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Taner Akçam : la décision sera prise par des politiciens, pas des historiens
Publié le :

TURQUIE

vendredi 2 octobre 2009, par Stéphane/armenews

Le quotidien Taraf a publié le 4 septembre une interview de Taner Akçam

Taraf : Comment définissez-vous la question entre la Turquie et l’Arménie ?

Taner Akçam : Il y a deux problèmes séparés entre la Turquie et l’Arménie. Vous pourriez définir le premier comme la normalisation des relations et le deuxième comme le problème de la réconciliation suite à ce qui est arrivé dans l’histoire. Ces deux problèmes doivent être traités entièrement séparément et la normalisation des relations doit être réalisée immédiatement, sans la moindre condition préalable. Il y a quelques pas pris tout de suite dans cette direction et cela doit être fortement encouragé.

L’établissement de relations diplomatiques doit suivre l’ouverture des frontières. L’Azerbaïdjan doit comprendre que ses objections sont injustifiées et que la normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie est dans son propre intérêt aussi. Chaque fois que la discussion tourne aux problèmes liés à l’histoire, feu Hrant Dink disait "le réel problème est la normalisation des relations et l’ouverture des frontières. Sans cela, vous ne pouvez pas résoudre de problème."

Les mesures prises vers la normalisation des relations ne résoudront pas les problèmes associés à l’histoire, mais ils préparent la base pour l’action de faire ainsi. L’établissement de la paix est une autre question à elle toute seule et doit être pris tout seul.

Taraf : l’établissement d’une commission commune de recherche sur les revendications de génocide est à l’ordre du jour. Par les efforts de certaines organisations civiques sur ce sujet, quelques conférences ont été organisées en Suisse. Quelles sont vos pensées et recommandations concernant cette commission et que peut-elle réaliser ?

TA : s’il y a un problème entre deux parties et qu’elles veulent trouver une solution, bien sûr la formation d’une commission est appropriée. Ce qui est important est qu’ils comprennent pourquoi la commission est formée et pour quel but. Je ne crois pas que soit l’Arménie ou bien des cercles internationaux accepteront la formation d’une commission basée sur la recommandation du gouvernement turc pour "faire des recherches sur les revendications de génocide."

Il sera impossible d’établir une commission dont le but d’arrivée serait une conclusion à la question "est-ce que les événements de 1915 étaient un génocide ?" Je pense que nous avons besoin de mettre cette idée en dehors de nos têtes.

Cette idée est basée sur quelques présomptions fausses. Tout d’abord ceci est une présomption qui vient d’une idée qu’il y a une inconnue là-bas et que si les historiens devaient se réunir et publier ce qu’ils savaient, cette inconnue disparaîtrait. En fait, ce n’est pas le cas, à la fois pour les arméniens ou pour le monde international universitaire.

Ce que nous avons devant nous est la politique négationnniste de la Turquie.

Le sujet porte une ressemblance proche à la question Kurde. Pendant 90 ans, la Turquie a prétendu qu’il n’y avait aucun Kurde et que ces gens étaient vraiment des Turcs qui sont arrivés à vivre dans les montagnes. Le récit des Kurdes aujourd’hui "On va former une commission et étudier le problème scientifiquement et si la commission détermine que les Kurdes existent, nous avancerons" a autant de sens que l’annonce que "Nous accepterons la décision d’une commission formée pour le but de prendre une décision sur les événements de 1915."

Deuxièmement, cette croyance repose sur une fausse présomption que si la commission a été formée et une conclusion a été atteinte, chacun consentirait et accepterait cette conclusion. Ni les arméniens ni le monde universitaire n’attendent ou ont besoin de cela.

Aussi, si une commission est formée avec "l’autorité pour prendre une décision quant à ce qui est arrivé en 1915," elle serait dissoute dés le moment où elle a été formée. Les historiens ne possèdent pas l’autorité finale pour faire des déclarations définitives sur l’histoire.

On pourrait prétendre que ce que nous avons est plus une question légale qu’historique. Voici la question : Légalement, une définition qui a été créée en 1948 peut-elle être employé pour définir un événement de 1915 ? Les parties séparées pourraient s’approcher d’un établissement juridique [international] et demander une conclusion légale. Une action comme celle-ci n’a absolument rien à voir avec l’idée d’une commission des historiens.

Si on s’approche d’un établissement juridique et qu’il n’est pas immédiatement écarté en l’absence de juridiction, il est évident de ce que sera sa conclusion. Conformément au principe légal accepté qu’une loi ne peut pas être appliquée rétroactivement, même si les événements de 1915 ont été utilisées pour adapter la définition de génocide dans la Convention de l’ONU de 1948 sur la Prévention et la Punition du Crime de Génocide, elle ne pourrait pas être appliqué rétroactivement.

