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1915 : les Arméniens possédaient la moitié de Diyarbékir
Publié le : 06-11-2009

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous livre la traduction d’un article en anglais paru dans Agos, le journal arménien de Turquie. Vartkes Ergün Ayık, directeur du Comité exécutif de la Fondation caritative arménienne de l’Église Saint Guiragos à Diyarbékir* explique que la Fondation est engagée dans une action totale pour assurer le retour de ses biens immobiliers et restaurer l’église de Diyarbékir. Le responsable aux archives turques du Bureau d’Enregistrement des Terres (cadastre) de la ville a déclaré aux Arméniens de la Fondation : « Il fut un temps où la moitié de Diyarbékır vous appartenait. » Depuis le génocide de 1915 et l’extermination de la population arménienne de l’Empire ottoman, « deux à trois mille églises et monastères arméniens situés en Turquie, ont été détruits ou laissés à l’abandon. Combien en reste-t-il aujourd’hui ? Si l’église Saint Guiragos s’écroule, une autre trace d’une immense histoire va être anéantie. Les mots disparaissent et sombrent dans l’oubli, mais les empreintes de la civilisation perdurent. » Un article saisissant qui donne un aperçu de l’ampleur de la perte subie par le peuple arménien. Quatre Arméniens de Turquie essayent de sauver ce qui appartient à la mémoire de l’humanité.

“Nous récupèrerons nos biens”

Mayda Saris



25 octobre 2009

Vartkes Ergün Ayık, directeur du Comité exécutif de la Fondation caritative arménienne de l’Église Saint Guiragos à Diyarbékir, déclare que de nombreux bâtiments et bureaux du gouvernement se trouvent sur des propriétés de fondations et explique que ce changement de main des propriétés n’est pas entièrement clair.

Si les Fondations arméniennes ont enregistré 262 demandes au Directorat Régional des Fondations pour le retour de biens immobiliers enregistrés, mais confisqué par l’État turc, c’est Diyarbakır, qui abrite 190 biens de fondations arméniennes, situés dans 29 quartiers, qui est devenu le centre de l’attention. Vartkes Ergün Ayık, directeur du Comité exécutif de la Fondation caritative arménienne de l’Église Saint Guiragos à Diyarbékir, a partagé les détails de ce sujet avec les lecteurs d’Agos. La Fondation a dû faire enregistrer sa demande sur une base de voisinage par manque de pièces justificatives suffisantes. Le Comité exécutif s’est engagé dans une action totale pour assurer le retour des biens immobiliers de la Fondation et restaurer l’église de Diyarbékir.

Yetesia Tırtır, Président de la Commission mixte de l’Immobilier, qui a parlé à Agos des efforts engagés pour assurer le retour des propriétés confisqués, a mentionné le fait que vous aviez trouvé un registre contenant une liste des propriétés à Diyarbékır. Quand ce registre s’est-il retrouvé en votre possession ?

La première chose que nous avons faite lorsque nous avons commencé à travailler il y a deux ans fut d’aller dans l’église de Saint Guiragos et de l’explorer. Nous avons trouvé des documents couverts de poussière et de saletés dans une pièce de l’église, qui était dans un état épouvantable. Nous avons transporté ces trois sacs de documents. Nous les avons classés. Le plus important de ces documents était le registre arménien contenant une liste des biens immobiliers appartenant aux Fondations arméniennes de Diyarbékır. Nous avons fait traduire ce registre en turc.

Est-ce que toutes les propriétés appartenant à votre Fondation se trouvent dans ce registre ?

Oui, les 190 propriétés dans 29 quartiers voisins sont enregistrées. Nous n’avons pas d’autres documents concernant ces propriétés. Il faudra enquêter au cas par cas. Par exemple, les noms de la plupart des endroits ont changé aujourd’hui, par conséquent une enquête méticuleuse doit être menée.

Faudra-t-il porter l’affaire devant les tribunaux pour toutes les propriétés ?

Tous nos cas doivent être traités par un tribunal. Parce qu’en pratique, vous devez utiliser les biens qui font l’objet d’un procès. En d’autres mots, vous utilisez l’endroit, donc il est évident qu’il vous appartient, mais vous n’avez pas de titre de propriété, donc vous déposez un dossier auprès du tribunal. Notre situation est différente. Nos propriétés immobilières enregistrées sont utilisées par d’autres personnes. Cependant, nous déposerons des dossiers auprès du tribunal pour qu’il y ait des traces de tout cela.

