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« Leçon de l’affaire Sari Gelin »
Publié le :

par Ayse Gunaysu

lundi20 avril 2009, par Stéphane/armenews

BBC News citait le 8 mars 2005, la manière dont la Turquie renommait des animaux « prétextant qu’ils étaient « contraire à l’unité de la Turquie. » Le rapport disait que la Turquie « changeait les noms de trois animaux se trouvant sur son territoire afin de supprimer toute référence au Kurdistan ou à l’Arménie...

Le renard roux, connu comme Vulpes Vulpes Kurdistanica, sera maintenant appelé Vulpes Vulpes ; le mouton sauvage appelé Ovis Armeniana devient Ovis orientalis Anatolicus ; et le chevreuil connu sous le nom de Capreolus Capreolus Armenus devient Capreolus Cuprelus Capreolus.

Le ministre dit que les noms anciens sont préjudiciables à l’unité de la Turquie. « Malheureusement il y a de nombreuses autres espèces en Turquie nommées ainsi à des fins malveillantes. Cette mauvaise intention est si évidente que même les espèces trouvées seulement dans notre pays ont reçu des noms préjudiciables à l’unité de la Turquie, précise un déclaration du ministère rapportée par le journal Reuters. Des officiels turcs disent que ces noms ont été utilisés pour prétendre que des Arméniens ou des Kurdes ont vécu dans les lieux ou ces animaux ont été trouvés. »

Voilà la réalité de la Turquie, mentionnée en 2005 dans le rapport des droits des minorités de la branche d’Istanbul de l’association des droits de l’homme (IHD) qui donne une idée de la situation du droit des minorités dans le pays.

Dans le numéro de mars 2009 du Daily Taraf, Ayse Hur fait référence à cet épisode, se moquant de manière extraordinaire de ces comportements et nous rappelant que les noms ont été attribués par la Commission internationale de la nomenclature zoologique ( ICZN) et que tout changement de cette nature était sujet à des règles et des procédures strictes.

Le changement de nom des animaux « subversifs » est une évidence frappante du fait des formulations des « intérêts de la nation », intouchables dans une Turquie d’un autre âge - la manière dont ils sont promus et les tentatives de les mener à bonne fin à tout prix - sont si vulgaires que malgré l’agression déployée et les menaces effrayantes faites, elles sont très faciles à réfuter.

Cependant, les capacités intellectuelles du commun des mortels sont délibérément réprimées, génération après génération par un mécanisme si puissant que les gens qui l’ont rendu possible aux chefs qui gouvernent ne remarquent même pas la vulgarité des arguments émis et la manière dont ils sont exécutés. Mais ceci aussi est en train de changer. Avec de plus en plus de gens qui ressentent le besoin d’être mieux informés, les masses cessent, doucement mais sûrement, d’être un corps de supporters monolithe.

Le degré de difficulté à communiquer la thèse officielle turque était telle, que les décisionnaires en la matière avaient apparemment décidé de la « raffiner » quelque peu. Comme tel, le « Sari Gelin » à sa première publication, avait été présenté comme un documentaire « objectif » « impartial » et « scientifique » décrivant des arguments issus des « deux côtés » et tendant à trouver une solution. L’argumentaire utilisé pour promouvoir le documentaire est effectivement différent de celui plus vulgaire auquel le peuple turc était accoutumé. Durant la phase de recherche, la manière dont les contacts initiaux ont été établis avec les éventuels interrogés était aussi en phase avec cette nouvelle stratégie. C’est la raison pour laquelle, certains qui n’auraient sans cela même pas pensé à participer à un tel documentaire, ont accepté d’être interrogés par l’équipe de production et plus tard ont constaté que leurs propos avaient été censurés, déformés, ou sortis de leur contexte.

Quoi qu’il en soit, sur le site officiel du documentaire ( www.sarigelinbelgeseli.com) également en anglais, il est fièrement déclaré que contrairement aux Arméniens, ce documentaire tient aussi compte du point de vue des « opposants ». La vérité est que contrairement aux affirmations des producteurs de dire aux gens l’ « histoire vraie « de ce qu’ils estimaient être les allégations arméniennes, le documentaire décrit les Arméniens comme étant les responsables de la « tragédie ».

L’armée décide ce qui doit être enseigné.

On explique sur le site web que la phase de recherche pour le projet avait commencé en 1999 et a duré quatre ans, suivi de huit mois de tournage et quatre mois de projection.

