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« Forces et faiblesses de la participation »
Publié le :

Saisir le moment d’un dialogue armĂ©no-turc

MARIAN Michel

Article dans le revue Esprit en date de juillet 2006

MalgrĂ© des actions offensives de la diaspora turque contre la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien, l’opportunitĂ© du dialogue s’est ouverte en Turquie mĂŞme. Comment comprendre la difficultĂ© de ce processus et les contraintes qui pèsent des deux cĂ´tĂ©s sur la reconnaissance du passĂ© ?

LA PROPOSITION de loi, dĂ©posĂ©e par les socialistes, visant Ă  pĂ©naliser la nĂ©gation du gĂ©nocide armĂ©nien, n’a pas abouti, la discussion n’ayant pas Ă©tĂ© suivie de vote le 18 mai 2006, au terme de manœuvres confuses dont les groupes parlementaires se sont rejetĂ© la responsabilitĂ©. Le dĂ©bat, en dehors du Parlement plus qu’en son sein, a Ă©tĂ© vif et pourrait s’amplifier si le groupe socialiste profite d’une prochaine niche parlementaire, Ă  l’automne, pour dĂ©poser Ă  nouveau sa proposition comme il l’a laissĂ© entendre. La mobilisation de la communautĂ© armĂ©nienne a Ă©tĂ© forte, presque aussi forte que lors du vote de la loi portant reconnaissance du gĂ©nocide en 2001. Le gouvernement et les milieux d’affaires turcs ont rĂ©agi, comme Ă  l’Ă©poque, en menaçant la France de boycott. La nouveautĂ© est venue de l’opposition manifestĂ©e par les historiens dĂ©jĂ  signataires Ă  la fin 2005 d’une pĂ©tition contre toutes les lois qui disent l’histoire, de la loi Gayssot aux lois sur l’esclavage et la colonisation française, en passant par celle de 2001.

La revendication armĂ©nienne, avant mĂŞme de parler de l’additif pĂ©nal, reprĂ©sente en effet le cas le plus pur de demande de « loi mĂ©morielle ». L’affirmation publique de cette communautĂ© est celle qui fait la place la plus large et presque exclusive Ă  la dĂ©claration d’une vĂ©ritĂ© historique par des instances politiques. Ă€ la diffĂ©rence des autres lois, la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien n’a pas d’autre finalitĂ© que sa proclamation officielle. Elle ne vise pas, en effet, la lutte contre le racisme et l’antisĂ©mitisme ni des mesures de discrimination positive et de quotas. Bien entendu dans tous leurs pays d’adoption, et comme la plupart des communautĂ©s, les ArmĂ©niens font vivre des Ă©coles ou des centres culturels pour lesquels ils demandent des subventions. Mais toute l’intensitĂ© de leur exigence se concentre, de la municipalitĂ© aux institutions internationales, dans cette demande simple mais fondamentale de reconnaissance d’un Ă©vĂ©nement historique. Elle a bien sĂ»r une signification politique internationale, puisqu’elle s’adresse indirectement Ă  la Turquie, État successeur des auteurs du gĂ©nocide, pour lui demander de s’aligner sur cette reconnaissance. Celle-ci peut prendre la forme, dans les très nombreux pays europĂ©ens oĂą elle a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e rĂ©cemment, d’une motion ou d’une rĂ©solution parlementaire. En France la situation se complique, du fait d’une donnĂ©e constitutionnelle : l’interdiction faite au Parlement de prononcer de telles motions, et l’obligation dans laquelle il se trouve de donner Ă  tous ses actes forme de loi. Une solution simple pour sortir de cette ambiguĂŻtĂ© et manifester plus clairement ce qu’on souhaite (dans ce cas exercer une pression sur la Turquie) aurait Ă©tĂ© de modifier la constitution et de remplacer cette loi (et d’autres) par des dĂ©clarations solennelles. Au nom de quoi en effet la souverainetĂ© politique s’interdirait-elle de se prononcer sur des Ă©vĂ©nements historiques oĂą sont engagĂ©es des questions de valeur ou d’identitĂ© ? Mais en quoi l’identitĂ© française serait-elle engagĂ©e dans cette affaire ? On peut soutenir qu’il est logique que la France, acteur majeur de la Grande Guerre et protectrice, malheureusement dĂ©jouĂ©e, des victimes armĂ©niennes, rappelle Ă  la Turquie le devoir universel d’assumer les pages les plus sombres du passĂ©. Cette voie n’a pas Ă©tĂ© retenue. La voie inverse, celle d’un dĂ©ploiement Ă  son terme de la logique de la loi, jusqu’Ă  la sanction, en germe depuis 2001 par rĂ©fĂ©rence Ă  la loi Gayssot, a pu de ce fait se dĂ©ployer sans alternative.

