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Interview exclusive de la ministre de l'Éducation nationale Bientôt une école « Hrant Dink » en Turquie?
Publié le :

Le Collectif VAN relaye ici les articles du journal franco-turc Zaman (équivalent du Today's Zaman en langue anglaise, diffusé en Turquie). Attention : ces articles ne sont pas commentés de notre part. Il s'agit pour l'essentiel de traductions des versions turque et anglaise du Zaman, journal proche du parti au pouvoir (AKP).





Depuis sa nomination comme ministre de l'Éducation nationale, il y a neuf mois, c'est la première fois que Nimet Çubukçu accorde une interview à la presse. Annonçant notamment son souhait de voir le nom de Hrant Dink donné à une école, elle critique le serment récité tous les lundis matins par les élèves.

Pour elle, il n'a rien de sacré et reflète une mentalité qui date des années 1940. Elle reproche également à la conception des droits de l'homme d'être restée enfermée dans cette période, notamment pour les droits des minorités religieuses.

Ces dernières années des projets ont été menés pour que le nombre de classe soit augmenté. Les mêmes évolutions sont-elles visibles dans le contenu même des programmes ? A-t-on pu débarrasser les manuels scolaires des propos discriminatoires et faisant preuve d'autoritarisme ?

Je pense que les choses ont beaucoup évolué. Si, sur les questions des droits de l'homme ou de la lutte contre les discriminations, on avait encore aujourd'hui notre mentalité des années 1940, on ne serait pas très heureux. C'est un processus vaste qui n'est pas prêt d'aboutir. Peut-être que nous avons un peu de mal au jourd'hui mais une fois que les programmes scolaires auront changé un enfant au CP aura un niveau de CM2. Nous n'avons pas les moyens de mesurer les répercussions de ces évolutions sur la société et les élèves.

Où en est l'apprentissage par cœur ? Jusqu'à quand les enfants vont encore être obligés de faire les perroquets ?

Très honnêtement, le programme actuel ne donne plus autant d'importance à l'apprentissage par cœur. Je pense que le changement a déjà commencé. Mais j'accepte qu'il y ait encore des progrès à faire dans la façon de raconter les choses. Il se peut qu'il y ait encore dans les ouvrages scolaires des discriminations ou de fausses informations. Nous les corrigerons dans la mesure où on nous les signalera. Nous avons actuellement un programme capable d'évoluer plus rapidement et de s'adapter aux exigences de notre époque. Mais la plupart d'entre nous n'en sont pas encore conscients.

Nous n’en avons pas beaucoup parlé. Les déficiences en infrastructures sont aussi un sérieux obstacle à l'évolution. Nous avions des classes avec 70 à 75 élèves. Dans certaines régions, il n'y avait même pas encore d'école au sens propre. Il y a des écuries transformées en salles de classe. Mais aujourd'hui internet est présent dans toutes les écoles. Il faut avant tout résoudre les insuffisances en matériel et en infrastructures. On n'a pas donné assez d'importance à cet aspect des choses. Par exemple, jusque-là on ne m'avait pas posé ces questions comme vous l'avez fait.

Mais nous avons encore des mensonges historiques dans nos livres. Au nom de la mémoire nationale, on a occulté certaines vérités en en exagérant d'autres. Jusqu'à quand encore ces mensonges vont-ils continuer ? Je vous donne un tout petit exemple. Je devrais peut-être poser la question au président de la République ou au Premier ministre, mais c'est vous que j'ai en face de moi. Les historiens sérieux savent que les pays représentés dans l'emblème de la présidence de la République sont en vérité une pure invention, ces drapeaux n'existent pas.

Quoi (en riant) !

Bon, je vous donne un autre exemple. Vous accepterez, je pense, que nos héros ont été exagérés, que nos défaites et nos épisodes honteux ont été occultés. Les chrétiens ont été victimes des évènements des 6 et 7 septembre 1955. Nos étudiants finissent leurs études en restant à l'histoire de leur propre pays. N’est-ce-pas vrai ?

En vérité, quand on regarde la plupart des autres pays de la région, et je ne donne pas l'exemple de la Syrie, on voit que l'histoire est souvent racontée en étant modifiée. De nombreux efforts ont été faits pour que nos ouvrages d'histoire ne comportent plus de propos propageant la haine et le mépris des autres peuples. On peut toujours faire des objections. Mais nous savons que des pays comme la Grèce, envers qui l’on tente d’éteindre toute animosité, continuent de faire figurer dans leurs ouvrages scolaires des choses similaires.