En fait, la Commission de Réconciliation Turco-Arménienne, qui a été formée en 2001, a fait une telle demande à une organisation nommée l’ICTJ (le Centre International pour la Justice Transitoire) en 2003 et a demandé la publication de son avis. L’ICTJ a publié un avis que les événements de 1915 vont dans le sens de la définition du génocide donnée dans la Convention de l’ONU de 1948 ; cependant, la définition [le jugement légal] ne pouvait pas [légalement] être appliquée rétroactivement.

Cependant, même si nous devons accepter ce principe légal, en aucun cas cela fournit un baume pour guérir nos blessures, parce que ce n’est pas le réel problème. Par exemple, le principe d’application non-rétroactif pour les crimes passés pourrait être employé dans l’Holocauste Juif.

La Convention de 1948 a été publiée après que les Juifs ont été annihilés en Europe. Et ce que nous ne connaissont pas généralement est qu’aucune des poursuites qui ont suivi, dont les procès de Nuremberg, n’a fait qu’un simple nazi ait été reconnu coupable du crime de génocide. Maintenant, face à ces arguments légaux, allons-nous déclarer que les Juifs n’ont pas été victimes d’un génocide ?

La conclusion est évidente. Il n’y a aucune question quant au processus décisionnel et la notion des conclusions des historiens sur ce qui est arrivé dans l’histoire est un non-sens. À moins que cette personne ne soit un fonctionnaire avec un gouvernement d’état, vous ne trouverez jamais d’historien qui exposera, "je vais vous dire ce qui est arrivé en 1915 et vous vous trouvez juste devant le besoin de l’accepter."

Taraf : Il y a une discussion sur l’ouverture des archives. Y a-t-il des archives en Turquie qui sont fermées et que, si elles étaient ouvertes, pourvoiraient des information éclairant l’histoire ? Y-a-t-il des archives fermées en Arménie ? Quel est votre avis sur la position de la Turquie quant aux archives ?

TA : Sur ce sujet, il y a deux archives importantes en Turquie. L’une sont les Archives Ottomanes à Istanbul et l’autre sont les Archives de l’Etat Major [à Ankara]. Les Archives Ottomanes sont ouvertes aux chercheurs. Nous connaissons les documents qui ont été présentés aux chercheurs là-bas.

Autrement dit, vous n’avez pas besoin de former une commission pour gagner un accès aux documents existants dans les Archives Ottomanes. S’il y a des documents qui ont été retenus, ils peuvent être rendus disponibles sans recourir à la formation d’une commission.

Si quelqu’un dit que ces documents ne seront pas dévoilés à moins qu’une commission ne soit formée, donc oui, une commission pourrait être formée pour ce but spécial. Vous pourriez l’appeler la Commission pour Publier les Rapports Jusqu’ici Secrets.

Les archives de l’Etat Major (ATASE) sont vraiment fermées. Il n’y a même pas de formulaire de demande pour y faire des recherches. Cette source doit être ouverte aux chercheurs. Si l’ATASE a des documents qui n’apparaissent pas dans le travail de huit volumes qu’ils ont publié, [ces documents] peuvent être publiés sans recourir à la formation d’une commission, ou une commission pourrait être formée pour l’organisation de ces documents.

Il n’y a aucune archive sur ce sujet en Arménie parce que l’état d’Arménie a été formé en 1918 et c’est pourquoi il n’y a rien sur les événements de 1915 dans les archives arméniennes d’état.

Les archives du parti Dashnak à Boston sont fermées aux chercheurs. Il y a eu une annonce, cependant, en 2009, qu’une transcription digitale des documents est en cours avec une grande hâte et que les documents seront ouverts une fois que cela sera achevé.

Ce serait un grand service si ces archives étaient ouvertes. Ce n’est pas simplement que les tenir fermés soit une erreur c’est parce que [l’ouverture des archives] confirmera à chacun qu’elles ne contiennent pas d’informations qui changera les connaissances de chacun sur ce qui est arrivé.

Les autres archives qui sont fermés appartiennent au Patriarche arménien de Jérusalem. Une source importante des documents des poursuites par les tribunaux militaires des membres du parti Union et Progrès concernant les événements de 1915 qui ont eu lieu à Istanbul entre 1919 et 1921 se trouve là-bas.

Les archives sont fermées aux chercheurs, mais Vahakn Dadrian possède les copies d’un grand nombre de ces documents et une grande partie de sa recherche a été aussi soutenue par ces documents. Ce serait un grand service si ces archives étaient ouvertes aux chercheurs.

