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Les Loups gris au service du national-islamisme
Publié le :

Portrait d’une organisation d’extrême droite turque

Lorsqu’on parle de l’extrême droite turque, un nom revient souvent : Loups gris.

Ce groupe d’extrême droite est une véritable milice privée agissant de concert avec le Milliyetçi hareket partisi (MHP, en français : Parti d’action nationaliste). Depuis sa création en 1969, le MHP incarne l’extrême droite de Turquie. Il était menée par feu le colonel Alparslan Türkes. Présent à de maintes reprises au parlement national d’Ankara, le MHP été membre du dernier gouvernement conduit par le « social-démocrate » Ecevit.

Pour en revenir aux hommes de main du MHP, les Loups gris, ceux-ci ont été reconnus par des sources autorisées comme responsables de l’assassinat de quelque sept cents personnes, durant les « années de plomb » turques (1974-1980). Principales cibles des tueurs néofascistes : des enseignants, des universitaires et des hommes politiques de gauche. En pleine poussée de fièvre traditionaliste et islamiste (les Islamistes sont au pouvoir), aujourd’hui, le MHP comme les Loups gris adoptent un profil nationaliste-religieux. Les nervis de l'extrême droite sont encore rassemblés sous l’égide de « Foyers des idéalistes ». Ces derniers se sont structurés sur un modèle militariste.

La nébuleuse des Loups gris est aussi internationale. Des mouvements-écrans, agissant sous d’autres noms, sont extrêmement bien intégrés au sein de la Diaspora turque, y compris dans celle installée en Belgique. En Allemagne, leur leader historique, Alparslan Türkes, eut des liens avec des mouvements et des partis néonazis, comme le NPD par exemple.

Mehmet Ali Agca, le terroriste qui tenta d’assassiner le pape Jean-Paul II au début de son pontificat, était issu des Loups gris. Des activistes néofascistes également en connexion politico-commerciale avec la mafia turque…

Alexandre VICK

© RésistanceS – Belgique – Bruxelles – www.resistances.be – e-mail : info@resistances.be – Première mise en ligne : 15 novembre 2003 – Réactualisation : 27 novembre 2006.

Les Loups gris au service du national-islamisme

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RésistanceS dans Le Soir

Des ''immigrés'' nationalistes sur des listes démocratiques

Ce samedi 26 août, le quotidien Le Soir a publié la carte blanche d'Alexandre Vick, de la rédaction de RésistanceS. Sur un sujet tabouisé. Nous y reviendrons très prochainement dans notre dossier sur les élections du 8 octobre prochain.

Face à la montée électorale de l'extrême droite, les partis politiques traditionnels - dits ''démocratiques'' - tentent d’imposer un cordon sanitaire. Isoler et marginaliser le Vlaams Blok/Belang et le Front national est l'objectif de ce ''cordon''. En Flandre, l'isolement politique du VB est de plus en plus poreux. Au Parlement fédéral, des projets de loi de ce parti d'extrême droite reçoivent le soutien de parlementaires de formations démocratiques. Plusieurs bourgmestres chrétiens-démocrates et libéraux flamands annoncent déjà, avant les élections communales du 8 octobre prochain, qu'il se pourrait fort bien qu'ils s'allient au VB pour gérer ensemble leur commune. Du côté néerlandophone, le cordon sanitaire est en train de se lézarder un peu partout.

Dans les partis politiques francophones, la ''fibre antifasciste'' reste de mise. ''Non à l'extrême droite'' scandent-ils dans les manifestations organisées par des fronts antifascistes. Le cordon sanitaire est strictement appliqué dans les parlements pour court-circuiter les propositions nauséabondes des députés VBistes et frontistes. Le conseil d'administration de la télévision et de la radio publiques (RTBF), composé des quatre principaux partis politiques (PS, MR, CDH et Ecolo), interdit le passage sur antenne de l'extrême droite. Seulement voilà : il y a extrême droite et extrême droite, nationalistes et nationalistes !

Force est aujourd'hui de constater que le cordon sanitaire cible uniquement l'''extrême droite belge''. Mais ceux qui se revendiquent d’un corpus dogmatique rétrograde, xénophobe, ultranationaliste et inégalitariste ne sont pas toujours des ''fachos'' ou des racistes belges (de souche). Au sein des communautés issues de l'immigration, il s'est toujours trouvé des militants d'extrême droite, nationalistes et/ou racistes. Le Mouvement social italien (MSI, parti fasciste fondé après la Deuxième Guerre mondiale) avait une réelle implantation, certes minime par rapport au Parti communiste, chez les Italiens de Belgique. Des immigrés économiques espagnols vouaient pour leur part un culte à la personnalité du dictateur Franco. Aujourd'hui, des candidats d'origine marocaine, pourtant engagés dans le combat pour la libération de la Palestine sous occupation israélienne, sont connus pour leur lobbying favorable aux thèses annexionnistes du Sahara occidental... sous occupation marocaine. Les mêmes exploitent un discours anti-algériens, puisqu’Alger soutient le Front Polisario, le mouvement de libération du peuple sahraoui. Le racisme entre Turcs et Kurdes, Turcs et Arméniens, Marocains et Algériens, Arabes marocains et Berbères marocains, Congolais et Rwandais, immigrés et Belges... est par ailleurs toujours une réalité.

