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Avec ou sans la Turquie, telle est la question
Publié le :

30 avril

par Defne GĂĽrsoy, journaliste-Ă©crivain

Depuis plusieurs semaines, la Turquie et son adhésion à l’Union européenne reviennent au coeur du débat politique et médiatique, notamment autour des élections européennes du 7 juin prochain. Difficile d’oublier que cet argument avait été utilisé lors des élections européennes de 2004, puis lors du référendum sur la Constitution européenne en 2005. Les turco-sceptiques y trouvent leur bonheur en présentant l’adhésion turque comme l’un des principaux enjeux des Européennes. Certes, l’adhésion de la Turquie renvoie à la question de l’élargissement. Mais cette question ne repose-t-elle pas sur la volonté des Etats-membres, plutôt que sur celle du Parlement européen ? Par ailleurs, le débat s’éloigne des préoccupations légitimes des Français et des Européens. En pleine crise économique, les thèmes sociaux devraient logiquement s’imposer. Mais la question turque reste néanmoins parmi les principaux thèmes évoqués par divers responsables politiques.


Les Français s’approprient le débat. Le 14 avril 2009, Le Parisien/Aujourd’hui en France publiait un sondage réalisé en partenariat avec l’Institut CSA sur l’opinion des Français sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Le sondage a eu lieu les 8-9 avril, à l’heure où la polémique entre les présidents Barack Obama et Nicolas Sarkozy sur la même question faisait partie des principaux titres de l’actualité dans les médias français. On posait aux Français la question suivante : « êtes-vous favorable ou opposé à l’entrée de la Turquie dans l’UE ? ». Dans l’ensemble, 35 % des Français interrogés étaient favorables, 50% contre et 15% préféraient ne pas se prononcer.


L’opinion publique turque se félicitait de la progression des partisans de la Turquie en France, en identifiant une amélioration de 16% par rapport au « dernier sondage » en 2005. Cependant, il aurait suffi de lire la page suivante des résultats affichés sur le site du CSA(1), où l’on rappelait l’évolution de ce même sondage entre 2002 et 2009 : 55 % en novembre 2002, 50 % en décembre 2004, 57 % en février 2005 et 66 % en juin 2005 des Français se prononçaient contre une adhésion turque.


Une multitude d’autres enquêtes sur l’adhésion turque ont été menées depuis plusieurs années. En avril 2004, avec l’Institut BVA, l’hebdomadaire Marianne avait publié un sondage comparable. La question posée dans le sondage ouvrait néanmoins des perspectives. Ainsi, à la question « seriez-vous favorable ou opposé à l’adhésion, dans quelques années, de la Turquie au sein de l’UE ? », 51% des Français répondaient favorablement. Quelques mois plus tard, fin septembre 2004, une enquête IPSOS/Le Figaro révélait que 56% des Français ne se voyaient pas prêts à voir la Turquie en Europe. Cependant, invités à choisir entre deux opinions sur cette adhésion, 63% se disaient proches de l’idée que "si la Turquie fait les efforts politiques et économiques nécessaires, il serait possible d’imaginer son entrée dans l’Union européenne dans l’avenir"(2). Ce résultat est valable pour toutes sensibilités politiques confondues, à l’exception de l’extrême droite, qui préfère bâtir son discours politique en France ou en Europe autour du rejet de la Turquie.


Cet exemple souligne les problèmes récurrents des sondages d’opinion, et notamment la manière dont les questions sont posées, ce que dénonçait déjà Pierre Bourdieu dans les années 1970 (3). La proposition d’une perspective plus ou moins rationnelle semblerait donc faire basculer le choix des Français à l’égard de l’adhésion turque…

Mamma, gli Turchi !

