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LÂ’affaire VARLIK VERGISI
Publié le :

LOS MUESTROS, La voix des sépharades - numéro 63, juin 2006

Qu’un tel livre ait pu être publié en Turquie prouve que, malgré certains problèmes sérieux qui demeurent (écrivains et éditeurs continuent à être poursuivis en justice pour ‘avoir porté atteinte à l’honneur de l’Armée ou l’Etat’ ; Orhan Pamuk, écrivain turc mondialement connu, et Hrat Dink, l’éditeur de la revue arménienne d’Istanbul, Agos, l’ont été récemment), la liberté d’expression et la démocratie ont, ces dernières années, fait de gros progrès en Turquie. Notons que Rifat Bali, l’auteur de ce livre remarquable, est un Turc juif; et que Sinan Kuneralp, son éditeur, est d’origine dönme (descendant des Juifs convertis à l’Islam au milieu du XVIIième siècle, à la suite de l’épisode du ‘faux Messie’, Shabtai Tzvi).

Bali, qui se définit comme un historien indépendant, présente son sujet d’une manière compréhensive et objective, dans la mesure où il donne la parole, non seulement aux victimes, mais aussi à des observateurs impartiaux (notamment l’ambas-sadeur américain) et aux autorités et media turcs. Le livre ne souffre que de quelques défauts mineurs. Il y a trop de répétitions, beaucoup de présentations d’archives, et le débat public autour du roman ‘Salkim Hanimin Taneleri’ (‘Les Perles de Madame Salkim’), lequel, par la suite, a été porté à l’écran et montré à la télévision turque (voir ci-après), prend trop de place.

Les questions essentielles qui se posent à propos de cette affaire lamentable, questions dont les réponses se trouvent dans le livre de Bali, pourraient, inter alia, être les suivantes : De quoi s’agit-il ? Pourquoi cette ‘affaire’ est-elle restée vivante, aussi bien dans l’imagination de ses victimes, que dans celle de ceux qui l’ont perpétrée? Pourquoi la grande tâche qu’elle a formée dans la réputation de la Turquie ne s’est-elle pas, après plus de soixante ans, entièrement résorbée ?

D’abord le contexte. Nous sommes à la fin de l’Automne 1942. Au milieu de la Seconde Guerre Mondiale. Une grande partie de l’Europe (y compris en Union Soviétique) est sous le joug nazi. Il est encore possible que les Allemands gagnent la guerre. Ils sont aux portes de la Turquie. Ils ont occupé la Grèce (y compris Salonique dont l’importante population juive, quelque 50,000 âmes, sera bientôt liquidée à Auschwitz. La Turquie est officiellement neutre, mais elle est courtisée aussi bien par les Alliés que par les puissances de l’Axe. Il y a beaucoup de partisans de l’Allemagne et de son idéologie nazie en Turquie.

Ensuite les faits. Le 11 novembre 1942, la ‘Loi sur l’Impôt sur la Fortune’ (‘Varlik Vergisi Kanunu’) est adoptée par le parlement turc. Deux hommes en sont responsables : Ismet Inönü, le président de la republique, et Sükrü Saraçoglu, son Premier ministre. L’impôt est justifié par: la situation financière précaire du pays, notamment l’inflation, et les dépenses occasionnées par la mobilisation d’un million d’hommes massés aux frontières. Il est considéré comme équitable parce que contrairement aux paysans qui ont fortement contribué à l’effort national, en fournissant à l’Etat, à des prix bas, une partie de leurs récoltes (Et en se battant avec courage pendant la Guerre d’Indépendance) les hommes d’affaire des grandes villes, pendant ce temps, se sont enrichis, souvent d’une manière illégale. Il y a du vrai dans toutes ces ‘raisons’, mais il y a en a une autre qui prime toutes les autres : le ‘Varlik’ a été utilisé comme un instrument, un moyen, d’une efficacité remarquable, pour arriver à un but, ou une fin, laquelle était : la destruction des minorités qui contrôlaient le commerce international et (dans une plus faible mesure) l’industrie manufacturière de la Turquie.

L’application. Pour réaliser cet objectif essentiel, la population urbaine est divisée en quatre catégories : M (pour Musulman); G (for Gayri-Muslim, or Non-Musulman); D (pour Dönme); and E (pour Ecnebi, ou Etranger). La catégorie G, la principale cible, est formée des minorités arménienne, grecque et juive. Il faut la supprimer, ou, au minimum, l’affaiblir considérablement, pour que puisse naître à sa place, une nouvelle bourgeoisie d’affaires turque et musulmane. L’Impôt sur la Fortune’ des minorités est extraordinairement arbitraire, abusif et discriminatoire. Les montants sont fixés par des comités anonymes dans le secret le plus total. Il n’y a pas de possibilité de recours. Des conditions draconiennes sont imposées pour leur paiement. Un mois est accordé, au maximum, pour le paiement de la taxe dans sa totalité. Faute de quoi tous les biens (mobiliers et immobiliers, jusqu’aux habits dans les armoires) des ‘délinquants’ sont confisqués et liquidés dans des ventes aux enchères, très en dessous de leur valeur réelle. Ces ‘délinquants’ sont ensuite envoyés dans des camps de travail situés à l’Est du pays, où les températures sont sibériennes en hiver, et caniculaires en été, pour construire des routes et déblayer la neige. Le camp principal se trouve a Askale (se prononce ash-qualeh), près de la ville d’Erzurum. Askale et Varlik deviennent deux mots d’une triste célébrité. 1443 personnes sont envoyées à Askale. 32 y laissent leur vie.