Ce durcissement a suscitĂ© des critiques, plus ou moins lĂ©gitimes. La plus forte est celle de vĂ©hiculer une mĂ©fiance par rapport au rĂ©gime de libertĂ© de l’_expression et de la recherche, qui pourtant ne peut que produire et stabiliser la vĂ©ritĂ©. Le mouvement des idĂ©es et des travaux confirme ce que les contemporains avaient compris : le gouvernement jeune-turc a profitĂ© de la guerre pour anĂ©antir la population armĂ©nienne d’Anatolie. Ă€ quoi bon manifester tant d’inquiĂ©tude ? Il est sĂ»r cependant que les historiens pĂ©titionnaires auraient eu plus d’autoritĂ© si les historiens du xxe siècle s’Ă©taient intĂ©ressĂ©s personnellement Ă  un Ă©vĂ©nement pas si mineur pour ses contemporains et d’importance croissante dans sa « rĂ©ception » depuis 40 ans, si Pierre Nora ou Françoise Chandernagor ne s’Ă©taient obstinĂ©s Ă  dĂ©fendre l’historien anglais spĂ©cialiste du Moyen-Orient Bernard Lewis en le comparant Ă  l’historien Olivier PetrĂ©-Grenouilleau. Comparaison doublement faussĂ©e puisque PetrĂ©-Grenouilleau a Ă©tĂ© attaquĂ© pour avoir Ă©largi la vision des traites nĂ©grières, et Lewis pour avoir substituĂ©, sans preuves, Ă  la qualification d’holocauste prĂ©sente dans les premières versions de ses travaux la formule : « Le gĂ©nocide est la version armĂ©nienne de l’histoire », que le premier a effectivement Ă©tĂ© poursuivi sur la base de la loi Taubira mais le second condamnĂ© bien avant la loi de 2001, au civil, pour atteinte Ă  la dĂ©ontologie de l’historien.

NĂ©anmoins, mĂŞme dans le cas de Lewis, le procès a eu beaucoup moins de poids que la condamnation de ses propos par une lettre collective d’intellectuels français, dont J.-P. Vernant, et l’affirmation du gĂ©nocide armĂ©nien par des historiens amĂ©ricains, parmi lesquels les plus grands spĂ©cialistes de la Shoah. La dynamique de la judiciarisation est contre-productive et conduit Ă  ces absurditĂ©s comme le procès intentĂ© par les organisations armĂ©niennes de Marseille Ă  Jean-Marie Colombani pour avoir dĂ©crit 1915 comme une « tentative de gĂ©nocide ».

Faut-il, pour autant, condamner toute revendication de mĂ©moire et mener une critique plus radicale des « causes mĂ©morielles » en s’attachant Ă  dĂ©montrer qu’elles sont implacablement soumises Ă  une logique de pĂ©nalisation et d’enkystement ? Tel est le sens de l’essai rĂ©cent d’Emmanuel Terray Face aux abus de mĂ©moire (1). Il y dĂ©nonce, sans citer spĂ©cifiquement le cas armĂ©nien, cinq dĂ©rives qui font système : l’identification du trauma collectif des descendants au trauma individuel des rescapĂ©s, le glissement de la culpabilitĂ© individuelle des bourreaux Ă  la culpabilitĂ© collective du peuple, la crĂ©ation de « tribunaux mĂ©taphoriques » dont le juge est l’opinion publique en lieu et place d’une action judiciaire Ă©teinte, la surenchère de la qualification des crimes qui se polarise sur le gĂ©nocide, le recours Ă  l’imprescriptibilitĂ© comme une condamnation Ă©ternelle.

Terray lit ces dĂ©rives comme autant d’artifices idĂ©ologiques. Mais, paradoxalement, tous les Ă©lĂ©ments de son analyse, rapportĂ©s Ă  l’expĂ©rience armĂ©nienne, n’invalident pas la revendication mĂ©morielle mais la fondent plutĂ´t en aidant Ă  cerner le cumul des souffrances et des injustices et la singularitĂ© de leur « dĂ©bouchĂ© politique ». Seule la dernière dĂ©rive Ă©claire un excès, et le risque actuel d’une impasse, manifestĂ© par la proposition de pĂ©nalisation.