Aujourd’hui, la Turquie cristallise donc une grande partie des peurs et des réticences autour de l’élargissement de l’UE. L’image du pays en souffre. Une enquête menée lors des élections européennes de 2004 dévoilait que, sur une liste de 28 pays européens, les Turcs étaient ceux auxquels les Français faisaient le moins confiance avec seulement 19% de réponses favorables (4). Les Français affirmaient donc que le pays est « non démocratique » (la répression des Kurdes, la non reconnaissance du génocide arménien, les violences policières) ; elle apparaît comme un pays « économiquement et socialement sous-développé » et son adhésion entraînerait une « immigration incontrôlée et une concurrence sauvage ». Mais surtout, c’est un pays musulman gouverné par un parti « islamiste ». Rappelons que, selon les rapports annuels sur la lutte contre le racisme et la xénophobie de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), parmi toutes les religions, l’Islam a la plus mauvaise image en France (5). L’Islam évoquerait chez les Français un manque d’ouverture et de tolérance, les conflits/la guerre/le terrorisme, la condition féminine en Islam et le manque d’adaptation à la société contemporaine. En 2007, la perception est moins négative que les années précédentes, mais le sentiment de méfiance persiste (6). Ainsi, la religion musulmane n’évoque quelque chose de positif que pour 28 % des personnes interrogées. Enfin, le rapport 2003 indiquait que 48 % des Français jugeaient que « les valeurs de l’Islam sont incompatibles avec les valeurs de la République française ».


À l’échelle européenne, selon une enquête IFOP-Le Figaro menée fin 2004 en France, en Italie, en Allemagne, en Espagne et en Grande-Bretagne, les Français sont les plus hostiles à l’adhésion turque avec 67 % de réponses négatives. Les Allemands suivent avec 55 %, alors que seuls 30 % des Britanniques, 24 % des Italiens et 18 % des Espagnols se prononçaient contre cette éventualité. Parmi les raisons de ce rejet, les différences culturelles et religieuses ainsi que le non-respect des droits de l’homme apparaissent comme les points communs dans les cinq populations sondées (7). Il serait possible d’expliquer une certaine sensibilité française à l’égard de l’image de cette Turquie « musulmane ». Cela pourrait d’autant plus suggérer que, de par les contraintes imposées par un certain « politiquement correct » en France, les Français véhiculent toutes les réticences et les non-dits qu’ils souhaiteraient exprimer sur une population musulmane à travers la Turquie et les Turcs. De plus, en questionnant l’appartenance européenne de la Turquie, les Français - et les Européens en général - questionnent sans doute l’identité européenne.


Compte tenu du rôle indéniable des médias dans la perception que tout un chacun se forge sur le monde, comment expliquer la décision des médias, notamment de la télévision publique française, de ne pas véhiculer le message pourtant historique du Président Barack Obama lors de son allocution devant le parlement turc le 6 avril dernier ? Ses messages étaient pourtant forts et clairs. En renouant avec le monde de l’Islam, en exprimant sa « profonde reconnaissance à l’égard de l’Islam », il exprimait son souhait de renouer avec le monde de l’Islam, tout en soulignant que les groupes terroristes comme Al-Qaïda ne représentaient pas les opinions de la majorité des musulmans. Les musulmans Français ne mériteraient donc pas d’entendre ce discours contenant des messages importants pour tous les musulmans du monde ?

Le discours politique français à l’égard de la Turquie

Le débat politique sur la Turquie prit un nouvel élan suite à la publication dans Le Monde du 9 novembre 2002 - au lendemain de la victoire de l’AKP (Parti de la justice et du développement) aux législatives en Turquie - d’un entretien avec Valéry Giscard d’Estaing. Alors président de la Convention sur l’avenir de l’Europe, VGE relançait la polémique sur le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Il y est farouchement opposé. « La Turquie n’est pas un pays européen », dit-il, son intégration signifierait « la fin de l’Union européenne », en soulignant la non appartenance géographique du pays au continent européen. Et ce, sans doute pour tenir lieu de repoussoir à des questions plus délicates comme la différence culturelle et religieuse. Difficile d’adhérer à ce point de vue, mais honnêteté intellectuelle oblige, il faut le féliciter pour avoir crevé l’abcès. Car ce fut la fin d’une longue période d’un positionnement ambigu autour de la question turque dans le discours politique français.


Quelques minutes à peine après la plaidoirie pour l’entrée de la Turquie dans l’UE de Barack Obama au sommet de l’OTAN à Strasbourg, le président français Nicolas Sarkozy réagissait immédiatement en réitérant son hostilité à l’adhésion turque. En soulignant qu’il ne « changerait jamais de position » sur cette question, il claquait ainsi la porte à tout espoir d’évolution. En ce faisant, il ne faisait qu’accroître le sentiment de refus non seulement côté turc, mais aussi pour une partie des Français, notamment de confession musulmane et des adeptes de la Turquie en France. Le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale Jean-François Copé confirme en annonçant que « le groupe est archimajoritairement contre l’entrée de la Turquie dans l’Union ». De plus, l’UMP demande à tous les partis et tous les candidats de « clarifier leur position sur le sujet » (8). Dans leur quête de soutien pour les Européennes, les internautes supporters de l’UMP s’emparent de la polémique pour lancer sur Facebook ou Twitter : « Voter pour l’UMP, c’est voter contre une Turquie européenne ». Ces messages ne font que conforter les accusations de la gauche, qui accuse l’UMP d’un « opportunisme insupportable ».


