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Turquie, début de la fin de l'amnésie.
Publié le :

Par Laure Marchand

Turquie. Une pétition demandant pardon aux Arméniens pour les massacres de 1915 circule en Turquie. Elle a déjà récolté plus de 30 000 signatures.

Ce sont deux phrases toutes simples, à la fois pudiques et chargées d’émotions, qui sont en train de faire vaciller le tabou le plus tenace de la Turquie, à l’œuvre depuis bientôt un siècle, celui des massacres d’Arméniens pendant la Première Guerre mondiale. «Ma conscience ne peut accepter qu’on reste indifférent à la grande catastrophe que les Arméniens ottomans ont subie en 1915 et qu’on la nie. Je rejette cette injustice et, pour ma part, je partage les sentiments et les peines de mes frères et sœurs arméniens et je leur demande pardon.»

Intitulée «Je m’excuse», cette pétition, mise en ligne au mois de décembre par quatre intellectuels turcs, a déjà récolté près de 30 000 signatures. Pour la Turquie, ce chiffre est considérable, car les actions collectives menées par la société civile y sont encore balbutiantes. Et le succès serait encore plus grand si le site n’était pas régulièrement piraté par des hackers nationalistes, comme c’est de nouveau le cas ces jours-ci.

Chaque mot de ce mea culpa historique a été minutieusement choisi afin qu’un maximum de personnes puissent y adhérer. «Le terme «génocide» n’a pas été employé, car il aurait rendu l’identification difficile pour certains», explique Ali Bayramoglu, ami intime de Hrant Dink, le journaliste d’origine arménienne abattu à Istanbul en janvier 2007, qui a rédigé le texte.

Comme les Allemands. «Comme les Allemands ou les Français, comme n’importe quel peuple, les Turcs doivent également être responsables des malheurs qui se sont produits dans leur société, précise-t-il. Il s’agit d’une revendication démocratique par rapport à l’Histoire, pour reconnaître la peine des Arméniens et en finir avec l’amnésie de l’identité turque.» En s’adressant directement aux consciences, cette initiative et son retentissement révèlent que de plus en plus de Turcs refusent la chape de plomb négationniste pesant sur cette page sanglante de l’Histoire – entre 800 000 et 1,2 million d’Arméniens ont péri au cours du premier génocide du XXe siècle, selon les historiens.
Plainte abandonnée. Bien sûr, les résistances sont toujours tenaces, comme en témoigne la contre-attaque lancée en réaction à cette campagne. Sur Facebook, des milliers d’adhérents ont rejoint les groupes «Je ne m’excuserai pas». Les auteurs du texte de pardon ont été inondés d’e-mails contenant des menaces de mort. Une plainte a d’ailleurs été déposée pour «dénigrement du peuple turc», un crime passible de deux ans de prison.

Mais le procureur général a finalement renoncé à engager des poursuites. Signe que, en quelques années, la Turquie a parcouru un long chemin sur la voie de la liberté d’expression, notamment grâce à l’ouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne. En 2005 encore, une conférence organisée par des universitaires turcs, prudemment intitulée «Les Arméniens ottomans au temps du déclin de l’Empire», faisait dire au ministre de la Justice, Cemil Ciçek, qu’il s’agissait «d’un coup de poignard dans le dos» de la nation. L’écrivain Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature, était traîné devant les tribunaux pour avoir déclaré dans l’hebdomadaire suisse Das Magazin que, «sur ces terres, un million d’Arméniens et 30 000 Kurdes ont été tués».

La campagne «Je m’excuse» n’est pas isolée. Les initiatives d’artistes et d’écrivains turcs se multiplient pour en finir avec les non-dits de l’Histoire, faire la paix avec le passé, afin de construire un présent apaisé. Tragiquement, c’est l’assassinat de Hrant Dink qui a réveillé les consciences. «Tout le monde a vu son corps, étendu sur le trottoir, ses chaussures qui dépassaient du drap blanc, analyse Altug Yilmaz, rédacteur en chef à Agos, le journal créé par Hrant Dink. Avec cette image, si forte, douter de sa sincérité devenait impossible.»

Archéologie personnelle. Désormais, ce sont des Turcs qui reprennent son combat. Ainsi, la journaliste Ece Temelkuran se livre à une plongée initiatique dans le monde arménien dans son ouvrage La profondeur du mont Ararat, un best-seller: elle est partie à la rencontre de la diaspora à Paris et à Los Angeles, a visité le mémorial du génocide à Erevan, a affronté la souffrance des survivants. «J’ai voulu questionner le silence qui règne en Turquie, notre aveuglement, alors que nous habitons des lieux où des Arméniens ont vécu. Nous devons nous remémorer ce que nous savons déjà mais qu’on nous a fait oublier», explique la jeune femme. Une démarche individuelle afin de battre en brèche la version officielle: «Le seul moyen de résoudre la question arménienne en Turquie est d’en faire une question personnelle, en aidant chacun à mener ce que j’appelle son archéologie personnelle.»
Réouverture des frontières. L’amorce du dialogue est d’autant plus prometteuse qu’une partie de la diaspora a accepté l’invitation lancée par les «frères» turcs. Une centaine d’Arméniens, dont les cinéastes Atom Egoyan et Robert Guédiguian, ont publié une lettre ouverte disant «merci aux citoyens de Turquie» qui ont couché leur nom au bas de la pétition: «Enfants de rescapés arméniens, j’exprime ma reconnaissance aux signataires pour leur courage.» Pour le réalisateur Serge Avédikian, un des initiateurs de la réponse arménienne, «ça y est, la boîte de l’Histoire est ouverte. Et nous devons faire partie de ce mouvement de démocratisation.»

D’autant que, sur le front diplomatique, les lignes commencent à bouger. En septembre dernier, le président de la République, Abdullah Gül, s’est rendu à Erevan à l’occasion d’un match de football. La visite était historique, car les deux pays n’entretiennent pas de relations diplomatiques. La semaine dernière, à Davos, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a rencontré le chef de l’Etat arménien, Serge Sarkissian. A Ankara, il se murmure de plus en plus que la réouverture de la frontière turco-arménienne pourrait intervenir cette année. Assiste-t-on aux prémices d’un tournant historique en Turquie? «Même s’il peut y avoir des reculs politiques, le processus engagé est irréversible», estime Ali Bayramoglu. Il est désormais protégé par un deuxième garde du corps. Mais il avait juré à Hrant Dink «de se battre» pour changer la société turque.




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Source/Lien : L'Hebdo



   
 
   
 
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