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« Il est encore temps de changer la nouvelle diplomatie de la cause arménienne »
Publié le :

FRANCE

jeudi17 décembre 2009, par Stéphane/armenews

par Harout Mardirossian

Ci-joint la copie du discours prononcé par Harout MArdirossian à l’espace Cardin le 15 novembre lors du meeting organisé par la FRA.

Chers amis, chers compatriotes, mes camarades,...

Je ne vous surprendrais pas en vous disant que le CDCA est, en l’état, totalement opposé à la ratification des protocoles armeno turcs. Le CDCA étant la commission diplomatique de la FRA je ne vous surprendrais pas non plus en vous disant que je vais concentrer mon intervention sur les conséquences diplomatiques et les dangers gravissimes que ces protocoles font courir sur la Cause arménienne. Je le fais avec d’autant plus d’émotion que c’est sans doute ma dernière intervention en tant que président du CDCA après près de huit années d’exercice.

Aussi j’aimerais partager avec vous ces quelques réflexions :

Premièrement, il est clair qu’en matière diplomatique et dans les succès de la Cause Arménienne, il y aura un avant et un après signature des protocoles :

- il est désormais clair que la diplomatie turque utilisera, comme elle le fait avec les négociations sur Chypre, l’argument des négociations en cours afin de stopper toute avancée de la Cause arménienne.
- Aux Etats Unis, cela va bloquer le processus de reconnaissance du génocide arménien par le Congrès et par la Présidence OBAMA. On l’a vu le 24 avril dernier où la seule promesse de discuter en vue d’un accord a suffit à faire changer le message présidentiel ;

- Au sein de l’union européenne, cela va geler la mise à l’ordre du jour de la question de la reconnaissance et de la réparation du génocide arménien comme condition de l’adhésion de la Turquie à l’union européenne.

Et l’encre de Zurich n’était pas encore sèche que le rapport de la commission européenne sur la Turquie publié deux jours plus tard reprenait déjà cet argument en saluant les efforts de rapprochement avec l’Arménie et la mise en place d’une Commission intergouvernementale sur la mémoire commune pour balayer toute mention relative à la nécessaire reconnaissance du génocide arménien comme préalable à l’adhésion à l’Union européenne puisque en dépit de ces engagements, l’union européenne avait déjà failli en n’en faisant pas un critère préalable à l’ouverture des négociations.

Cela bloquera de la même façon les efforts réalisés en faveur de l’intégration de la négation du génocide arménien dans la directive contre le négationnisme en Europe.

- En France, maintenant, il est clair que les protocoles vont repousser aux calendes grecques la mise à l’ordre du jour du Sénat de la Proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale visant à pénaliser la négation du génocide arménien.

Aux objections de certains historiens et intellectuels mal informés ou mal intentionnés et de journalistes animés par un réflexe corporatiste s’ajoutera désormais et de manière très prégnante la crainte, pour la diplomatie française, pour les élus mais aussi pour l’opinion publique française d’interférer voire de torpiller le processus en cours

- Il ne s’agit pas là d’un risque potentiel pour la Cause arménienne mais d’un risque avéré qui nous amènent à devoir réviser de fond en comble, nos objectifs, notre stratégie, notre communication en faveur de la Cause Arménienne.

Cela passe par des changements radicaux dans nos méthodes d’action et dans nos approches mais c’est l’unique voie de sortie par le haut de l’erreur historique impardonnable dans laquelle nous a mis le Président arménien Serge Sarkissian et sa diplomatie.

En effet, la deuxième réflexion que je voudrais partager avec vous concernent la reconnaissance du tracé de la frontière arméno turque qui constitue une capitulation en rase campagne de la diplomatie arménienne.

Et c’est bien sur ce point à l’Arménie que mes reproches vont essentiellement car de son coté la diplomatie turque, je la connais, je la pratique depuis des années et je sais pour l’avoir vécu à mes dépens de quoi elle était capable.

Et là encore, je mesure mes propos car la faute historique en matière diplomatique ce n’est pas d’avoir négocié la reprise de négociations diplomatiques avec la Turquie, car en diplomatie il faut toujours discuté avec tous le monde y compris ses pires ennemis, en matière de diplomatie il y a toujours la possibilité de signer un accord pour peu qu’il soit acceptable par toutes les parties.

Non la faute historique du président arménien et de la diplomatie arménienne c’est d’avoir accepté ce texte de protocoles là avec ces conditions préalables inacceptables là.

Car ne nous leurrons pas, en matière diplomatiques des textes comme celui-ci ont été sur la table de tous les présidents arméniens et sur la tables de tous les ministres des affaires étrangères arméniens au cours des 15 dernières années. Le problème n’est pas que des textes pareils existent, c’est qu’il se trouve un pouvoir suffisamment fragile et affaibli pour pouvoir les accepter.

