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«Je m'excuse»: des intellectuels turcs contre la négation du génocide arménien
Publié le :

23 déc 2008Par Elif Kayi

«Ma conscience ne peut accepter que l'on reste indifférent à la Grande Catastrophe que les Arméniens ottomans ont subie en 1915, et qu'on la nie. Je rejette cette injustice et, pour ma part, je partage les sentiments et les peines de mes sœurs et frères arméniens et je leur demande pardon.". Plus de 15.000 personnes ont à ce jour signé l'appel Özür Diliyorum (Je m'excuse) mis en ligne sur le site Internet www.ozurdiliyoruz.com par un groupe d'intellectuels turcs.

Le terme «génocide» a volontairement été évité. Le journaliste Baskin Oran, un des initiateurs de l'appel, explique qu'il ne régnait pas de consensus autour de ce terme parmi les premiers signataires et que le terme de «grande catastrophe» (Metz Yeghern), employé avant la découverte du mot génocide, a été préféré. Rappelons aussi que la mise en parallèle du terme «génocide» avec les événements de 1915 est représsible pénalement en Turquie. Parler de génocide arménien tombe sous le coup de l'infame article 301 du code pénal turc qui, depuis le 30 avril 2008, qualifie de crime toute insulte à la «turquicité», concept extrêmement flou. Avant cette réforme, l'article santionnait toute insulte à «la Turquie, l'ethnicité turque et les institutions turques».

Les réactions à l'appel ne se sont pas faites attendre. Sortant mercredi d'une rencontre avec le président bulgare Georgi Parvanov à Ankara, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s'est adressé aux journalistes en ces termes: «Ceux qui ont commis un crime doivent s'excuser. Je n'ai commis aucun crime, pourquoi devrai-je m'excuser?». Plus virulente fut la réaction d'une cinquantaine d'anciens diplomates et ambassadeurs turcs, qui dans un communiqué de presse, dénoncent une démarche «injuste et fausse» : «Une telle démarche infondée et unilatérale constitue une atteinte à la dignité de notre histoire comme une trahison de la mémoire de tous ceux qui sont morts à cause des agissements des organisations terroristes à la fin de l'Empire ottoman comme tout au long de notre histoire républicaine». Référence est ici faite aux attentats pérpétrés par l'organisation terroriste d'orientation marxiste-léniniste ASALA (Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie), qui entre 1973 et 1985 exécuta 43 diplomates turcs au cours de divers attentats, dont un des plus sanglants a eu lieu à l'aéroport d'Orly le 15 juillet 1983 et au cours duquel huit personnes trouvèrent la mort. L'une des initiatrices de cette réaction est Ülkü Süelkan, la veuve d'une victime d'ASALA.

La version officielle turque présente les «évenements de 1915» comme des mesures nécessaires de transfert des populations arméniennes présentes sur le front russe, et d'un contexte de guerre, où Turcs et Arméniens se combattirent et s'entre-tuèrent. En 2002, le Land allemand du Brandebourg introduisit pour la première fois en Allemagne la mention du génocide arménien dans le programme d'histoire de ses lycées. Au mois de janvier 2005, après un repas avec le consulat général de Turquie, Aydin Durosoy, le premier ministre du Brandebourg Matthias Platzeck annonçait le retrait de cette mention. Interrogée par la presse, l'ambassade de Turquie en Allemagne récusa l'accusation d'avoir émis une quelconque pression à l'encontre du gouvernement local. Finalement, après des réactions enflammées dans les médias et le monde politique, la mention de génocide fut réintroduite dans le programme d'histoire des lycées du Brandebourg.

