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Un historien turc retrace le processus génocidaire
Publié le :

4 déc. 2008

Liberation - Page 39 - Livres

MARC SEMO

Le massacre des Arméniens selon Taner Akçam.

TANER AKÇAM Un acte honteux.

Le génocide arménien et la question de la responsabilité turque

Traduit de l'anglais par Odile Demange. Denoël, 490 pp., 25 euros.


Ce fut le premier génocide du XXe siècle : la population arménienne de l'empire ottoman fut presque totalement anéantie entre 1915 et 1918 par des massacres et des déportations qui firent plus d'un million de morts. Si aujourd'hui encore les autorités d'Ankara récusent le mot de génocide, évoquant des massacres croisés sur fond de guerre et d'effondrement de l'empire, la jeune République turque, dès les années 20, avait reconnu quelque 800 000 victimes arméniennes dans ce que Mustapha Kemal, son fondateur, avait défini publiquement comme «un acte honteux». D'où le titre de ce livre incontournable. Il y a de très nombreux ouvrages sur le sujet, dont la somme de Vahakn Dadrian, mais celui de Taner Akçam représente une double première.

Tabou

Publié en turc en 1999, puis dans une version enrichie en 2006 aux Etats-Unis, Un acte honteux s'appuie sur un vaste travail de dépouillement des archives ottomanes mais aussi d'actes des procès d'après la Première Guerre mondiale ainsi que de mémoires jusqu'ici peu connus ou inaccessibles.

En outre, le tabou se fissure enfin dans son pays, et cet historien qui vit et enseigne aux Etats-Unis est l'un des principaux protagonistes de cette bataille pour l'histoire. «Pour que la Turquie devienne un membre démocratique à part entière du concert des nations, elle doit affronter cette page sombre de son histoire», écrit Taner Akçam, qui démontre qu'il s'agissait bel et bien d'un génocide, c'est-à-dire d'une extermination planifiée et systématique voulue par les dirigeants du gouvernement Jeunes Turcs.

«Au cours de nos recherches, nous avons trouvé de nouveaux documents montrant clairement les intentions génocidaires des autorités ottomanes», insiste l'auteur. L'un des grands intérêts du livre est de montrer aussi le contexte intellectuel, «cette crainte de l'anéantissement constante tout au long de la longue agonie de l'empire», qui a abouti à l'extermination des Arméniens. «Entre 1878 et 1918, l'empire ottoman avait perdu 85 % de son territoire et 75 % de sa population», rappelle Akçam.

Dès le début du XXe siècle, les Turcs ont été presque complètement chassés des Balkans, qui furent le berceau des élites ottomanes. La conquête russe du Caucase a chassé des centaines de milliers de musulmans circassiens. La montée des revendications arméniennes pour une autonomie élargie faisait craindre un scénario similaire en Anatolie orientale. Face à la montée des nationalismes de leurs anciens sujets, les Turcs à leur tour veulent leur propre nation, voire un empire touranien – regroupant le monde turcophone de l'Asie centrale – le plus homogène possible.

Et beaucoup ont soif de vengeance contre les «minoritaires», ces chrétiens grecs ou arméniens dont les revendications sont instrumentalisées par les puissances occidentales pour dépecer «l'homme malade de l'Europe». La guerre allait être pour les nationalistes du Comité Union et Progrès, ceux que l'on appelait les Jeunes Turcs, l'occasion de régler le problème. Une lettre du Grand Vizir Tâlaat Pacha au chef du Parlement évoquait en mai 1915 «les préparatifs nécessaires à l'élimination complète et fondamentale de ce souci qui occupe une place importante sur la liste des problèmes vitaux de l'Etat».

«L'uniformité du modus operandi des déportations et des massacres ne laisse guère de doute sur la planification centrale», relève l'historien turc, soulignant le rôle clé joué par l'Organisation spéciale dépendant directement du Comité Union et Progrès, qui souvent entra en conflit avec les autorités militaires et certains préfets. Une situation confuse où les dirigeants Jeunes Turcs envoyaient des télégrammes demandant à ce que l'on traite «humainement» les déportés afin de rassurer leurs alliés autrichiens et allemands, en même temps qu'arrivaient par d'autres canaux les consignes sur les massacres.

Confiscation

Le prétexte de cet immense nettoyage ethnique était d'amener loin des lignes de front les Arméniens, par crainte qu'ils ne collaborent avec les forces russes. Néanmoins, les déportations eurent aussi lieu loin des zones de guerre. Le but était de limiter la présence arménienne dans les différentes provinces à un maximum «de 5 à 10 % de la population». La confiscation des biens des déportés servait aussi à créer une nouvelle bourgeoisie musulmane. Nombre de grandes fortunes turques d'aujourd'hui y ont leur origine.

Taner Akçam étudie les réactions de la population turque, soulignant que, s'il y eut massacres et pillages, dans d'autre cas les musulmans aidèrent les Arméniens. Le Prix Nobel de littérature Orhan Pamuk, plusieurs fois poursuivi en justice pour ses positions courageuses sur la question arménienne, écrit à propos de l'ouvrage d'Akçam : «Aucune discussion future de ces faits ne pourra faire l'impasse sur ce livre brillant et définitif.»

Marc Semo




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