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Progressivement, Ankara autorise la langue et la culture kurdes à sortir de la clandestinité
Publié le :

LE MONDE | 09.12.09 | 15h07 • Mis à jour le 09.12.09 | 20h32

Istanbul Correspondance

C'est le premier signe visible de la reconnaissance de la langue kurde en Turquie. Des panneaux signalétiques bilingues, en turc et en kurde, sont apparus autour de Diyarbakir (sud-est), fin novembre. Des noms de villages enfouis dans les mémoires resurgissent. Au-dessous du nom turc, imposé par Ankara, figure désormais le nom d'origine. Le village de Yesildalli, par exemple, retrouve son appellation kurde : Hewarê Xas.

Cette mesure, impensable il y a quelques années, est l'une des réformes proposées par le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan pour tenter de réconcilier la Turquie avec sa minorité kurde, forte de 15 millions de personnes (sur 71,5 millions d'habitants) . Une guerre civile oppose en effet depuis vingt-cinq ans l'armée et les rebelles du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). La langue kurde sort de la clandestinité après avoir été longtemps niée et interdite en public.

A une heure de Diyarbakir, un département des langues régionales va ouvrir au sein de l'université dans la cité multiethnique de Mardin. L'arabe, le syriaque et le kurde y seront enseignés. Depuis quelques mois, le standard de la police de la ville de Batman et celui du gouvernorat de Diyarbakir répondent également en kurde.

"L'autorisation de l'usage d'autres langues que le turc dans les services sociaux et religieux, ainsi que pour les campagnes électorales", a été annoncé par le ministre de l'intérieur, Besir Atalay. L'Etat turc concède ainsi une ouverture pour répondre aux attentes de 20 % de ses administrés dont la langue maternelle est le kurde. Pour certains, notamment les femmes, le turc reste une langue parfaitement étrangère.

Dans les villages, les enfants kurdes sont souvent écartelés entre la langue du foyer et celle de l'école. Cette schizophrénie, cause d'un échec scolaire massif, est racontée pour la première fois dans le documentaire Deux langues, une valise, réalisé par deux jeunes cinéastes et sorti en octobre. Le film suit le travail d'un instituteur de 21 ans, originaire de l'ouest de la Turquie, parachuté pour son premier poste dans la classe unique d'un village déshérité du Sud-Est.

"Nous avons voulu filmer cette communication impossible entre prof et élèves. Et montrer cette situation ridicule : les enfants qui ne savent pas parler turc, mais peuvent réciter par coeur l'hymne national", explique Özgür Dogan.

Le réalisateur raconte que dans les années 1980, son instituteur le battait quand il parlait kurde à l'école. "C'est en train de changer, ajoute-t-il. Quand l'instituteur de notre film est arrivé dans le village, il n'avait aucune idée du problème kurde, c'était la première fois qu'il venait dans l'Est."

Changement spectaculaire

Le festival international du film d'Antalya s'est lui aussi attaqué au tabou en projetant, en octobre, Min Dit, un film entièrement tourné en kurde sur les exactions commises par l'armée turque contre les populations dans les années 1990. En décembre, Diyarbakir inaugurera son premier festival de cinéma kurde. Et une pièce en kurde a été jouée cet automne au théâtre national de la ville. Formellement interdit en public jusqu'en 1991, le kurde refait donc surface. Les chanteurs populaires, comme Ahmet Kaya, mort à Paris en 2000, ou Sivan Perwer, exilé en Europe, ne se vendent plus sous le manteau.

La détente amorcée par le gouvernement sur les droits culturels et linguistiques des Kurdes met fin à plusieurs décennies de négation. Dans les années 1960, un rapport officiel de l'Institut de recherche sur la culture turque affirmait que le kurde était "un ensemble de dialectes d'origine turque, dégénérés après avoir été trop longtemps isolés dans les montagnes de l'Est". Aujourd'hui, son identité propre est reconnue, sa pratique autorisée jusqu'au parloir des prisons. Une chaîne de télévision étatique, TRT 6, diffuse en kurde depuis janvier. La libéralisation complète des ondes est prévue en 2010.

Le changement est spectaculaire. Jusqu'à peu, Abdullah Demirbas, le maire de Sur, à Diyarbakir, était traîné devant la justice à chaque fois qu'il employait sa langue maternelle. En 2007, l'Etat l'avait démis de ses fonctions pour avoir proposé à ses administrés des services multilingues.

Aussitôt réélu, l'édile a repris son combat : il propose désormais des cours de kurde gratuits aux employés de sa municipalité et finance des cours du soir pour les enfants. Mais il reste encore sous le coup de 23 procès... "Ce sera plus facile pour mes enfants de parler kurde, veut-il croire. Mais il faut que la Turquie autorise l'enseignement dans la langue maternelle." Une éventualité que rejette pour l'instant le gouvernement.

Guillaume Perrier
Article paru dans l'édition du 10.12.09




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Source/Lien : Le Monde



   
 
   
 
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