Ce calendrier coïncide avec la grande contre-attaque de la Turquie contre les « allégations arméniennes ». En 2002, un Comité de Coordination était mis en place par le conseil des ministres pour la « lutte contre les allégations infondées de génocide » et devait être présidé par Devlet Bahceli, leader du parti du mouvement national ultra-nationaliste, alors vice premier ministre. Le comité, incluant un chef de département étant aussi de l’état major, décida que la thèse officielle turque contre ces allégations devrait être intégrée dans les manuels scolaires et le programme d’études. La décision était adoptée par Bahceli en 2002 : « afin de s’assurer que la jeune génération soit informée du passé, du présent et du devenir des allégations infondées de génocide, nous avons pris la décision d’inclure ces sujets dans les manuels scolaires à partir de l’année scolaire 2002-2003. » a-t-il déclaré.

Le 14 avril 2003, une circulaire était adressée à toutes les écoles leur demandant, parallèlement à ces mesures, d’organiser des conférences dans les écoles pour informer les enfants de la « réalité » de la période et comment les allégations faites par les Arméniens, les Grecs et les Assyriens étaient fausses, la circulaire leur demandait également d’organiser une discussion littéraire sur le sujet.

La section d’Istanbul de l’IHD commença immédiatement à communiquer par fax et téléphone une lettre de protestation au ministre afin de retirer la circulaire et de mettre fin à la décision. Peu de temps après, l’association engagea une action judiciaire devant le Conseil d’Etat pour demander la suppression de la circulaire, parce qu’elle constituait une énorme violation , non seulement au regard des conventions internationales signées par la Turquie, mais aussi de la Constitution turque et autres conventions internationales prohibant la discrimination.

Favoriser les sentiments de haine

Comme on peut le constater, cette question montre dans le fond que « Sari Gelin » et son utilisation n’est qu’un outil d’endoctrinement de la politique d’état - et vu dans son ensemble, ce n’est pas un fait nouveau. Cependant si l’on y regarde de plus près, on peut noter de petits changements. D’abord il y a un effort de rendre la propagande plus « objective » en incluant les arguments des « opposants ».

Plus important est que l’institution turque devient plus sensible aux critiques qui s’élèvent dans le pays. Dès l’annonce de la diffusion du documentaire « Sari Gelin » auprès des élèves des écoles primaires, la communauté arménienne de Turquie fut la plus rapide à protester et à agir par une lettre ouverte au premier ministre qui parut le 11 février 2009 sur le site Turco-Arménien Hye Tert ( ) « Etant donné la manière dont le documentaire aborde la question, il instille définitivement animosité et haine et augmente ainsi les sentiments anti-arméniens déjà existants dans la société, en adoptant une rhétorique violente et discriminatoire au lieu de se pencher sur les faits historiques » disait la lettre.

Ceci fut couvert par plusieurs journaux importants.

Vinrent ensuite les protestations des autres secteurs de la société. La fondation pour l’Histoire fit paraître un avis demandant au ministre « de mettre immédiatement un terme à cette décision incorrecte et dangereuse . »

Décrivant ce type d’agissement « en premier lieu, pédagogiquement incorrect » l’article indique que « diriger l’éducation vers des discussions politiques qui sont déjà un défi pour des adultes, et considérer l’éducation primaire comme un outil d’endoctrinement sont les signes révélateurs d’un régime totalitaire qui a été depuis longtemps remplacé par l’éducation de la pensée contemporaine. »

La Fondation Hrant Dink a engagé une action en justice devant la Cour Administrative d’ Istanbul, demandant que la projection du film soit immédiatement arrêtée. « Les corps sectionnés, les os brisés, la tas de cranes, les charniers montrés dans le film porteraient un grave préjudice mental et psychologique à la santé des enfants. Les discours effrayants de gens agés dans le documentaire disant que les Arméniens ont brûlé et décapité les Turcs, résulteraient en une augmentation de violence morale future sur les enfants non- musulmans, » déclara Fethiye Cetin, avocat de la Fondation.

Une manifestation fut organisée par la section d’Istanbul de l’IHD devant le bureau de poste de Galatasary Square, qui envoya des lettres au ministère le pressant de mettre fin à ces décisions qui instillent la haine dans l’esprit des jeunes générations.