En effet, le sondage Le Parisien-CSA d’avril 2009 révèle que la gauche française est plutôt partisane de l’adhésion de la Turquie. 71 % des sympathisants du PCF, 46 % du PS et 50 % des Verts seront favorables. À droite, seuls 20 % des supporters de l’UMP et 19 % du MODEM sont du même avis. Notons que ce dernier rejoint les 19% de favorables chez les adeptes du Front National/MNR.

Le « casse-tête (de) turc »

Malgré tout, le débat sur la Turquie est pertinent. La Turquie n’est certes pas prête à prendre sa place dans l’Union européenne. L’instabilité politique du pays, noyé dans une « chasse aux sorcières » sans précédent, divise le pays en deux, les laïcs-kémalistes d’un côté et les islamistes au pouvoir de l’autre. La question kurde est loin d’être réglée, le contentieux à Chypre est dans une impasse, la liberté d’expression est menacée par un code pénal qui mériterait d’être révisé. Et malgré la très encourageante « feuille de route » convenue entre Ankara et Erevan le 22 avril dernier, la Turquie est aujourd’hui loin de faire son travail de mémoire sur la page la plus noire de son histoire pour reconnaître un jour le génocide des Arméniens. Cependant, les arguments relevés par l’opinion publique et les médias se regroupent trop souvent sur la différence culturelle et religieuse de la Turquie, et n’appuient pas assez la nécessité d’un changement politique global en Turquie. Le nationalisme turc en ressort renforcé et les eurosceptiques se multiplient dans le pays. Les partisans de l’adhésion en Turquie ont baissé de 71 % en 2004 à 42 % en 2008. Selon une enquête similaire menée par le Pew Research Centre, seul 27 % des Turcs avaient un avis favorable de l’UE en 2007, contre 58 % en 2004.


Mais si dans dix, quinze, vingt ans, la Turquie réalisait toutes les réformes requises, où se situerait le débat sur son adhésion ? La question de l’identité et des valeurs européennes sera-t-elle résolue ? Avec ou sans la Turquie, son « autre commun » ? Et si à cette date, les Turcs ne voulaient plus de l’Europe ? Un vrai casse-tête qu’il faudrait d’ores et déjà envisager…


La transformation de la société civile en Turquie avance plus vite que les réformes politiques. Les défenseurs de la démocratie et des droits de l’Homme se multiplient et font entendre leurs voix. Il ne serait pas sage de claquer la porte à tous ces Turcs qui osent espérer vivre un jour dans un pays où la démocratie ne titube plus, où Turcs, Kurdes, Arméniens, Sunnites, Alévis cessent de vivre les uns à côté des autres et commencent à réellement vivre ensemble et sont libres de s’exprimer.


Le 26 avril 2009, l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors était l’invité de l’émission "Internationales" sur TV5 Monde. Interrogé sur son point de vue concernant l’adhésion de la Turquie, sa réponse honnête est sans doute le chemin à suivre : « Dans la bataille idéologique qui est la nôtre, la bataille politique dans le monde, je me serais interdit comme citoyen de dire « non » définitivement à la Turquie. Je reste donc sur cette position : Oui à la négociation, c’est tout ! ».


(1) http://www.csa-fr.com/dataset/data2009/opi20090409-l-opinion-des-francais-sur-l-entree-de-la-turquie-dans-l-union-europeenne.pdf
(2) 27 sept 2004, AFP
(3) Bourdieu, Pierre, « L’opinion publique n’existe pas », dans Les Temps modernes, 318, janvier 1973, pp. 1292-1309
(4) Enquête Elections Européennes 2004, CEVIPOF, mai 2005
(5)http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000129/0000.pdf, pp 94-95
(6)http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/084000167/0000.pdf, page 75
(7) http://www.ifop.com/europe/docs/europeturquie.pdf
(8) Article signé Jean-Baptiste Garat dans Le Figaro du 6 avril 2009

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Source/Lien : affaires-strategiques.info



   
 
   
 
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