Les nœuds et les temps de la mĂ©moire du gĂ©nocide

L’Ă©motion ressentie par les communautĂ©s armĂ©niennes chaque fois que le gĂ©nocide est niĂ©, l’indignation exprimĂ©e quand cette nĂ©gation est tolĂ©rĂ©e, sont en effet celles d’un trauma collectif. La proposition de pĂ©nalisation n’aurait pas recueilli un tel soutien si elle n’avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e par ses initiateurs comme une rĂ©ponse Ă  la manifestation de nationalistes turcs tenue en avril Ă  Berlin en l’honneur de Talaat, le principal auteur de l’extermination, et surtout Ă  la vandalisation, le mĂŞme mois, du mĂ©morial Ă©rigĂ© Ă  Lyon. Patrick Devedjian a bien expliquĂ© qu’en diaspora ces monuments tiennent la place des tombes jamais Ă©levĂ©es en Turquie et que leur profanation est ressentie comme celle de sĂ©pultures. Mais le caractère viscĂ©ral des rĂ©actions, non seulement Ă  l’annonce de tels actes, mais Ă  la simple audition d’un doute, voire d’une minimisation du gĂ©nocide, indique que ces gestes et ces mots sont ressentis comme une rĂ©pĂ©tition de l’Ă©crasement de la voix armĂ©nienne, au moment oĂą elle a acquis droit de citĂ© en Europe, comme elle l’a Ă©tĂ© dans l’Empire ottoman, au moment oĂą celui-ci se libĂ©ralisait, et presque dans les mĂŞmes termes. Comme si le loup revenait dans la nouvelle bergerie, et que le berger, par lĂ©gèretĂ©, lui ouvrait la porte. Pourquoi, peut-on se demander comme Terray, une identification aussi intacte après deux gĂ©nĂ©rations ? Les psychanalystes rĂ©pondent que le travail de deuil ne peut se faire tant que la reconnaissance n’a pas eu lieu. Il me semble que cette explication est insuffisante et mĂŞme fausse, depuis que la reconnaissance a eu lieu dans les pays oĂą vivent les ArmĂ©niens. Car ils ne vivent plus, pour l’essentiel, et pour cause, en Turquie, oĂą ils auraient pu passer le compromis de vie qui est le vĂ©ritable travail de deuil, comme l’a fait dans une certaine mesure la petite minoritĂ© d’ArmĂ©niens survivant en Turquie, et, d’une autre façon, la population de la rĂ©publique d’ArmĂ©nie. Il me semble plutĂ´t que le dĂ©ni et l’expulsion ont rĂ©activĂ©, sous une forme douloureuse, une capacitĂ© des ArmĂ©niens Ă  la scission intĂ©rieure, qu’un Kant (2) trouvait positive : parfaitement adaptĂ©s sous toutes les latitudes, mais d’une identitĂ© forte Ă  l’intĂ©rieur. Seulement cette identitĂ©, qui Ă©tait jadis celle d’une foi, s’est concentrĂ©e dans une douleur d’autant plus Ă  vif qu’elle se sent importune quand elle rappelle son passĂ© Ă  un monde qui a absorbĂ© sa disparition.