Le Docteur Serdar Kaya, père d’un élève du primaire, a engagé une procédure au pénal devant le bureau du procureur d’Iskidar. « Le 13 février, ma fille a vu ce documentaire « Sari Gelin » dans son école sans que j’en sois informé et sans mon consentement. Ma fille était extrêmement perturbée et effrayée par le film et elle m’a posé des questions comme : « Est-ce-que les Arméniens nous ont exterminés ?....Le fait que l’on ait pu montré à ma fille un tel documentaire qui la perturbe psychologiquement et lui inspire des sentiments de haine dans une école à laquelle je l’avais confiée est une attaque directe à ses droits et aux miens en tant que parent. »

Une conférence de presse était tenue à la fois par Peace Initiative (Initiative pour la Paix) ( de Turquie) des représentants de la fondation des écoles arméniennes, l’Assemblée des citoyens d’Helsinki, la fondation pour l’Histoire, la Fondation Démocratie Sociale et la Fondation internationale Hrant Dink. La conférence de presse tenue conjointement déclara que « Sari Gelin » n’était pas un documentaire mais une propagande vulgaire, qui était non seulement fausse et agressive mais ouvertement raciste et provocante. La déclaration appelait aussi à une condamnation des responsables de ce crime.

Halis Erdogan, député kurde du Parti Démocrate turc, demanda au parlement si, oui ou non, ceux qui avaient ordonné la projection de ce documentaire seraient jugés en violation de l’Article 216 du Code Pénal turc, qui interdit tout acte de provocation entre des citoyens d’ethnie ou de religion différentes.

Des centaines d’articles ont paru dans la presse et les chaînes de télévision ont couvert les protestations. CNN Turquie l’une des chaînes d’information les plus réputées de Turquie a interviewé Dilara Kayaoglu, professeur d’histoire et volontaire à la Fondation pour L’Histoire qui a travaillé durant des années sur la question de la discrimination dans les manuels scolaires, et le producteur du film, Ismael Umac, qui à son tour prétend que le documentaire était une production objective visant à promouvoir une connaissance scientifique à propos de ce sujet controversé. Kayaoglu rejeta cette déclaration en disant qu’en dépit de sa rhétorique scientifique, le film était clairement une propagande qui ne peut en aucun cas devenir un outil d’éducation dans les écoles. Kayaoglu était très impressionnante et parut indiscutablement crédible, contrairement à Umac qui faillit à produire des arguments « scientifiques » ou « corrects ».

Au milieu de ces protestations et de cette large couverture médiatique, le ministère de l’éducation nationale déclara qu’il arrêterait « la diffusion de ce documentaire dans les écoles, » spécifiant que celui ci était destiné aux enseignants « comme support d’éducation supplémentaire » et non pas aux élèves, et qu’ils « ils avaient aussi entendu » que le documentaire avait été « dans certains cas » utilisé « hors de sa destination initiale ». Le ministère déclara aussi que contrairement « aux allégations » l’état major n’avait rien à voir avec le documentaire.

Les points dÂ’enseignement :

Les dirigeants de Turquie deviennent de plus en plus sensibles aux protestations du public et aux tentatives osées pour changer les choses. Ils sont plus attentifs aux réactions qu’ils reçoivent. Ils ressentent le besoin d’évoluer dans un sens ou dans un autre. Au moins ils ne peuvent plus ignorer les voix qui s’élèvent. Il est apparemment paradoxal que ceci est le résultat de contacts plus nombreux avec le monde extérieur, ce qui élève les standards dans chaque domaine. Ce sont les effets combinés d’initiatives internationales et locales qui changeront les choses en Turquie. Concernant la perception qu’ont les Turcs de la « question » arménienne, les contacts entre la diaspora arménienne et le public turc jouera, je pense, un rôle important dans une prise de conscience accrue en Turquie.

De plus en plus, les étudiants arméniens et les historiens du monde entier visitent la Turquie, rencontrent des intellectuels turcs et des activistes des droits de l’homme et font leur apparition dans les médias. Mis à part ceux qu’ils rencontrent en personne, les lecteurs de journaux turcs voient leurs photographies, regardent leurs visages, lisent ce qu’ils disent - en un mot, apprennent à les connaître. De plus, nous atteignons des temps où les étudiants et écrivains arméniens enseigneront dans une université d’Istanbul comme professeur invité, ce qui signifie que les étudiants turcs écouteront et apprendront de la diaspora arménienne !

De tels contacts sont cruciaux pour se comprendre les uns les autres.

CÂ’est un catalyseur important pour lÂ’Ă©volution. Nous avons besoin dÂ’Ă©changes. De plus dÂ’Ă©changes.

Article paru dans Hairenik le 4 mars 2009

Trduction Gisèle pour NAM




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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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