Comment allez-vous financer des centaines de procès ?

Ces cas exigent un vaste budget. Ils impliquent de nombreux honoraires et de grosses dépenses. Nous allons préparer un rapport et le présenter au VADİP (Plateforme pour la Solidarité et la Communication entre les Fondations), car ceci appartient à nous tous. Nous devons faire tout ce qui est nécessaire de faire. Ce sera une contribution importante, même si nous réussissons à ne récupérer qu’une partie de nos biens.


Avez-vous d’autres données intéressantes dans ce registre ?

À la fin du registre, il y a une liste des biens mobiliers de l’église en 1924 – meubles et marchandises, tapis etc. Malheureusement, rien de tout ceci n’existe plus aujourd’hui. Il y a également des propriétés enregistrées au nom du Monastère Saint Jacques à Jérusalem; nous avons fait des dossiers pour ces propriétés aussi. J’ai informé Aram Sırpazan** [Nota CVAN : l'actuel primat du catholicossat de la Grande Maison de Cilicie ***], je pense qu’il a transmis l’information à Jérusalem à ce sujet.

Avez-vous des biens sans titre de propriétés ?

Lorsque nous avons pris nos fonctions, Aram Sırpazan nous a donné 48 titres. Ils datent tous de 1952-56. Sur le papier, nous sommes propriétaires. Cependant, lorsque nous avons étudié la situation sur le terrain, nous avons malheureusement découvert des bâtiments, des immeubles d’habitation à plusieurs étages et des bureaux gouvernementaux sur beaucoup de nos terres. Comment ont-ils réussi à les acquérir, cela n’est pas très clair.


Avez-vous déposé des dossiers pour cela aussi ?

Nous avons pu retrouver 19 biens sur les 48, et nous les avons récupérés. Il y a déjà deux églises dont la Fondation est propriétaire : Saint Guiragos et Saint Sarkis [Saint-Serge]. Les autres sont diverses maisons et magasins situés autour des églises. Nous avons à présent déposé un dossier de jugement pour sept vastes propriétés (5000-7000 mètres carrés) situées en centre ville. Toutes les sept se trouvent dans le quartier de Köşkler. L’étape retrouver est terminée, maintenant c’est l’étape action qui commence. C’est-à-dire que nous allons exiger que nos propriétés nous soient rendues.


Vous parlez de vastes terrains…

Lorsque nous avons commencé l’enquête, nous n’arrêtions pas d’aller dans les archives du Bureau d’Enregistrement des Terres (cadastre). Le responsable en charge de ces vieux registres était stupéfait à chaque visite. Une fois, il a dit : “Il fut un temps où la moitié de Diyarbékır vous appartenait.” Il est impossible d’entendre cela et de rester indifférent.

Récemment, le cimetière de Diyarbakır a attiré l’attention à cause des funérailles d’Aram Dikran. Il y a-t-il un titre de propriété pour ce cimetière ?

Ce cimetière est également situé dans le quartier de Köşkler et nous avons son titre de propriété. Mais, c’est une situation intéressante. Le titre stipule que la surface du cimetière est de 1080 mètres carrés. Cependant, nous avons mené une enquête sur le passé du cimetière et les résultats sont au-delà de vos rêves. Le cimetière à l’époque couvrait une surface de 20 000 mètres carrés ! L’État l’a divisé encore et toujours, et il a réduit le cimetière à sa surface actuelle.

Quel genre de bâtiments ont été construits sur les terres appartenant à la Fondation ?

De vastes complexes ont été construits sur ces lieux. Par exemple, sur l’un d’eux il y a les bâtiments de l’Usine Hydraulique (State Hydraulic Works) et sur un autre une école professionnelle. Nous les avons identifiés. Comment ces changements sont-ils survenus - est-ce que l’État les a confisqués ? Est-ce que l’État les a morcelés ? Ou les a-t-il utilisés en l’état parce qu’il n’avait pas d’information à leur sujet ?

Il est difficile d’obtenir des informations précises.
Des certificats de titres d’allocation de la propriété ont été émis pour certains d’entre eux. Par exemple, cinq ou six certificats de titres attestent d’un terrain de 5000 mètres carrés. Cependant, les autres sont des titres portant sur 100, 150, 200 mètres carrés, ce qui ne couvre que 20% de la superficie totale. Il y a beaucoup de points d’interrogation. Comment ces certificats ont-ils été émis ? Nous explorons toutes les voies.