Un total de 315 million de livres Turques, 74 % des 425 millions imposés par comités, ont pu être encaissés avant l’abolition de la taxe, en mars 1944, dix-mois après sa promulgation. En 1942, un dollar américain valait 1.3 TL; donc, le gouvernement turc a collecté US$ 235 millions. En 1942, le dollar américain valait 12.9 fois plus qu’en 2004. Donc, les US$ 235 millions de 1942 valaient un peu plus que trois milliards de dollars en 2004. D’après les calculs du Secrétaire d’une des Chambres de Commerce étran-gères, les négociants arméniens ont été taxés, en moyenne, dans une proportion de 232 pour cent de leur capital; les juifs, 179 pour cent, et les Grecs 156 pour cent ; alors que les Turcs musulmans l’ont été à … moins de 5 pour cent.

La réputation de la Turquie a énormément souffert à cause du Varlik. Le Journal de Genève a titré: ‘Le Gouvernement Turc Fait du Brigandage’. Cyrus L. Sulzberger a publié, dans le New York Times une série de quatre articles. Ahmed Emin Yalman (il était d’origine dönme), propriétaire et rédacteur en chef du journal Vatan (Patrie), a été un des seuls à oser critiquer le Varlik ouvertement. Il l’a payé cher : son quotidien a été fermé par ordre du Premier Ministre lui-même. Jusqu’en 1946 la Turquie était dirigé par un parti politique unique. Lorsqu’en 1950, le nouveau Parti Démocrate est arrivé au pouvoir, certains ont cru que justice serait faite, au moins partiellement. Il n’en a rien été. Ensuite, pendant de longues années, le silence a enveloppé le Varlik. Et puis, en 1992, a été publié, par Yilmaz Karakoyunlu (écrivain et politicien, plus tard ministre dans le gouvernement) le roman, ‘Les Perles de Madame Salkim’ sur le Varlik et Askale. Le roman a connu un tel succès, qu’il a été portée à l’écran en 1999 (par la réalisatrice, Tomris Giritlioglu). Le film a été montré à la télévision, en 2001. Le roman et le film ont été abondamment commentés dans les media. Soucieuse de maintenir des bonnes relations avec le gouvernement turc, la communauté juive d’Istanbul (contrairement aux Arméniens), n’a pas aidé à la réalisation du film.

Pour conclure, ce n’est pas seulement les minorités, mais aussi les Turcs musulmans qui n’ont pas eu de chance avec le Varlik. Il est presque certain que si Atatürk avait vécu cinq ans de plus (il est mort en novembre 1938), cette lamentable affaire n’aurait jamais vu la lumière du jour. Ismet Inönü avait été l’adjoint d’Atatürk pendant la Guerre d’Indépendance. Il avait été un bon général et même gagné une bataille importante à Inönü (d’où son nom, qui lui a été donné par Atatürk). Il a aussi été son Premier Ministre pendant longtemps. Bref il a toujours été, sous la surveillance d’Atatürk, un assez bon Numéro Deux. Il n’aurait jamais dû être Numéro Un. Il n’avait ni la grande intelligence intuitive d’Atatürk, ni son génie visionnaire. La Turquie se trouve aujourd’hui à un carrefour important de son histoire. Le pays est en pleine mutation. Mais celle-ci, d’une culture nationaliste et autoritaire à une culture démocratique et pluraliste, se révèle extrêmement difficile, notamment parce que les nostalgiques du nationalisme autoritaire, profondément incrustés dans les institutions judiciaires, militaires et bureaucratiques de la nation, opposent une résistance acharnée. Mais la Turquie n’a pas le choix. Elle doit réussir sa mutation. Pour ce faire, les dirigeants de la Turquie doivent adopter une stratégie pro-active et constructive, et non réactive et défensive. Les Turcs sont un peuple fier. Mais la fierté ne devrait pas exclure de faire des excuses lorsqu’il le faut, et même d’offrir des réparations symboliques. C’est à ce prix-là que le rêve du grand Atatürk pourra être réalisé et la Turquie pourra prendre sa place, importante, et qu’elle mérite, dans le concert des nations … européennes.

Zeki Ergas,

THE ‘VARLIK VERGISI’ AFFAIR de Rifat N. Bali.,
A study on its legacy.
Selected documents
ISIS Press, Istanbul, 2005, 424 pp. photos, bibliographie docs dÂ’archive.
E.-Mail: isis@tnn.net



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Source/Lien : LOS MUESTROS, La voix des sépharades



   
 
   
 
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