En janvier 2006, une initiative, «Grand Projet 2006» menée par des personnalités comme Rauf Denktach, président de la république chypriote du Nord, ou Dogu Perinçek, ex-maoiste et président du parti des travailleurs turcs, condamné en Suisse pour négation du génocide arménien, appelait les Turcs d'Europe à manifester à Berlin le jour du 85ème anniversaire de la mort de Mehmet Ali Talat, plus connu sous le nom de Talat Pacha, Ministre de l'intérieur sour l'empire ottoman déliquescent de 1915-1916 et haut responsable du génocide. Talat Pacha fut assassiné le 15 mars 1921 par un étudiant arménien à Berlin, où il avait trouvé refuge après avoir été condamné à mort par la nouvelle République de Turquie. L'appel du «Grand Projet 2006», «Prends ton drapeau et viens à Berlin !», qui circula à travers un portail Internet et fut répércuté dans la presse turque par de nombreux quotidiens, reçut dans un premier temps l'aval d'institutions turques établies en Allemagne. Finalement, la plupart des institutions qui avaient souscrit à l'appel se retirèrent. Raison invoquée : la personnalité décriée de l'auteur de l'appel, Perinçek, considérée — non sans raison — comme un dangeureux excentrique. Le président de la communauté turque de Berlin, Tacettin Yatkin, déclara à la presse que les organisateurs de cette initiative avait «utilisé son nom sans son accord» et que son organisation souhaitait effectivement manifester pour l'anniversaire de la mort de Talat Pacha, mais qu'elle n'avait «rien à faire avec des gens pareils». Aucune explication quant au caractère pourtant infamant de cette manifestation ne se fit entendre. Seul un petit collectif, mené par l'historien et auteur turc de Cologne, Dogan Akhanli, protesta et se réunit le jour de la manifestation des admirateurs de Talat Pacha pour organiser une visite guidée alternative.

L'histoire du génocide arménien en Turquie pourrait se résumer à 85 ans de formatage éducatif et culturel. A Ankara, dans le quartier animé de Kizilay, des groupes de jeunes étudiants se promènent et se retrouvent autour d'un thé, d'un coca-cola ou d'une bière. Ayşe et ses amis, étudiants à l'université technique du Moyen-Orient, apartiennent à cette nouvelle jeunesse turque, peu ou pas politisée, soucieuse des marques et de son apparence, qui écoutent de la musique américaine et rêve d'aller en vacances à Barcelone ou à Ibiza. Quand on les questionnent sur «les événements de 1915», tous sont d'accord pour dire que «ce qui est arrivé autrefois est vraiment terrible». Cependant, il faut bien le rappeler, «les Turcs, aussi, ont été victimes», comme souligne Kerem. Certains évoquent les bandes de bandits kurdes, chargés d'encadrer les colonnes de déportés, à qui on attribue la responsabilité des atrocités commises. Cette génération parle comme celle de ses parents. Pour eux aussi, ce qui c'était passé était le résultat d'une guerre. C'est ce qu'ils avaient appris à l'école. «Mais il faut tourner la page», s'empresse d'ajouter Ayşe. Aujourd'hui, bien qu'elles réfutent tout autant le mot de génocide, à la différence de leurs aînés, les jeunes générations turques ne veulent souvent même plus polémiquer. Lors du match amical Turquie-Arménie qui s'est déroulé à Erevan au mois de septembre dernier, la réaction de la jeunesse turque pouvait tenir dans la remarque faite par Cengiz, un étudiant en sciences informatiques de 22 ans, originaire de Denizli : «C'est juste un match amical. Et de toute façon, l'Arménie est une équipe faible, la Turquie va gagner». La dimension politique semblait quasi-absente du côté turc.