Le glissement de la culpabilitĂ© individuelle Ă  la culpabilitĂ© collective, que Terray dĂ©nonce en reprenant Jaspers, est une tentation que l’histoire de la Turquie a beaucoup alimentĂ©e. MĂŞme si le nazisme a en effet rĂ©employĂ© l’antijudaĂŻsme chrĂ©tien et l’antisĂ©mitisme moderne, il marque une rupture et une parenthèse dans l’histoire allemande. Le gĂ©nocide de 1915, quant Ă  lui, a succĂ©dĂ© aux grands massacres Ă  teinture religieuse du sultan Abdul Hamid Ă  la fin du xixe siècle, il a Ă©tĂ© perpĂ©trĂ© par des jeunes Turcs qui avaient accĂ©dĂ© au pouvoir avec un programme d’entente multiconfessionnelle, puis entĂ©rinĂ© et effacĂ© par la rĂ©publique kĂ©maliste. Il est un peu difficile, au regard de ce passif, de faire valoir que l’identitĂ© turque depuis un siècle est dissociable de l’anĂ©antissement des ArmĂ©niens. Parmi les rĂ©cits les plus symboliques du gĂ©nocide figure toujours celui du dĂ©putĂ© armĂ©nien Zohrab, ami personnel de Talaat, jusqu’Ă  la minute du 24 avril 1915, oĂą il fut embarquĂ© avec les autres intellectuels dans un train, avant de finir fusillĂ© dans un fossĂ©. La crainte de la trahison après les gestes de confiance est immense.
En 1919, des tribunaux ont poursuivi, dans la Turquie occupĂ©e par les puissances de l’Entente, les responsables, grands et petits, de l’extermination. Ils ont Ă©tĂ© dispersĂ©s dès la prise de pouvoir des nationalistes emmenĂ©s par Kemal. En 1920, un traitĂ© a Ă©tĂ© signĂ© Ă  Sèvres crĂ©ant une grande ArmĂ©nie sur le nord-est de l’Anatolie. Il n’a jamais Ă©tĂ© ratifiĂ© du fait de l’avancĂ©e des troupes kĂ©malistes. Pendant quarante ans, les ArmĂ©niens ont Ă©tĂ© occupĂ©s Ă  survivre et Ă  se diviser entre communistes qui construisaient la petite ArmĂ©nie soviĂ©tique et nationalistes qui entretenaient dans les enceintes internationales le mirage d’un retour au traitĂ© de Sèvres. Dans les annĂ©es 1960, la dĂ©tente, la lassitude et le nouveau climat introduit par le procès Eichmann et la Convention de l’Onu sur l’imprescriptibilitĂ© du gĂ©nocide les ont rapprochĂ©s et mobilisĂ©s autour d’une revendication de justice, criĂ©e dans les rues d’Erevan dès 1965. Elle a pris la forme d’une demande de reconnaissance internationale du gĂ©nocide, conçue comme une stratĂ©gie de pression indirecte sur la Turquie. Ce tournant de la diplomatie vers la morale a rencontrĂ© l’adhĂ©sion unanime des ArmĂ©niens, qui y ont trouvĂ© une langue pour demander justice, la validation par la lettre des textes internationaux sur les critères du gĂ©nocide et la connivence avec le progrès des droits de l’homme dans l’Ă©chelle des valeurs et l’agenda des institutions. Depuis 40 ans, cette cause a Ă©tĂ© en effet prĂ©sentĂ©e devant des « tribunaux mĂ©taphoriques (3) » très divers et y a enregistrĂ© des progrès sans doute irrĂ©versibles. Il ne s’agit certes pas de droit positif, mais au nom de quoi pourrait-on s’indigner que le temps n’ait pu effacer un crime en aucune façon sanctionnĂ© ?
Certes, le concept de gĂ©nocide n’existait pas en 1915, mais il ne s’agit pas pour autant d’une projection artificielle de catĂ©gories et de sensibilitĂ©s contemporaines, ni d’une concurrence tardive Ă  la Shoah. L’extermination des ArmĂ©niens a Ă©tĂ© qualifiĂ©e de crime de lèse-humanitĂ© dès 1916 par l’Entente, qui a annoncĂ© que les gouvernants d’Istanbul en seraient tenus responsables personnellement. L’Ă©branlement produit par l’Ă©vĂ©nement, succĂ©dant Ă  des massacres dĂ©jĂ  connus, a Ă©tĂ© ressenti en premier lieu par des Juifs. Ils y dĂ©celaient l’imminence d’autres catastrophes qui succĂ©deraient aux pogroms : l’ambassadeur amĂ©ricain Morgenthau qui a tentĂ© d’arrĂŞter Talaat, le romancier autrichien Werfel qui en a donnĂ© un rĂ©cit puissant avec Les 40 jours du Moussa Dagh et surtout le juriste polonais Lemkin, l’inventeur du concept de gĂ©nocide, qui a expliquĂ© que sa vocation s’Ă©tait dĂ©terminĂ©e lors des sĂ©ances du procès Ă  Berlin de l’assassin armĂ©nien de Talaat. Vrai procès, celui-lĂ , mais suivi d’acquittement pour Tehlirian, qui portait le prĂ©nom prĂ©destinĂ© de Soghomon (Salomon)…

Les conditions mĂŞmes de cette histoire : la destruction de la majoritĂ© de la population armĂ©nienne, l’expulsion des autres, l’acharnement mis par tant de gouvernements turcs Ă  faire taire d’abord la voix du souvenir (comme par exemple l’intervention dans les annĂ©es 1930 auprès de la Fox pour qu’elle ne produise pas l’adaptation du roman de Werfel par Mamoulian), puis Ă  reprendre la propagande mĂŞme des auteurs du gĂ©nocide sur les mesures de prĂ©caution contre les rĂ©voltes armĂ©niennes sur le front russe et la simple dĂ©portation qui a mal tournĂ©, tout cela incite bien des ArmĂ©niens Ă  tirer un trait sur la Turquie et Ă  aspirer Ă  la seule joie amère de pouvoir la faire dĂ©signer du doigt par une communautĂ© internationale de plus en plus rassemblĂ©e, de rĂ©clamer et obtenir, Ă  chaque occasion, l’anathème. Quoi que fasse la Turquie, ce serait toujours trop peu et dĂ©sormais trop tard. Chacun des Ă©pisodes de cette bataille qui dure depuis quatre dĂ©cennies peut donner l’impression aux ArmĂ©niens d’avoir Ă  repartir de zĂ©ro ; de recevoir, sous forme de sommation ou d’insinuation, une nouvelle sommation Ă  la preuve ; de perdre pied dans un combat contre une hydre turque toujours plus puissante de son Ă©conomie, de sa diplomatie, de son armĂ©e, de sa dĂ©mographie et enfin de ses amitiĂ©s europĂ©ennes. Comme s’il y avait eu trop de rĂ©pĂ©titions, dans les actes et les discours, avant et après ce gĂ©nocide, pour que s’arrĂŞtent les cauchemars.