Bien sûr, il va de soi que s’il y a des documents qui n’ont pas été révélés dans ces archives, rapports qui n’ont pas été présentés aux chercheurs, ils doivent être rendus accessibles immédiatement ; il faut peu pour les rendre disponibles aux chercheurs. Il pourrait y avoir des commissions ad hoc formées dans le but d’obtenir ces documents publiés, ou par exemple, sur des sujets spécifiques, comme la démographie, mais ces efforts ne doivent pas être conditionnés à la réconciliation des deux sociétés ou la résolution des problèmes résultant de leur histoire.

Je dois ajouter qu’aucune de ces archives ne détient l’information qui changera ce que nous savons déjà de 1915. Il est mal de penser qu’un document jusqu’ici inconnu existe dans ces archives qui cloturera la question de savoir si vraiment un génocide a eu lieu. En plus, pendant les poursuites 1919 il a été révélé que les documents qui auraient fourni les preuves claires et définies ont été détruits. Néanmoins, les documents qui restent sont suffisants pour nous pour en venir à une conclusion sur ce qui est arrivé.

Nous devons mentionner les archives des autres pays comme l’Allemagne, l’Amérique et l’Autriche. Comme quelqu’un qui est familier avec ce que contiennent ces archives, je peux dire sans hésitation que toute l’information dans ces archives soutient un thème commun.

En plus, le monde universitaire a pour sa majorité formé son avis sur 1915 basé sur l’information qui a été apportée à la lumière de ces documents. C’est-à-dire que le parti Union et Progrès a eu l’intention de détruire les arméniens et qu’il a avancé la politique qui s’assurerait que cela arriverait.

En résumé, bien sûr, nous pouvons dessiner les détails que ces archives qui rempliront cette structure générale. Mais cette sorte d’information n’est pas juste couchée là dans des documents d’archives ; elle réside dans des lieux privées qui n’ont pas encore vu la lumière du jour : dans des mémoires non publiées et d’autres sources.

Lorsqu’un nouveau matériel est découvert et une nouvelle analyse est présentée, la recherche et le débat autour de 1915 continueront comme un processus ouvert. Ce processus, cependant, n’a pas de rapport avec le processus de réconciliation entre les Turcs et des Arméniens. Si je dis que les études sur l’Holocauste sont les plus développées de toutes les études de génocide, je pense qu’il est facile de comprendre ce que j’essaye de dire.

Taraf : si on donne la tâche d’examiner les archives à une future commission ou des commissions, n’est pas là un danger de remettre une solution à ce problème plus tard, à un temps après cet examen ?

TA : c’est en fait un risque très possible. La politique maintenant vieille de 90 ans de négationnisme turque est en réalité, une stratégie visant à gagner du temps. Cette stratégie consiste à ce qui est derrière le versement de millions de dollars aux memebres de lobbys de Washington. Chaque fois la question est à l’ordre du jour et ce qui est dit est "On va se prendre la tête encore une fois.

Nous payerons n’importe quel prix maintenant et y penserons plus tard." Si la Turquie essaye de lier la résolution du problème de faire des recherches sur les conclusions de la commission ou des commissions devant être formé, donc elle retombe directement dans cette partition du "temps gagné".

La résolution du problème n’a pas de rapport avec la recherche dans les archives ou les conclusions qui seront tirées par une commission.

Taraf : Différentes commissions ne pourraient-elles pas être formées sur le sujet ?

TA : Vous avez besoin de clarifier ce que vous avez besoin de réaliser. L’information de la société turque est une priorité ; pour aider les gens qui ont été alimentés par la cuillère du mensonge pendant plus de 90 ans apprennent la vérité. Le manque d’information de la société et le besoin de s’en préoccupper sont une priorité. Pour le faire, vous avez besoin d’un discours franc et libre sur le sujet.

J’ai des doutes que cela puissent être réalisé sans annuler l’article 301 du Code pénal Turc. Il y a des intellectuels parmi nous qui sommes toujours poursuivis et punis pour l’utilisation du mot "génocide". Avant que vous ne commenciez à former des commissions, vous avez besoin d’enlever les obstacles qui empêchent un discours honnête et ouvert.

Bien sûr vous pouvez former des commissions. Ces commissions pourraient se voir accorder le devoir de créer une atmosphère qui mettra les bases pour une réception positive, par l’opinion publique de chaque pays, d’une résolution. Le problème le plus fondamental est la création de la confiance. Les commissions doivent vraiment être formées pour ne pas en venir à une conclusion de l’histoire, mais créer la confiance entre les deux pays.

Au départ avec les Parlements de chaque pays respectif, commissions qui surveilleraient les diverses organisations qui doivent être formées au niveau de la société civile et ces commissions doivent essayer de promouvoir la compréhension mutuelle et la croissance de la confiance entre ces sociétés.




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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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