Aujourd'hui : Dimanche, 21 janvier 2018
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Bernard-Henri Levy : Protéger les morts sans sépulture
Publié le : 13-03-2008

mardi11 mars 2008, par Stéphane/armenews

Interview de Bernard-Henri Levy au "The Jewish Daily Forward"

Protéger les morts sans sépulture

Questions et Réponses

Par Gabriel Sanders

Jeudi, 28 février 2008

Lévy : la loi juive m’a appris que l’on doit respecter tout autant les vivants et les morts. Lorsqu’il s’agit de morts sans sépulture, ce devoir s’impose encore plus fort.

A l’automne passé, en dépit d’objections venant à la fois de la Maison Blanche et de certains dans le monde des organisations juives, la Commission des Affaires Etrangères de la Chambre a voté pour obtenir qu’une résolution reconnaissant le Génocide Arménien soit présentée devant la Chambre des Représentants. Quand, à la suite de ce vote, des manifestations de masse en Turquie eurent lieu et qu’Ankara menaça de s’opposer à l’effort de guerre Américain en Irak, les Responsables de la Chambre décidèrent d’ajourner la discussion.

Dans une conversation avec Gabriel Sanders, journaliste de Forward’s, le philosophe français Bernard Henry Lévy a discuté le thème les Juifs et la reconnaissance du Génocide Arménien- l’un des thèmes que le penseur projette développer dans une prochaine conférence sur l’ « état de la communauté juive » dans le Monde.

GABRIEL SANDERS : Qu’est ce qui vous a incité à vous intéresser à la question du Génocide Arménien ?

BERNARD-HENRI LEVY : j’ai été choqué par le retrait de la résolution et choqué que certains Juifs refusaient de l’approuver, par peur pour la sécurité de l’Etat d’Israël. Cette réticence sur un sujet sur lequel nous, les Juifs, devrions être en première ligne, est pour moi vraiment navrant. Dans ma prochaine conférence, je parlerai de la signification du message du Judaïsme, qui non seulement nous incite, mais nous force à aider enfants des survivants du Génocide Arménien.

GS : Ainsi que nous l’écrivions dans notre article à l’automne passé, le public français ne méconnaît pas les difficultés entourant la reconnaissance du génocide. En 2006, le Parlement Français a voté une proposition de loi criminalisant la négation du génocide Arménien, et la Turquie a immédiatement menacé de geler tous liens militaires avec la France. Comment la communauté Juive de France a-t-elle alors réagi ?

BHL : Comme avec les Juifs Américains, il y a eu en France des craintes pour Israël. La Turquie est un allié et Israël n’a pas beaucoup d’alliés. Il y a aussi une tendance qui s’affirme pour marquer la singularité de la Shoah. Mais singularité ne signifie pas qu’elle est le seul génocide, et spécialement parce que nous -nos parents - ont souffert le pire, nous sommes obligés d’écouter la souffrance de ceux du Rwanda et d’Arménie.

GS : S’agissant d’Israël, diriez vous que le soutien de la communauté Juive de France est total ?

BHL : Il se peut que nous ayons nos Noam Chomsky, mais il y a un réel soutien - un soutien aussi fort qu’aux USA, avec peut-être un sens plus poussé de la liberté de critiquer tel ou tel gouvernement. Je suis moi-même le plus grand supporter d’Israël que vous pouvez imaginer. Depuis qu’en 1967, alors âgé de 18 ans, je m’engageai comme parachutiste, chaque fois qu’Israël était en guerre, je m’y suis rendu. En conséquence, il y a dix ans, j’ai pu écrire librement dans la presse écrite que les deux pires ennemis d’Israël étaient Arafat et Netanyahu, ce qui n’a pas manqué de faire quelques vagues en France, lors de la parution de cet article.

GS : Il me semble que l’opinion juive sur la question du génocide se partage en deux écoles : Ceux qui pensent que, s’agissant de questions morales, les Juifs sont plus responsables que le reste du monde dans son ensemble et ceux qui pensent que les Juifs devraient s’en tenir à un même niveau de responsabilité que les autres. Ceux appartenant à ce second groupe, diront que lorsque les alliés des Arméniens, comme par exemple, l’Iran - nient la réalité de la Shoah, personne ne demande aux Arméniens d’intervenir au nom des Juifs. Et cependant, les rôles étant renversés, les Arméniens espèrent le soutien des Juifs. Que pensez-vous de cette argumentation ?

BHL : Je ne me soucie pas de ce qu’espèrent les Arméniens. Ce que j’attends de moi-même c’est la fidélité au message Juif, qui est un message d’Universalité, et si mon prochain faillit à ce devoir, cela ne me dispense pas d’y être moi-même fidèle. Il est juste de dire qu’il y a eu un génocide en Arménie. Il est juste de dire que la négation du Génocide Arménien par la Turquie est une raison de désespérer. Il est juste de dire que je sens une parenté avec les fils et petits-fils des survivants du Génocide Arménien. Je ne m’engage pas dans un débat politique ; j’essaie seulement d’être fidèle au message de mes ancêtres et à celui des livres en lesquels je crois.

