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"Elections et diasporas : un cordon sanitaire contre tous les extrémismes"
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Tip O'Neill, qui fut dans les années 80 président de la Chambre des représentants à Washington, avait coutume de dire qu'en politique tout se joue au niveau local. Et ce solide Irlando-Américain savait de quoi il parlait. Le réseau de proximité qu'il avait tissé dans les quartiers populaires de Boston s'occupait très sérieusement des nids de poule et de la sécurité aux abords des écoles.

Mais Tip O'Neill savait aussi que, dans un pays fondé sur l'immigration, toute politique, même locale, est par essence transnationale. Dans son État du Massachusetts, la présence d'une puissante communauté d'origine irlandaise imposait à tout candidat à une fonction publique, même au poste de dog catcher (la fourrière municipale), de prendre parti à propos du conflit en Irlande du Nord.

À Miami, où les Cubains sont majoritaires, les élections municipales portent autant sur Fidel Castro que sur l'éclairage public. À Manhattan, où réside une importante communauté juive, la position des candidats sur le conflit israélo-palestinien est aussi déterminante que leurs promesses sur la rénovation urbaine. À Los Angeles, face à deux millions de Mexicains, aucun candidat ne peut se permettre d'ignorer ce qui se passe au sud du Rio Grande.

La Belgique a traditionnellement échappé à cette intrusion de la politique étrangère dans ses débats politiques locaux. Toutefois, cette période où les candidats bourgmestres pouvaient se retrancher derrière les murailles de leurs bonnes et aimables villes est terminée. Le poids croissant des citoyens issus de l'immigration et l'octroi du droit de vote aux étrangers non européens aux élections communales changent peu à peu la donne. Dans de nombreuses villes, les partis politiques doivent tenir compte des communautés qui ont gardé de solides attaches avec leur pays d'origine et introduisent, à l'occasion, des préoccupations « étrangères » au sein des enjeux politiques locaux.

Cette évolution soulève des problèmes inédits. L'attention accordée par le monde politique aux préoccupations des diasporas est une nécessité et un levier de leur engagement civique mais, comme l'illustre l'exemple américain, elle doit être clairement balisée. Pour le professeur Tony Smith, auteur du livre Foreign Attachments, une étude très fouillée des groupes ethniques aux Etats-Unis, la participation des diasporas aux débats de politique étrangère est certes éminemment légitime mais elle a eu « un impact généralement négatif » car elle a amené trop souvent le gouvernement américain à défendre des intérêts communautaires particuliers et non l'intérêt général de la nation.

L'interrogation est encore plus essentielle lorsque ce sont les valeurs fondamentales d'une démocratie et non plus ses intérêts économiques ou géopolitiques qui sont mises en cause. En Belgique, l'une des premières controverses surgies dans le cadre de cette nouvelle réalité diasporique a été provoquée par la question du génocide arménien. Alors que l'immense majorité des historiens les plus sérieux, les personnalités les plus illustres - de Desmond Tutu à Elie Wiesel - et les intellectuels turcs les plus courageux soutiennent, comme l'écrivait encore le 16 mai dernier le New York Times, que « plus d'un million d'Arméniens ont péri entre 1914 et 1923 au cours d'une campagne orchestrée par l'État (ottoman) », les principales associations de l'immigration turque relayent la politique de négationnisme d'État qui est pratiquée par Ankara. Conscientes de leur poids électoral, elles ont réussi à créer un flottement et le brouillage de repères au sein même de partis politiques qui avaient signé la résolution sénatoriale de 1998 reconnaissant le génocide arménien. L'année dernière, elles ont accueilli comme une victoire le report du débat sénatorial sur l'extension aux génocides tutsi et arménien de la loi condamnant la négation de l'Holocauste.

Cette controverse montre la ligne rouge à ne pas franchir. Le dialogue avec des communautés d'origine étrangère doit se fonder sur des valeurs universelles et irréfragables de vérité et d'humanité. Il ne peut en aucun cas conduire à la compréhension, même embarrassée, de thèses qui nient les évidences de l'histoire, aux dépens des principes les plus essentiels de la démocratie et des droits de l'homme.

Toute concession sur ce point insulte la mémoire des victimes, elle renforce les milieux ultras au sein de l'immigration et dès lors dessert le travail d'intégration. Elle trahit aussi ceux qui, en Turquie, à l'exemple de l'écrivain Orhan Pamuk, de la romancière Elif Shafak ou du journaliste Hrant Dink, bravent les lois et les intimidations pour pouvoir parler d'un sujet tabou et qui posent ainsi les bases d'une réconciliation turco-arménienne fondée sur la vérité et la liberté de pensée.

La tolérance n'est pas la coexistence avec l'intolérance ni l'accommodement avec l'intolérable. Le cordon sanitaire ne doit pas seulement être établi autour du Vlaams Belang ou du FN, mais aussi autour de tous les extrémistes et de tous les « assassins de la mémoire. »

Jean-Paul Marthoz

Directeur éditorial de la revue "Enjeux internationaux"



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