Dans les années 1970 et 1980, lorsque des membres de l'ASALA commirent à plusieurs reprises des attentants visant des diplomates turcs, la Turquie était sortie de sa torpeur, de son oubli de l'histoire. La revendication des terroristes : que la Turquie reconnaisse les 1,5 millions de morts du génocide arménien. Les Turcs ouvraient les yeux sur une nouvelle version d'un pan de leur histoire. Dans un entretien, l'écrivain Elif Safak, elle-même fille d'une diplomate turque, évoquait ses premiers souvenirs des Arméniens, qu'elle percevait enfant alors comme une menace. Plusieurs années plus tard, Elif Safak se retrouvera au banc des accusés de l'état turc pour avoir évoqué dans un de ses ouvrages, La bâtarde d'Istanbul, le génocide arménien. C'est un appel à une réelle prise de conscience que demande le journaliste Baskin Oran, qui, dans une tribune pour le site d'informations Turquie européenne, rappelle: «Après m'être mêlé des affaires d'autres pays, permettez moi au moins que je demande en mon nom propre pardon aux petits-enfants de mes propres concitoyens pour avoir si tardivement pris conscience du déni de 85 ans d'un nettoyage ethnique accompli dans mon propre pays.»

Dans cette même tribune, il pose la question suivante: «Or, êtes-vous conscients que nous sommes entrés dans une ère de “demande de pardon”?». Et il cite les exemples de différents pays : les enquêtes sur le régime franquiste en Espagne, le pardon des autorités canadiennes à l'encontre des populations autochtones et des autorités australiennes à l'encontre des Aborigènes pour leurs politiques d'assimilation. Et d'autres. La Turquie se trouve elle aussi à une période charnière de son histoire. Les anciennes générations se barricadent, la jeunesse veut oublier, mais pourtant un courant commence à prendre de l'ampleur, un courant qui demande de l'objectivité, qui rejette les discours polissés et formateurs, qui a soif de vérité et d'un début de reconnaissance. Conduit par un souffle issu du mouvement Nous sommes tous des Arméniens, né au lendemain de l'assassinat du journaliste turc d'origine arménienne Hrank Dink, cette dynamique, bien qu'encore très limitée, ne demande qu'à prendre de l'ampleur.

Ainsi, le président turc Abdullah Gül employa des termes différents de son premier ministre pour qualifier l'appel des intellectuels turcs : «En Turquie, toute opinion devrait être discutée de manière ouverte et ceci est la politique du gouvernement turc». On peut discuter de la signification des paroles de Gül et replacer son intervention dans le cadre de la politique d'un parti -AKP, Parti de la Justice et du Développement- soucieux de son image de démocrate à l'étranger. Mais la Turquie, décrite par le journaliste Tanil Boran en 1996 dans la revue turque Birikim comme un «modèle de mentalité basée sur des théories conspiratrices», ne pouvait rater cette occasion. Lors d'une réunion de la commission du Ministère des affaires étrangères, Canan Aritman, députée originaire d'Izmir et membre du parti social-démocrate de l'opposition CHP (Parti républicain du peuple) s'opposa fermement à la réaction du président Gül : «Il est clair que le président supporte cette campagne. Abdullah Gül devrait être le président du public turc, pas de sa propre ethnicité». Et de s'empresser d'ajouter : «Je voudrais que vous recherchiez son origine. Vous découvririez alors le côté de sa mère», insinuant l'origine arménienne de la mère de Gül.

En 2004, le quotidien de langues turque et arménienne, Agos, dont Hrank Dink était le rédacteur en chef, avait publié les révélations d'une nièce de la fille adoptive de Mustafa Kemal, Sabiha Gökçen -connue pour avoir été la première femme pilote militaire de Turquie- selon lesquelles Sabiha était d'origine arménienne. Cette publication avait provoqué un débat passionné en Turquie et de nombreuses protestations s'étaient faites entendre, notamment de la part de généraux, qui voyaient dans ces propos une tentative de diviser le pays. En 2005, lorsque l'avocate Fethiye Cetin publia son autobiographie Le Livre de ma grand-mère, relatant comment elle découvrit, adulte, que sa grand-mère était arménienne, orpheline du génocide, de nombreux Turcs et Turques se reconnurent ou crurent reconnaître leur propre histoire dans cet ouvrage et se lancèrent dans des recherches généalogiques, fictives ou réelles...




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Source/Lien : Média Part



   
 
   
 
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