Plus le temps passe, plus nombreux sont les massacres contemporains condamnĂ©s et mis en procès, plus l’impatience et l’indignation armĂ©niennes s’accroissent, alors qu’il s’agit d’un recommencement dans la conscience collective. Le plus souvent, en effet, les interrogations des tiers qui s’expriment devant la demande de reconnaissance, si dĂ©pourvues de tact qu’elles soient, tĂ©moignent de divers degrĂ©s d’ignorance. Elles sont perçues comme une mise en doute alors qu’elles tĂ©moignent plutĂ´t d’un dĂ©but de prise de conscience. En Turquie aussi, ce phĂ©nomène s’amorce et la question armĂ©nienne commence Ă  en redevenir une pour ce pays.

La république turque :
rupture et solidarité avec les Jeunes-Turcs

Il convient maintenant d’analyser plus prĂ©cisĂ©ment, au-delĂ  de l’image de rĂ©pĂ©tition massive, la diversitĂ© des attitudes turques face au problème posĂ© par la trace du gĂ©nocide armĂ©nien. Cette entreprise n’aurait Ă©tĂ© que d’un intĂ©rĂŞt mineur il y a encore quelques annĂ©es, elle est dĂ©terminante aujourd’hui, dans le contexte doublement nouveau des nĂ©gociations d’adhĂ©sion Ă  l’Europe et du gouvernement « islamiste modĂ©rĂ© » de l’Akp.

Deux historiens peuvent servir de rĂ©fĂ©rences. Le premier est – hĂ©las ! – Bernard Lewis, quand il dĂ©crit la succession des formules idĂ©ologiques de construction de l’État moderne, dans un Empire ottoman confrontĂ© aux idĂ©es et Ă  la puissance des nations europĂ©ennes. Les tentatives de crĂ©er un État ottoman libĂ©ral et multiconfessionnel Ă  partir du milieu du xixe siècle se heurtent aux nationalismes chrĂ©tiens qui triomphent dans les Balkans et Ă  une rĂ©action de la base musulmane. Vient alors le rĂ©gime brutal du sultan Abdul Hamid qui fait appel Ă  une propagande panislamiste pour sauver les restes de l’Empire et livre les populations armĂ©niennes aux massacres de rapine des tribus kurdes. Ce despotisme est renversĂ© par des militaires modernistes, les Jeunes-Turcs, appuyĂ©s par les minoritĂ©s notamment armĂ©niennes. ConfrontĂ© Ă  de nouveaux dĂ©membrements de l’Empire, dans les Balkans, leur rĂ©gime se durcit, construit une identitĂ© nouvelle sur une base ethnique turque (Ă  partir d’un autre modèle europĂ©en), et bientĂ´t, stimulĂ© par la guerre, panturque, pour porter l’offensive dans l’Empire russe. Sur ce chemin, les ArmĂ©niens gĂŞnent et disparaissent. Il n’y a plus de place pour eux (mĂŞme si Ă  partir de la fin des annĂ©es 1960 Lewis rĂ©cuse le mot d’holocauste). Après la dĂ©faite, le kĂ©malisme reprĂ©sente la solution durable : renoncement aux terres musulmanes arabes, aux populations turques du Caucase et de l’Asie centrale, construction d’une identitĂ© turque sur le territoire restant, après expulsion des ArmĂ©niens rescapĂ©s et Ă©change des Grecs, Ă  partir des populations musulmanes prĂ©sentes (Turcs, Kurdes et musulmans rĂ©fugiĂ©s). Une identitĂ© homogène et moderne, l’islam Ă©tant ostentatoirement soumis dans cette nouvelle identitĂ© dont il constitue pourtant la condition de fait. Le premier trait du kĂ©malisme est donc la rupture avec l’Empire ottoman, qui implique l’effacement du passĂ©. Sous cet angle, le silence sur le gĂ©nocide armĂ©nien ne se distingue guère de l’abandon de l’alphabet arabe.