GS : Il y a une communauté arménienne aux Etats-Unis. C’est principalement elle qui a oeuvré pour la résolution sur la reconnaissance du Génocide. Parmi les Arméniens en Amérique, il y a un sentiment antisémite important. Qu’en dites-vous ?

BHL : la communauté noire en Amérique peut être quelquefois antisémite. Cela signifie-t-il que nous, les Juifs, devions être anti-Noirs ? Cela signifie-t-il que nous devions regretter la part que nous avons prise dans le progrès des droits civiques ? Le sens de ma vie, personnellement, est de refuser l’affrontement des mémoires, l’affrontement des victimes. ‘Je suis une victime. Vous n’êtes pas une victime. Je suis plus victime. Vous êtes moins victime.’ Je hais cela. D’abord, toute compétition entre victimes doit cesser. Ensuite, les fascistes où qu’ils soient doivent être critiqués et combattus, qu’ils soient dans la communauté Noire, dans la communauté Arménienne ou dans toute autre. Ils sont mes ennemis. Mais nous devons refuser la théorie perverse selon laquelle étant nous-mêmes victimes, les autres ne peuvent l’être. La compassion n‘est pas un gâteau, dont il ne reste rien aux autres si vous vous en servez une part trop grosse.

GS : jusqu’à un certain point, on pourrait dire qu’Abraham Foxman, de l’Anti-Defamation League, la personnalité Juive qui s’est opposée de la façon la plus véhémente à la résolution du congrès, a eu gain de cause. Alors que beaucoup ont été surpris par la férocité de la réaction turque, lui ne l’a pas été. Selon vous, la négation du génocide par la Turquie est un défi auquel il faut répondre coûte que coûte. Supposons que la résolution ait été adoptée, que se serait-il alors passé au pire ?

BHL : Le pire qui se serait produit aurait été un traitement, une thérapie de vérité pour les Turcs. Il nous faut expliquer aux Turcs, qui sont un grand peuple, qui sont nos amis, qu’ils ne sont pas coupables des crimes de leurs arrières grands-pères, que reconnaître les crimes ne les diminue pas mais les renforce.

GS : C’est le grand mystère. Comment se fait-il que les Allemands aient évalué leur passé de façon aussi différente que ne l’ont fait les Turcs- alors même que la Turquie cherche, en quelque sorte, à se rapprocher de l’Europe ?

BHL : Ce qui manque à la Turquie c’est ce genre d’amis qui veuillent lui expliquer que la meilleure façon d’entrer en Europe, la meilleure façon d’entrer dans la modernité, c’est de reconnaître le génocide. GS : Et qui pourrait être un tel ami ? BHL : L’Amérique. C’est en cela que le retrait de la résolution a été une erreur. Les amis Américains de la Turquie auraient dû lui dire, ‘Attendez ! C’est gagnant -gagnant. Vous ne perdez rien, vous gagnez en crédibilité, vous gagnez en noblesse, vous gagnez en honneur’.

GS : L’un des arguments que l’Anti- Defamation League pour s’opposer à la résolution sur le génocide était que les Juifs de Turquie étaient avec eux pour s’opposer à l’adoption de la résolution

BHL : Ce n’est pas vrai. Ils sont une minuscule minorité dans un pays glissant vers l’islamisme. Chaque mot qu’ils emploient est choisi très soigneusement. Ils sont comme des otages. Avez-vous jamais entendu un otage parler librement ?

GS : Un autre argument de l’Anti-Defamation League est qu’il s’agit d’une tragédie vieille de 90 ans et qu’aucune vie ne sera sauvée par sa reconnaissance. Israël, d’un autre côté, court un grand risque. En conséquence, selon l’ADL, les besoins d’Israël l’emportent sur ceux d’Arméniens morts.

BHL : La loi juive m’a appris que vous devez respecter tout autant les vivants et les morts. Lorsqu’il s’agit de morts sans sépulture, ce devoir s’impose encore plus fort. Nous, pas seulement nous les Juifs, - mais nous, êtres humains, - sommes les protecteurs des morts sans sépulture, et les Arméniens sont des morts sans sépulture. Ca n’est pas ‘l’un ou l’autre’ La sagesse Talmudique nous enseigne de rejeter ce genre de fausse alternative. Je soulèverai un autre point : si nous ne sommes pas fermes sur cette question, nous nous retrouverons faibles et désarmés face à un problème très urgent. La négation de l’Holocauste n’est pas une simple posture politique, c’est une religion mondiale. S’agissant de génocide en général, la seule attitude acceptable est la rigueur. Pour le peuple Juif, pour Israël, et pour le combat contre l’antisémitisme, c’est une question cruciale.

Bernard-Henri Lévy interviendra au Meeting d’Amnésie intenationale le 22 mars au Docks des Suds à Marseille.

Traduction : Gilbert Béguian




Retour à la rubrique


Source/Lien : NAM



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org