurs de nuances voilées intéressantes. D’après lesquelles seule la Question Arménienne, héritée de l’Empire ottoman, reste non résolue. C’est vrai si on continue toujours à nier la Question kurde. Transmise par un Empire qui s’écroulait, la Question kurde reste à mon avis non résolue.

Aktan a rappelé qu’à l’ONU en 1948, quand la convention de Génocide était en instance de signature à la demande de URSS, les meurtres de masse étaient exclus pour raison politique de cette convention.

Aktan ne nie pas qu’une tragédie ait été vécue. Pour lui seul l’Holocauste juif est un exemple valable, et constitue la base de cette convention de 1948.

Tous les meurtres de masse ne se qualifient pas comme génocide (même si le juriste polonais Lemkin a fait savoir que l’exemple arménien de 1915 l’a poussé dans ce domaine). En résumé pour Aktan, l’approche des événements vécus ne peut être considérée comme génocide.Les Arméniens, s’ils le veulent, pourraient s’adresser au Tribunal International de La Haye.

Les propos de Lutem, c’était essentiellement une répétition des motifs de la déclaration officielle du gouvernement de l’Empire Ottoman en 1916, avec une nouvelle ordre.

Justement je travaille sur la déclaration officielle en français, du gouvernement ottoman, concernant l’événement de 1915 avec des documents allemands. Aujourd’hui la thèse officielle se contente de répéter encore les mêmes motifs se trouvant dans les documents de l’époque : soit-disant c’était contre le régime républicain.

En gros les Arméniens ont toujours trahi et donc ils ont payé le prix. Les propos de Lutem reflétaient un résumé du dernier travail de Yusuf Halacaoglu dans lequel il expliquait que les pertes arméniennes se montaient à quelques dizaines de milliers seulement.

LA NEGATION OFFICIELLE SE COMPOSE DE TROIS POINTS.

1) La décision de déportation arménienne est justifiée et légale à cause de « la trahison arménienne ».
2) L’Evénement ne peut être qualifié de génocide.
3) Il n’y a pas eu tant de morts, Il y a eu « xxx » morts. Et puis on a rajouté un autre « avis » en étendant l’événement de 1915 à toute la géographie ottomane pour pouvoir dire : « En réalité il y a eu plus de morts chez nous ».

En rapport avec la thèse officielle, dans cette réunion on a fait savoir que l’arménité n’était pas le critère décisif puisque les Arméniens catholiques et protestants étaient exclus (car, si être Arménien est un critère dans ce cas, cela peut être considéré comme génocide). Cela n’est pas exact, comme le savent la plupart des chercheurs qui examinent ces documents, ces groupes aussi étaient inclus.

Deuxième chose qui n’est pas exacte : l’affirmation qu’en dehors des Arméniens personne n’a été déporté. Ce n’est pas exact car on a pris deux fois la décision de déporter la population grecque de la mer Egée. Ça a commencé, au début, mais comme la Grèce n’était pas entrée en guerre on l’a annulée. En 1916 on a commencé une déportation contre les Grecs de la mer Noire. Et la même année on a déporté les tribus kurdes parce qu’on les soupçonnait d’être pro-russes, comme les Assyriens, les Nasturis, les Chaldéens. La décision de déporter même les colonies juives de Palestine a été suspendue sur l’intervention des Allemands, juste après avoir commencé.

Dans tout ça, il y a aussi l’influence de la prise de décision du Jihad. Parce que les Allemands rêvaient de provoquer des révoltes dans les colonies anglaises.

Quand on a posé la question relative à la situation des Juifs, ils ont répondu qu’il ne leur est rien arrivé. J’ai posé une question relative au rôle des Allemands dans les prises de décision des déportations, on a eu un problème sur la non-compréhension d’un mot (en turc « tehcir ») qui ne voulait pas dire « déportation » comme l’appliquaient les Russes sur la population musulmane qu’ils expulsaient en dehors des frontières. Mais dans le cas des Arméniens cela voulait dire changement de lieu d’habitation ou « relocation » puisque les Arméniens étaient déportés dans les frontières de l’Empire ottoman en Syrie.

Le tactique de concentrer la discussion non sur le fond mais sur les définitions et sur les nombres, m’a rappelé comment durant trente ans on a fait de sorte de rendre absurde toutes les discussions sur la question kurde. On a passé 30 ans à discuter sur l’existence des Kurdes. Des académiciens ont soutenu très sérieusement qu’il n’existait pas une nation ou un peuple kurde. Peut-être qu’on va discuter pendant 30 ans, comme les discussions au lycée, si 1915 peut être qualifié ou non de génocide, ou sur le nombre des pertes.

En réalité, c’est une tactique très intelligente. Rendre le sujet absurde. Sans discuter le fond, gagner du temps et remettre à plus tard les solutions.

De toutes façons, l’opinion publique mondiale sait très bien ce qui est arrivé aux Arméniens en 1915, elle connait aussi l’existence du peuple Kurde. Elle trouve absurde d’en discuter. Elle pense que cette absurdité est due aux bizarreries et au fanatisme turc. Sans s’apercevoir qu’il y a des calculs savants derrière tout ça.

(*) Sur ce sujet Yair Auron a fait un travail magnifique. Lui même avait participé à la conférence à l’Université d’Istanbul qui s’intitulait « Une Nouvelle Approche de la Question Arménienne » sur la base des documents d’archives palestiniennes, israéliennes et anglaises. Ce livre s’appelle « The Banality of Denial : Israel and the Armenian Génocide ».

Ragip Zarakolu

Le 10/04/2006 Ozgur Gundem

Traduction : N.T pour la Veille-Media du Collectif VAN



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