- Ainsi pourquoi vouloir régler avant toute discussion sur le passé commun la question de la frontière arméno turque dans son tracé actuel. Pour reprendre Vartan Oskanian l’ancien ministre des affaires étrangères de l’Arménie qui lui avait su dire NON à ce type de protocoles, près de 90 pays dans le monde ont des problèmes de frontières avec un autre pays ce qui ne les empêche pas d’entretenir des relations diplomatiques ou d’avoir des frontières ouvertes.

La France elle même n’a pas totalement reconnu le tracé de ses frontières avec l’Italie (pour le Mont blanc), l’Espagne (pour quelques cols des Pyrénées) ou avec le Brésil (pour certaines partie de la Guyane), mais cela ne l’empêche pas d’avoir des relations diplomatiques avec ces pays et même des relations d’amitié fortes et sincères (en témoigne les accolades entre le président Sarkozy et le président Lula à l’occasion des protocoles communs franco brésilien sur le sommet de Copenhague).

- Ahmet Davutoglu le ministre des affaires étrangères de la Turquie ne s’y est d’ailleurs pas trompé lorsqu’il a déclaré devant la grande assemblée nationale de Turquie que la signature des protocoles renvoyait aux oubliettes la pertinence du Traité de Sèvres. C’est donc que le Traité de Sèvres avait encore une pertinence pour la diplomatie turque. C’est donc bien une faute historique impardonnable qui a été commise par la diplomatie arménienne.

Ma troisième réflexion concerne la méthode employée à l’égard du peuple et de la nation arménienne par le pouvoir en place en Arménie. Non pas que je ne reconnaisse pas une légitimité à pouvoir négocier au nom du peuple arménien. Le CDCA et la FRA ne se sont pas battus pendant 70 ans pour une Arménie indépendante si elle n’en respectait pas la légitimité. Non ce qui est en cause c’est la méthode employée et l’absence totale de gages sérieux à ses citoyens et à sa diaspora.

On entend ou on lit, ici ou là, qu’il faut faire confiance au président arménien et à sa diplomatie, que « qui ne tente rien n’a rien », mais sur quelle base accordée cette confiance. Aux paroles je préfère les actes et je voudrais prendre ici deux exemples très concrets pour vous montrer que nous ne pouvons être une force de propositions politique pragmatiques, respectueuses des intérêts nationaux du peuple arménien.

Premier exemple : le Président arménien aurait pu annoncer à titre de gage de crédibilité et ce point ne regarde que la partie arménienne, qu’il entendait confier à une personnalité dont la hauteur morale et l’engagement en faveur de la reconnaissance par la Turquie du génocide arménien soit au dessus de tout soupçon de mener la délégation arménienne de la Commission intergouvernementale chargée d’examiner le passé commun et donc la question du génocide arménien. A cet égard je pense par exemple au Catholicos des Arméniens de Cilicie Aram 1er ou à l’ancien ministre des affaires étrangères Vartan Oskanian.

Il aurait pu indiquer également et cette décision ne dépend que de la partie arménienne, que côté arménien la délégation sera composée de représentants de tous les Groupes politiques présents au Parlement arménien et sera donc ouverte à l’opposition qui aura accès à tous les documents et participera à toute les séances de travail. Voilà qui aurait pu réunir la nation arménienne, mais cela n’a pas été fait.

Deuxième exemple : Le président arménien aurait pu annoncer dans son discours à la nation les thèmes qu’il entendait mettre à l’ordre du jour de la Commission intergouvernementale chargée d’examiner le passé commun et donc la question du génocide et de ses réparations.

Encore une fois ce point ne regarde que la nation et le peuple arménien. La Turquie aura son propre ordre du jour c’est son droit le plus légitime, mais nous devons avoir le notre, clair, précis et réalisant l’Union de la nation arménienne pour ne pas arriver les mains vides à la table des négociations.

Et sur cet ordre du jour nous avons nous quelques idées qui posent les bases d’une démarche de paix et de réconciliation pragmatique et non de renoncement et de révision de l’histoire, à savoir et de manière totalement non exhaustive :

- la réhabilitation par un acte officiel des 650 intellectuels, hommes politiques et personnalités arméniennes arrêtées et exécutées le 24 avril 1915 pour soi-disant traîtrise et par conséquence des organisations et partis politiques arméniens qu’ils représentaient ;

- la réhabilitation collective par un acte officiel des militaires arméniens et de la population civile arménienne arrêtés et exécutés à partir du mois d’avril 1915 pour soi-disant traîtrise ;

- la réhabilitation dans leur grade à titre posthume et pour leurs descendants de tous les officiers et sous officiers turques qui ont refusé d’exécuter les ordres d’extermination du peuple arménien transmis par le pouvoir jeune turc ;

- l’attribution au Patriarcat arménien de Turquie de tous les biens confisqués à l’occasion du génocide arménien et non rendue depuis 1915 comme ANI, AGHTAMAR et la signature d’un accord armeno turque sous le patronage de l’UNESCO visant à leur préservation et à leur entretien.