Mais il faut lire un autre historien, le NĂ©erlandais ZĂĽrcher (4), qui s’intĂ©resse moins Ă  l’idĂ©ologie qu’aux parcours des acteurs. Il montre comment la progression foudroyante du kĂ©malisme dans la Turquie occupĂ©e des annĂ©es 1919-1920 est due Ă  l’appui des cadres locaux du comitĂ© Union et Progrès. C’est ce qui permet de comprendre le second trait du kĂ©malisme, dont les consĂ©quences se font surtout sentir sur le traitement du gĂ©nocide armĂ©nien : la solidaritĂ© avec les Jeunes-Turcs, malgrĂ© l’exĂ©cution en 1926 de quelques-uns de leurs dirigeants accusĂ©s de complot. C’est elle qui explique la mise en mausolĂ©e sur la « colline des hĂ©ros » des cendres de Talaat après leur restitution par Hitler en 1942 et de celles d’Enver, autre membre du triumvirat jeune-turc, rendues Ă  la chute du communisme. C’est cela qui explique surtout la solidaritĂ© constante, spontanĂ©e, des gouvernements turcs, Ă  partir de l’essor de la revendication armĂ©nienne, avec les arguments de minimisation et de camouflage du crime prĂ©sentĂ©s dès l’origine, devenus histoire officielle et propagande d’État. On pourrait avancer que n’importe quel État aurait plaidĂ© de mĂŞme, face au puissant voisin qu’Ă©tait l’Union soviĂ©tique en pĂ©riode de guerre froide. Seulement le gĂ©ant communiste s’est effondrĂ©, l’ArmĂ©nie ne reprĂ©sente pas un danger territorial et cette solidaritĂ© a continuĂ©, comme si, de ce cĂ´tĂ©, l’affaire touchait aussi viscĂ©ralement Ă  l’identitĂ© que du cĂ´tĂ© armĂ©nien.

Le retour de la question arménienne en Turquie

Mais cette loi a un corollaire : plus on s’Ă©carte du kĂ©malisme, plus la question armĂ©nienne peut se dĂ©passionner chez les politiques turcs. DĂ©jĂ  Turgut Ozal avait dans les annĂ©es 1980 fait savoir que certains excès de propagande Ă©taient ridicules et contre-productifs, notamment ceux qui font Ă©tat d’une symĂ©trie des pertes, voire d’un gĂ©nocide des Turcs par les ArmĂ©niens, mĂŞme si cela n’a pas empĂŞchĂ©, depuis, l’Ă©rection de contre-stèles dans des villes de l’est de la Turquie. Mais c’est le gouvernement actuel qui a ouvert des portes. Le Premier ministre Erdogan est allĂ© visiter un centre culturel armĂ©nien – première absolue –, pour y cĂ©lĂ©brer des Ă©changes sĂ©culaires, il a laissĂ© se tenir les 24 et 25 septembre dans une universitĂ© privĂ©e un colloque d’intellectuels (première Ă©galement) sur les Ă©vĂ©nements de 1915 (intitulĂ© : « Les ArmĂ©niens ottomans au temps du dĂ©clin de l’empire »), il a suspendu les poursuites engagĂ©es contre l’intellectuel armĂ©nien de Turquie Hrant Dink. Enfin l’analyse sĂ©mantique de ses propos et de ceux de son ministre des Affaires Ă©trangères, Abdullah GĂĽl, montre une distance prise avec la thèse officielle de la nĂ©gation, dĂ©crite comme une donnĂ©e de fait, une position Ă  dĂ©battre, plutĂ´t qu’affirmĂ©e comme une certitude dĂ©finitive.

La pression europĂ©enne est Ă©videmment un facteur dĂ©terminant de ces nouvelles attitudes et elle suscite Ă©galement une vigoureuse rĂ©action nationaliste. Mais ce serait de la myopie de ne pas relever que celle-ci est presque toujours orchestrĂ©e par l’opposition de gauche kĂ©maliste (le Chk de D. Baykal) et mise en œuvre par les appareils d’État (armĂ©e, universitĂ©s publiques, justice). Ce que le gouvernement Erdogan a fait de pire sur la question armĂ©nienne est prĂ©cisĂ©ment ce qu’il a fait avec l’opposition, Ă  savoir la proposition au prĂ©sident armĂ©nien de mettre en place une commission d’historiens. Vieille idĂ©e qui ne peut qu’enfiĂ©vrer la diaspora, Ă  la fois parce qu’elle l’exclut en bilatĂ©ralisant le problème avec la rĂ©publique d’ArmĂ©nie et qu’elle paraĂ®t annoncer un marchandage sur la vĂ©ritĂ© historique. L’action en direction des diasporas turques d’Europe pour qu’elles relayent une propagande antiarmĂ©nienne montre aussi que le changement en Turquie est partiel, fragile et rĂ©versible, Ă  la diffĂ©rence de celui enregistrĂ© dans l’opinion publique europĂ©enne vis-Ă -vis du gĂ©nocide armĂ©nien. Lorsque des groupes de la diaspora turque se livrent Ă  des intimidations physiques et Ă  un chantage Ă  la censure contre toute Ă©vocation du gĂ©nocide, comme Ă  la mi-juin 2006 contre deux photos d’A. Agoudjian au sein d’une exposition Ă  Valentigney dans le Doubs, il est urgent de les faire condamner et de stopper ce processus d’identification collective dans la haine.

