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La Turquie sans pitié
Publié le :

Ce que Marc Semo décrit dans Libération à propos du film turc les les Trois Singes» de Nuri Bilge Ceylan, peut malheureusement s'appliquer aussi à l'attitude de la Turquie et de la société turque face au génocide arménien : « un film envoûtant sur l'arrogance du pouvoir, la violence et surtout le mensonge, ces accommodements qui permettent d'éviter jusqu'au bout d'avoir à affronter la vérité. (…) Un film implacable, où chacun feint de ne pas voir, de ne pas entendre, de ne pas savoir. (..) un film « qui amorce un discours sur son pays, sa corruption morale, son oppression et sa violence quotidienne ». Comment ne pas y songer en lisant cette description ? Question reconnaissance du génocide arménien, ça commence à bouger du côté de quelques intellectuels turcs courageux qui essayent de briser le tabou et le déni érigé en dogme d'Etat, mais tous n'ont pas envie de finir assassinés comme Hrant Dink… Et même si leurs positions sont relayées dans les médias turcs, elles sont très largement minoritaires. Comme Marc Semo le dit, « Il n'y a là ni morale ni le moindre espoir de justice. »

Critique

Istanbul. Dans «les Trois Singes», Nuri Bilge Ceylan réinvestit le mélo populaire pour dépeindre une société cruelle et corrompue.

MARC SEMO

Une route de campagne, au cœur de la nuit. Le choc, le fracas des tôles, la fuite. Les sirènes de police au loin. Rien n'est montré, juste suggéré. «Pour raconter certaines choses, l'image est inutile, le son suffit», aime à rappeler Nuri Bilge Ceylan, évoquant Robert Bresson. Puis un téléphone sonne dans une petite maison de la banlieue d'Istanbul qui se dresse entre le chemin et la mer de Marmara. Politicien en campagne craignant le scandale, le chauffard appelle son chauffeur pour lui demander d'endosser la responsabilité de l'accident contre forte compensation et d'aller en prison à sa place. Le candidat député - impressionnant Ercan Kesal, médecin et coscénariste - entame alors une liaison avec la femme de son dévoué employé (bouleversante Hatice Aslan).

Somptueusement filmé en numérique avec des images longuement retravaillées en postproduction, les Trois Singes est un film envoûtant sur la jalousie, l'arrogance du pouvoir, la violence et surtout le mensonge, ces accommodements qui permettent d'éviter jusqu'au bout d'avoir à affronter la vérité. «Les gens vont au cinéma pour rire ou pleurer : j'ai voulu les prendre à contre-pied pour les obliger à regarder dans le gris de la vie, là où il n'y a ni héros ni victime, mais où chacun est tout à la fois l'un et l'autre», explique Nuri Bilge Ceylan, qui a reçu le prix de la mise en scène à Cannes. Un film implacable, où chacun feint de ne pas voir, de ne pas entendre, de ne pas savoir. Le fils prétend qu'il n'a pas vu sa mère commettre l'adultère, le père prétend qu'il n'a pas entendu la voix de son patron sur le portable de sa femme et celle-ci ment aux deux autres tout en devenant obsessionnellement amoureuse. Cela débouche sur un crime passionnel et de nouveaux mensonges. Il n'y a là ni morale ni le moindre espoir de justice.

«Désespoir». «J'espère que l'amour te blesse comme il me blesse/Et que le désespoir t'attend à la porte comme un esclave» : sonnerie du portable de l'héroïne, cette chanson de la célèbre Yildiz Tilbe rythme le film. Le très raffiné auteur de Uzak («loin») et des Climats réalise une œuvre tout aussi élaborée, mêlant comédiens et acteurs non professionnels, mais profondément différente, qui subvertit les canons du mélo turc. Cet artisan cinéaste, qui longtemps pensait pouvoir presque tout faire lui-même, parlait jusque-là surtout de son monde sur un ton intimiste.«On commence toujours à explorer autour de soi avant d'aller plus loin», ajoute ce réalisateur fou d'Anton Tchekhov.

Ivresse. De ses cinq films, les Trois Singes est celui qui marche le mieux en Turquie. C'est aussi le premier qui amorce un discours sur son pays, sa corruption morale, son oppression et sa violence quotidienne, sans pour autant donner dans les poncifs bien intentionnés du film engagé. Ceylan n'a aucune illusion, en particulier sur la famille : «Elle porte en elle les choses les plus tragiques de la vie : ce qu'on vit au sein d'une famille est un résumé de la société et de la vie.» Les trois singes du titre viennent du confucianisme et représentent la sagesse face au mal. Lui a voulu l'hypocrisie des apparences : «Si vous avez le pouvoir, vous pouvez acheter votre liberté et le droit de faire ce que vous voulez.»

C'est une réflexion sur l'ivresse de puissance d'un homme qui décide d'avoir une liaison avec la femme de celui qui est en prison à cause de lui. Et ainsi d'en abuser doublement. «C'est autant un film sur le mensonge que sur le pouvoir,ou plutôt la nostalgie de pouvoir de celui qui ne l'a plus car il a perdu l'élection et qui, comme les autres personnages, ment et se ment jusqu'au bout afin de ne pas avoir à souffrir.»




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Source/Lien : Libération



   
 
   
 
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