- La reconnaissance officielle du Verdict du procès des Unionistes qui s’est tenu à Istambul en 1919 et qui a condamné les dirigeants Jeunes turcs pour Crime contre l’Humanité à la peine de mort par contumace.

- La destruction de tous les monuments offensant la mémoire arménienne présent en Turquie comme le monument d’IGDIR, le Mausolée de Talaat ou les 40 rues portant le nom de membres du triumvirat ;

- La construction en Turquie d’un monument dédiée aux victimes du génocide arménien ;
- La commémoration officielle tous les 24 avril par la Turquie des crimes commis contre le peuple arménien vivant en Turquie ;

- Le retrait de tous les manuels scolaires et universitaires de Turquie de toute référence élogieuse aux Jeunes Turcs et de toute référence négationnistes à l’égard des crimes commis contre le peuple arménien ;

- La mise en place d’une sous commission visant à établir le préjudice financier subie par les Arméniens à titre individuel ou collectif auprès des institutions financières établies en Turquie en 1915 comme les banques et les compagnies d’Assurances Vie ; Le préjudice collectif étant reversé à une fondation arméno turc chargé de l’entretien du patrimoine arménien de Turquie et a des actions d’information en Turquie sur les Arméniens et le génocide.

- La mise en place d’une réserve naturelle écologique et protégée co-gérée par la Turquie et l’Arménie et englobant les deux versants du Mont Ararat qui appartiendrait au patrimoine des deux peuples.

Enfin s’agissant de la question territoriale, elle aurait trouver ici naturellement sa place dans une perspective historique de réconciliation, une fois la confiance rétablie entre les deux peuples et non entre les deux présidents, si elle n’avait pas été inclus comme un préalable sans retour possible des protocoles signés le 10 octobre dernier.

Vous le voyez ainsi il n’est pas question de remettre en cause l’histoire mais de réparer les injustices du passé. Vous le voyez aussi il n’est jamais question dans cette démarche d’humilier la Turquie et son peuple mais de lui offrir la chance de faire face à son histoire avec des pages glorieuses et des pages noires et d’en sortir grandit par une réconciliation. Réconciliation qui ne peut se bâtir que sur la justice en faveur du peuple arménien car pour le moment c’est le peuple arménien et non le peuple turc qui vit dans l’injustice ;

De même il ne sera pas possible d’obtenir la reconnaissance et la réparation du génocide sans faire partager cette vision de la justice par l’opinion publique internationale et par l’opinion publique turque qui vit depuis trop longtemps dans le mensonge et la négation de la réalité. C’est pourquoi c’est en Turquie même qu’il faut désormais aller défendre nos idées et nos valeurs.

C’est en Turquie que nous devons exposer nos justes revendications de reconnaissance et de réparation et j’encourage mon parti et mon organisation a prendre très vite des initiatives en ce sens pour que les turcs arrêtent de voir dans les défenseurs de la Cause Arménienne comme des extrémistes, mais comme des partenaires possibles dans la résolution et la réparation d’une injustice majeure.

Oui mais voilà tout cela, le Président arménien, son ministre des Affaires étrangères ou son gouvernement ne l’a pas proposé, ne l’a pas annoncé et nous demande de le croire sur parole. Mais cela n’est pas possible ou alors c’est nous prendre pour des imbéciles ou des irresponsables.

En cela c’est lui qui a radicalisé le discours de son opposition parlementaire. Mais rien n’est fini, rien n’est encore gravé dans le marbre. Il reste encore le temps de la ratification par le Parlement arménien qui devra suivre celle du Parlement turc qui pour sa part ne sa cache pas de sa volonté d’intégrer la question de l’Arstakh comme une condition des protocoles.

Il est encore temps ici, en France et en diaspora et en Arménie, sous la pression des groupes politiques et de la rue d’obtenir des gages je dirais même plis des engagements de la part du Président arménien et de sa diplomatie.

Il est encore temps que l’Arménie adopte une plate forme allant enfin dans le sens des intérêts du peuple et de la nation arménienne.

Faute de quoi la rupture avec ce pouvoir sera consommée avec son cortège de conséquences imprévisibles et il sera encore temps de mettre en place une alternative politique crédible à ce pouvoir qui ne mènera pas une politique « extrémiste ou nationaliste » comme certains voudraient le faire croire mais qui mènera une politique et une diplomatie pragmatique, respectueuses des valeurs des droits de l’Homme et respectueuse aussi des intérêts vitaux du peuple arménien.

Gouverner c’est agir ; faire de la diplomatie c’est l’art de négocier. Or pour pouvoir négocier et pour pouvoir gouverner il faut pouvoir être fort et pour cela réaliser l’Union Nationale.

Nous devons être un Un peuple, une nation une terre Une Arménie libre, indépendante et réunifiée

Et cela le président arménien doit le comprendre avant qu’il ne soit trop tard.

Je vous remercie.

Harout Mardirossian




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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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