Mais deux Ă©lĂ©ments de ce changement sont extrĂŞmement importants et d’ailleurs liĂ©s. Le premier est l’Ă©mergence d’un courant d’intellectuels, de membres de la sociĂ©tĂ© civile, qui comprennent des historiens eux-mĂŞmes soucieux de ne pas apparaĂ®tre comme des historiens, mais plutĂ´t comme des citoyens. Ces personnalitĂ©s reprĂ©sentent l’aile humaniste de la sociĂ©tĂ© civile sur laquelle s’appuie, paradoxalement Ă  nos yeux d’Occidentaux, l’Akp contre « l’État profond » laĂŻc et nationaliste. Ils ont fait de la question armĂ©nienne une question qui leur appartient et met en jeu l’identitĂ© future de la Turquie, par rapport Ă  ses minoritĂ©s et Ă  l’Europe. Cet engagement politico-intellectuel trouve un relais dans une vĂ©ritable et nouvelle curiositĂ© populaire pour les ArmĂ©niens, manifestĂ©e par le succès d’une exposition photo sur leur vie au dĂ©but du xxe siècle et, plus troublant, par le succès du rĂ©cit (5) d’une journaliste qui a appris de sa grand-mère sur le tard qu’elle Ă©tait armĂ©nienne islamisĂ©e pendant le gĂ©nocide. Le tabou d’État n’est plus seulement contestĂ© par les plaintes des familles armĂ©niennes, mais par la rĂ©vĂ©lation de secrets de familles turques et kurdes.

Le second est constituĂ© par l’affirmation, au sein de ces cercles, d’intellectuels armĂ©niens qui se revendiquent comme tels et dont la figure de proue est Hrant Dink. Autour d’eux, pour la première fois depuis le gĂ©nocide, les ArmĂ©niens de Turquie sortent de la survie pour rĂ©accĂ©der Ă  la vie publique (et, ironiquement, accueillir des immigrants de la rĂ©publique d’ArmĂ©nie !).

Le gĂ©nocide de 1915 n’est pas la Shoah : une entrĂ©e pour un travail de mĂ©moire

Ces rĂ©alitĂ©s, prĂ©caires mais historiquement très significatives, doivent ĂŞtre prises en compte, Ă  leur double niveau, celui de la sociĂ©tĂ© civile et celui de la politique. Au niveau de la sociĂ©tĂ© civile, un travail commun de mĂ©moire pourrait commencer, qui implique, avec les ArmĂ©niens de Turquie, des membres des diasporas. Il ne faut pas se cacher qu’une grande partie de ces intellectuels turcs ne prononcent pas encore le mot de gĂ©nocide, non par peur ou absence de conviction, mais par un souci de ne pas faire dĂ©railler le processus. Cette abstention irrite la majoritĂ© de la diaspora qui craint de voir se dessiner un second recul : après la renonciation de fait Ă  la revendication des territoires, une rĂ©signation Ă  accepter des excuses limitĂ©es et sans consĂ©quences. Mais cette abstention permet en contrepartie d’Ă©largir la mise en mĂ©moire des relations turco-armĂ©niennes, comme on le voit dans la rĂ©surgence de la question des ArmĂ©niennes islamisĂ©es. Cet Ă©largissement ne doit pas ĂŞtre une dilution, mais faire droit Ă  tout ce qui distingue ce gĂ©nocide de la Shoah et en quelque sorte la dĂ©borde. Le sort des ArmĂ©niens n’est pas la Shoah semble dire en effet aujourd’hui l’opinion moyenne turque, qui s’est distanciĂ©e de la propagande de nĂ©gation mais rappelle la motivation d’abord « politique » de l’entreprise, pour rĂ©clamer ainsi des mĂ©nagements sur le mot. Mais cette diffĂ©rence est Ă  double entrĂ©e, et la deuxième entrĂ©e, celle par laquelle l’extermination de 1915 dĂ©borde par ses suites la Shoah, peut ĂŞtre celle d’un travail de mĂ©moire commun. L’expulsion d’une vie et d’une terre qui avait reprĂ©sentĂ© les trois quarts du berceau de la civilisation armĂ©nienne reprĂ©sente une souffrance diffĂ©rente (le dernier film de GuĂ©diguian Le voyage en ArmĂ©nie dit cet attachement Ă  la terre, symbolisĂ© par l’amour du mont Ararat « restĂ© » en Turquie). Et le dĂ©ni de vĂ©ritĂ© et de justice opposĂ© pendant si longtemps aux rescapĂ©s et Ă  leurs descendants est une souffrance supplĂ©mentaire. Le critère pour choisir ceux avec qui dialoguer n’est donc pas, selon moi, la formulation prĂ©alable du mot, mais l’intention droite de ceux qui reconnaissent qu’un tort immense a Ă©tĂ© commis vis-Ă -vis d’un million d’innocents, qui veulent sortir leurs concitoyens de l’ignorance de ces souffrances et chercher les formes de rĂ©paration adaptĂ©es. Ce faisant, ils commencent Ă  donner un contenu de fait, au-delĂ  des mots, Ă  la reconnaissance. Ce critère me paraĂ®t rempli par les intellectuels qui ont signĂ© dans LibĂ©ration (6) une lettre mettant en garde contre les dangers d’une loi sur la pĂ©nalisation : « Aucun ĂŞtre dotĂ© d’humanitĂ© ne saurait nier la barbarie en 1915. Toute quĂŞte d’une justification Ă  son sujet serait vaine. »