Il y a-t-il eu des problèmes avec les locataires ?

Il y avait des locataires dans les bâtiments. Vous n’allez pas le croire, mais les loyers étaient de l’ordre de cinq lires, dix lires. Malgré cela, les locataires ne payaient pas leur loyer depuis des années. Nous avons renouvelé leurs contrats. Les chiffres tournent autour de 80 lires, 100 lires : donc des loyers peu élevés. Mais la chose importante, c’est qu’ils sont tous déclarés à présent. C’est un grand avantage; si nous réussissons à restaurer l’église de Saint Guiragos, elle survivra grâce aux revenus de ces locations.

Il y a-t-il des informations sur le nombre de Fondations qui existaient à Diyarbakır dans le passé ?

Nous n’avons qu’une seule fondation à Diyarbékır depuis 1950. Nous n’avons pas de compréhension totale pour une date plus ancienne, mais trois noms sont mentionnés : Saint Sarkis, Saint Guiragos et Hıdır İlyas. En d’autres mots, le nom de notre Fondation est “Saint Sarkis, Guiragos, Hıdır İlyas”. Les trois Fondations semblent avoir fusionné.

L’Église de Saint Guiragos était en bon état jusqu’en 1980. Pourquoi est-elle dans un tel état de destruction aujourd’hui ?

Tout d’abord, une toute petite partie du plafond est tombée. Puis, un manque d’entretien et de réparations a mené à l’état dans lequel elle se trouve aujourd’hui.

Il y a t-il des développements concernant le travail de restauration ? Vous avez lancé un appel d’offres, a-t-il pris fin ?

Oui, c’est terminé. Nous avons reçu des offres et nous les avons examinées, mais le gagnant n’a pas encore été annoncé. Ce sera décidé lors d’une réunion que nous tiendrons dans deux jours.

Combien d’entreprises ont participé à l’appel d’offres ?

Seules trois entreprises ont répondu, parce que le travail est très difficile. Nos spécifications sont aussi assez difficiles. Nous avons dit aux entreprises que nous pourrions aussi utiliser les donations que nous récolterions. Par exemple, quelqu’un a promis de fournir le bois de construction qui sera utilisé pour la restauration.

Et donc, nous remettrons ce bois à l’entreprise et nous le déduirons de la facture. Ceci ne satisfait pas toutes les entreprises. Nous avons dit : “La priorité va avant tout à la restauration du toit.” Même si nous n’avons pas d’argent, nous nous débrouillerons pour en avoir et reconstruire le toit. Nous en avons pris la responsabilité. Et pourtant, si après cela nous n’avons pas d’argent, l’entrepreneur devra attendre que nous trouvions de l’argent ou partir. Dans ces conditions, l’appel d’offres n’est pas très attrayant en termes de rentabilité. Mais il y a un autre aspect à ce projet; s’il aboutit, ce sera une référence très importante tant pour l’architecte que pour l’entreprise engagée.

Nous avons divisé la restauration en trois étapes. Premièrement, le toit de l’église sera reconstruit. C’est un monument intéressant. Tant les murs que les cintres surplombant les colonnes possèdent un plaquage de pierre avec un remplissage de pierre et de mortier. Si le toit est ouvert, la neige et la pluie endommagent gravement l’église. On ne sait pas si l’église pourra survivre encore un an dans ces conditions. Si les cintres et les colonnes s’écroulent, le travail sera rendu encore plus difficile et le prix augmentera.

En ce moment, nous nous efforçons de faire reconstruire le toit. Nous ferons ce qu’il est nécessaire de faire. Et s’il le faut, nous lèverons des fonds entre nous pour achever le toit.

Avez-vous des difficultés à lever des fonds ? Est-ce que la communauté à l’étranger s’intéresse à ce sujet ?

La municipalité a promis de contribuer. Nous avons aussi récolté des fonds. Nous avons pris quelques contacts à l’étranger. Cependant, nous avons l’impression que pour être en mesure de recevoir des contributions significatives, en provenance de l’étranger, nous devons d’abord entamer la restauration sur le site.

Ils ont peut-être du mal à croire que ce travail sera vraiment réalisé ?