Un discours politico-religieux aux accents nationalistes (en référence à la Nation arabe) est régulièrement tenu dans des mosquées par des imans radicaux. La cible de leurs prêches : la société matérialiste (moderne, laïque, pluraliste...), l'homosexualité, la liberté individuelle, les droits égaux pour les femmes, l'intégration, les ''fausses religions'' (Judaïsme, Catholicisme...), etc. Une étude universitaire conduite par le Centre d’études en sciences politiques de l’Université libre de Bruxelles (Cevipol) démontre que lors des élections régionales de juin 2004, parmi les électeurs bruxellois du Vlaams Blok/Belang, il se trouvait 4,5 % de musulmans. Au sein de la communauté juive, la fraction sioniste ouvertement d'extrême droite s'active de plus en plus elle aussi. Dans des manifestations publiques, des propos racistes ou islamophobes circulent. Une convergence se fait jour entre des publicistes d'opuscules d'extrême droite et des intellectuels juifs d'ultradroite. Ensemble, ils développent stratégiquement la même rengaine propagandiste basée sur la ''théorie du complot'', ici en l'occurrence une pseudo alliance généralisée entre l'extrême gauche, l'extrême droite antisémite et les islamistes terroristes ! Grâce à la culture de ce spectre inventé, à Anvers, des Juifs votent dorénavant pour le VB, parti pourtant fondé par des néonazis et des antisémites !

Cette r̩alit̩ - qui vient d'̻tre r̩sum̩e ici en quelques lignes Рest un sujet tabou, ''politiquement incorrect'' dans notre soci̩t̩ toujours bas̩e sur une dynamique manich̩enne. Si le racisme et le fascisme des uns sont d̩nonc̩s, mis hors-la-loi, et leurs partisans plac̩s sur des piloris modernis̩s, le racisme, le n̩gationnisme, le nationalisme et le fascisme des autres sont, eux, tol̩r̩s et accept̩s par des partis politiques se proclamant pourtant toujours ''d̩mocrates''. Pour des raisons ̩lectorales, ils ferment les yeux et ont plac̩ sur leurs listes pour les ̩lections communales des candidats d'origine ̩trang̬re qui ont bien plus de points communs avec ceux du VB ou du FN qu'avec les candidats socialistes, lib̩raux et d̩mocrates-humanistes qu'ils c̫toient d̩sormais.

En effet, plusieurs candidats ''communautaristes'', avec des parcours politiques similaires à nos ''fachos'' locaux, sont présents sur des listes électorales communales du PS, du MR, du FDF et du CDH. Le journaliste d'investigation belgo-turc Mehmet Koksal et le chercheur Pierre-Yves Lambert, animateurs notamment du site Internet ''Suffrage Universel'', dénoncent depuis bien longtemps cet état de fait. Aujourd'hui, à la veille des élections, de nouveaux lièvres sont levés. En juin dernier, Mehmet Koksal dénonçait la présence d'un candidat turc sur la liste électorale conduite par la ministre fédérale de la Justice, Laurette Onkelinx, à Schaerbeek. Ce candidat fut le président de l'Association culturelle turque dans cette commune bruxelloise. Cette association rassemble en Belgique les sympathisants du Milliyetçi Hareket Partisi (MHP, en français : Parti d'action nationaliste). Le MHP est la principale formation d'extrême droite en Turquie. Les Loups gris, organisation paramilitaire responsable d'actions terroristes et de tueries de groupes ethniques refusant la ''turquisation'', fait partie intégrante de la mouvance du MHP. En Belgique, l'implantation des Loups gris et du MHP au coeur de la population turque a de solides points d'appuis.

Un autre candidat ''socialiste'' de Schaerbeek, Jean-Pierre Van Gorp (ex-disciple de feu le bourgmestre xénophobe Roger Nols) semble avoir joué les bons offices pour séduire l'électorat turc d'extrême droite de la Cité des ânes en faveur du PS. Même s'il s'en défend aujourd'hui et évoque sa méconnaissance de la nature politique de ses amis... Ces derniers, à la biographie proche de celles de candidats figurant sur les listes du FN ou du VB, ne sont pas seuls dans ce cas. D'autres candidats du ''même type'' se retrouvent dans diverses communes sur des listes PS, MR, FDF ou CDH. Avec à chaque fois, pour ces partis, l'objectif opportuniste de s'attirer les voix de leurs compatriotes. Cette attitude est scandaleuse, mais reste, hélas, de la ''Realpolitik'' pour ceux qui persistent pourtant à scander ''Non à l'extrême droite''. Nous l'aurons compris, il y a extrême droite et extrême droite.

Alexandre VICK
Membre de la rédaction du journal antifasciste RésistanceS

Ce texte a été publié dans le quotidien Le Soir (www.lesoir.be), en page ''Carte blanche'', ce 26 août 2006.

© RésistanceS – Belgique – Bruxelles – www.resistances.be – e-mail : info@resistances.be – 26 août 2006

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