Sur le plan politique, la complication est double. La première est turque et vient de ce qu’on pourrait appeler la difficultĂ© Ă  rĂ©gler le niveau de pression. La pression graduelle de l’Europe, qui n’a pas fait de la reconnaissance une condition expresse Ă  l’adhĂ©sion, a eu en 2004-2005 des effets positifs, en permettant Ă  l’Akp de lever des tabous et de dĂ©sarmer quelque peu les nationalistes. Mais en 2006, Ă  un an des Ă©lections turques, le climat a changĂ© et la poussĂ©e nationaliste est perceptible. Les ArmĂ©niens ne doivent pas renoncer Ă  rappeler leur revendication, mais il serait sans doute sage de la raffermir au lendemain de ces Ă©lections turques, en obtenant alors de l’Europe qu’elle lie expressĂ©ment l’adhĂ©sion Ă  la reconnaissance du gĂ©nocide. La prospĂ©ritĂ© Ă©conomique de ce pays est, dans ce contexte, un atout, et pas un obstacle, pour un tournant symbolique majeur.

La seconde complication est française. Le dĂ©bat sur l’entrĂ©e de la Turquie en Europe a renforcĂ©, au sein d’une communautĂ© traditionnellement plus liĂ©e Ă  la gauche, les tenants du non de principe Ă  la Turquie, et singulièrement Philippe de Villiers. Ce contexte politique, auquel s’est ajoutĂ©e l’indignation devant les profanations de Lyon, explique le succès de la proposition faite par le parti dachnak, majoritaire dans la diaspora, Ă  son alliĂ© socialiste de dĂ©poser la proposition de pĂ©nalisation. Face Ă  ceux qui excluent la Turquie, le PS devait concrĂ©tiser sa ligne d’accord de principe mais sous conditions, dont celle de la reconnaissance. Mais la voie qu’il a choisie reprĂ©sente une impasse et, pire, un double jeu. Sa responsabilitĂ© politique, et mĂŞme historique, quand on se souvient du rĂ´le de Jaurès dans la dĂ©fense des ArmĂ©niens, devrait ĂŞtre d’obtenir une dĂ©claration commune sur le gĂ©nocide avec une force politique turque. Le malheur pour lui est que son homologue au sein de la 2e internationale est le Chk, encore plus bureaucratique et chauvin depuis que Kemal Dervis s’en est retirĂ©. Si le PS et ses alliĂ©s armĂ©niens ne se donnent pas comme prioritĂ© de changer leur alliĂ© en Turquie en fonction du critère armĂ©nien, leurs initiatives ne seront que poudre aux yeux (7). Ils devraient, pour commencer, chercher Ă  faire pression commune avec leurs homologues allemands, qui ont aussi bougĂ© par rapport Ă  la Turquie.

Le film de GuĂ©diguian se termine par un rĂŞve : celui du vieux chauffeur de taxi qui constate que l’Ararat n’est rien pour les Turcs alors qu’il est tout pour les ArmĂ©niens et dĂ©clare que le jour oĂą ils le rendront – car ils le rendront après l’avoir constatĂ© – il ira fumer sa cigarette sur ses pentes. Des rĂŞves redeviennent possibles. Pour aider Ă  leur rĂ©alisation, il faut trouver les bons interlocuteurs.

Michel Marian

1. Emmanuel Terray, Face aux abus de mémoire, Paris, Actes Sud, 2006.
2. Anthropologie III 2 c (Ă©d. Garnier-Flammarion, p. 307).
3. Je les ai moi-même appelés « tribunaux fictifs » dans une contribution cosignée avec G. Malkassian à une brochure publiée par la Jeunesse arménienne de France et Aircrige en 2006 : Amnésie internationale, la responsabilité des États.
4. M. Zürcher, The Young Turk Factor, voir aussi le débat dans Esprit (février 1999) autour de la controverse sur A. Veinstein.
5.<220>Fetiye Cetin, le Livre de ma grand-mère, La Tour-d'Aigues, L'Aube, 2006.
6. Libération, « Rebonds », 1er mai 2006.
7. Je ne parle pas des actions positives comme le mémorial de Lyon ou la brochure sur le génocide voulues par G. Collomb et J.-P. Huchon.



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