Il y a des doutes des deux côtés : premièrement, serons-nous capables d’accomplir cela ? Deuxièmement, est-ce que les gens de Diyarbékır, est-ce que les municipalités le permettront ?

Comment voyez-vous la situation ?

En fait, jusqu’à aujourd’hui, les municipalités de la région, le bureau du gouverneur, le bureau du maire, le Comité des Monuments, le Directorat général des Fondations, tous désirent que cela soit réalisé. Sinon, cela serait impossible, même si vous aviez 50 millions de dollars cash. Nous devons utiliser au mieux cette bonne atmosphère. La municipalité a promis de financer un tiers des coûts, et nous réunirons le reste.

Est-ce que cela s’est avéré être plus un sujet d’intérêt pour les gens de Diyarbékır ?

J’ai parlé à d’anciens résidents de Diyarbakır. Mais cela appartient à la communauté en tant qu’entité, alors tout le monde devrait s’y intéresser. J’ai parlé à Viken Sırpazan à Washington, à Khajag Sırpazan à New York; ils ont une approche positive. Notre ami de Diyarbékır, Hrant Gülyan qui vit à présent aux USA, fera venir un groupe de 100-150 personnes à Diyarbékır l’été prochain. S’ils voient que le travail a déjà débuté lorsqu’ils arriveront, ils seront très impressionnés.

Avez-vous fait une demande de subvention auprès de l’Union européenne ?

Nous l’avons fait, mais le budget 2009 était bouclé, alors nous ferons une nouvelle demande pour 2010. J’ai également parlé au Consul américain d’Adana, et je l’ai emmené à Diyarbékır et à l’église. Il a montré un grand intérêt. Si la reconstruction débute, nous retournerons voir toutes ces personnes. Nous faisons de notre mieux pour faire de la publicité pour cet événement.

Il y a-t-il eu des attitudes négatives ?

Malheureusement, des voix de notre propre communauté se font aussi entendre : “Il n’est pas nécessaire de dépenser autant d’argent pour ça. Il n’y a plus d’Arméniens ici de toute façon.” Mais bien sûr, il n’y a pas d’opposition puissante. La majorité est plus sensible et en faveur de la sauvegarde d’un tel monument historique. Au début du siècle, il y avait 2000 à 3000 églises en Anatolie. Combien en reste-t-il aujourd’hui ? Si celle-ci s’écroule aussi, une autre trace d’une immense histoire va être anéantie. Les mots disparaissent et sombrent dans l’oubli à un moment ou à un autre, mais les empreintes de la civilisation perdurent.

Il ne doit pas être facile de mener un tel travail. Combien êtes-vous au Conseil exécutif de la Fondation ?

Nous ne sommes que quatre. Dans le passé, ceux qui ne résidaient pas dans la ville même n’avaient pas le droit de travailler à la Fondation. Après la disparition de cette condition de résidence à Diyarbékır, nous avons immédiatement mis sur pied une équipe. Je ne savais même pas que mon nom faisait partie de cette équipe créée par Aram Sırpazan. Nous avons commencé par un groupe de six. Un de nos amis est décédé, un autre a démissionné, nous ne sommes donc plus que quatre.

Ces quatre personnes font actuellement d’immenses efforts pour récupérer l’histoire de Diyarbékır et les biens immobiliers appartenant à leur Fondation. Soutenir leurs efforts revêt une importance capitale, car outre le fait de recouvrer les biens de la Fondation, l’église Saint Guiragos, une fois restaurée, sera un cadeau non seulement aux Arméniens mais à toute l’humanité.

©Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN - 6 novembre 2009 - www.collectifvan.org

*Diyarbékır ou Diyarbakır, ville du sud-est de la Turquie de 855 389 habitants : les Kurdes constituent actuellement la majeure partie de la population de la ville. Jusqu'au génocide arménien de 1915, la région était fortement peuplée d’Arméniens.

** Le terme de « Serpazan » ou « Sırpazan » selon l’alphabet turc, est un mot arménien signifiant « Evêque ».
*** Sa Sainteté Aram Ier est l'actuel primat du catholicossat de la Grande Maison de Cilicie (depuis le 28 juin 1995). Le catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, catholicossat de Cilicie ou catholicossat de Sis est une juridiction autocéphale de l'Église apostolique arménienne. Le chef de l'Église porte le titre de Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, avec résidence à Antélias près de Beyrouth au Liban.


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Source/Lien : AGOS



   
 
   
 
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