Laissons les autres pays de côté. La question est de savoir si nous parvenons à enseigner correctement notre histoire récente à nos élèves.

Nous avons commencé un projet de l'Union européenne concernant le contenu de nos ouvrages. Les travaux ont débuté dans 12 villes pilotes. L'objectif est que tous les livres enseignent comme il se doit l'idée d'une citoyenneté démocratique. S'il y a encore dans les programmes des choses qui suscitent la contestation et qui doivent être modifiées, nous le ferons.

Par exemple, un professeur pourrait-il avoir des problèmes s'il disait à ses élèves que les choses ne se sont pas vraiment passées comme cela est écrit dans les livres ?

Non, je ne pense pas. Quels problèmes pourrait-il avoir ?

Une action en justice ?

Le programme accorde aux enseignants une certaine souplesse. Il y a dorénavant une approche qui privilégie le questionnement, la réflexion et la créativité à l'apprentissage par cœur. Les devoirs ne consistent plus à recopier le livre sur le cahier comme c'était le cas avant. Nous allons vers un système qui demande d'être capable de synthétiser de nombreuses sources. L'enseignant peut donc justement demander aux élèves une autre approche que celle présente dans les manuels scolaires.

Dans votre premier discours en tant que ministre de l'Éducation nationale, vous avez averti le corps des enseignants contre les discriminations. Que pensez-vous de l'idée de donner à une école le nom de Hrant Dink, qui a été précisément victime de discrimination ?

C'est une très bonne idée. Cela peut se faire c’est évident. C'est quelqu'un que j'aimais beaucoup et dont la mort m'a beaucoup attristée. Ça a été une grande perte pour la Turquie. Si cela se met en place, nous ferons l'ouverture de l'école ensemble.

Au début de ma nomination, un professeur d'une école de la minorité arménienne m'avait écrit une lettre. Il me racontait qu'ils n'avaient pas assez de livres et de matériel scolaire. Il me demandait pourquoi l'Etat ne leur donnait pas aussi à eux des manuels gratuits. J'ai été réellement très surprise. Nous avons décidé de réagir. Même s'il y a très peu d'élèves, c'est également nous qui allons assurer la préparation, le contrôle et la publication des ouvrages en langue arménienne.

Certains obstacles politiques empêchent l'ouverture d'une école religieuse pour les chrétiens orthodoxes alors qu'il n'y a aucun problème sur le plan juridique. On attend notamment une contre-partie pour le droit de la minorité turque vivant en Grèce. Cela ne vous gêne pas de voir qu'un droit élémentaire comme l'enseignement religieux soit l'objet d'une instrumentalisation politique ?

Je préfère parler de réciprocité que de manœuvre politique.

Vous préférez rester polie en parlant de réciprocité ? Pour ma part, en tant que journaliste, je parlerais plutôt de manœuvre politique. Cela ne vous gêne donc pas ?

Vous me connaissez très bien. Je suis pour qu'en Turquie comme dans le monde entier soient respectés sans condition et sans contrepartie les droits élémentaires de l'homme, parmi lesquels figurent en priorité les droits religieux.

Sans oublier le contexte du plan « Cage » qui prévoyait des actions contre les non-musulmans...

Bien entendu. Si vous défendez la démocratie et les libertés vous voyez très vite à quel point certaines choses tou chant les droits élémentaires sont assez anormales. Tout vous semble étrange, notamment ce que d'autres vous présentent comme la norme. Il est insensé que les droits des minorités du pays ne parviennent pas à dépasser le cadre du Traité de Lausanne. Notre conception actuelle des droits de l'homme se limite-t-elle à celle qu'avait l'Europe dans les années 1940 ? Dans quelle mesure a-t-elle pu évoluer ? La période du Traité de Lausanne fut celle où l'on accorda le moins de libertés aux minorités. On ne peut continuer à défendre une philosophie des droits réduite à ce cadre. Nous sommes aujourd'hui au XXIe siècle, nous vivons dans un tout nouveau monde. En quoi quelqu'un qui veut juste apprendre et appliquer sa religion, sa langue, pourrait déranger qui que ce soit ?

Dans ce cas, vous partagez la douleur de Bartholomée 1er quand il déclare « nos églises sont vides, il ne nous reste ni fidèles ni religieux » ?

Bien sûr que je la partage.

Que pensez-vous du serment que les élèves récitent tous les lundis matins ?

Si mes souvenirs sont bons, il date de 1934. C'est le ministre de l'Éducation nationale de l'époque qui l'avait écrit. Peut-être que celui d'aujourd'hui pourrait produire autre chose, (en riant) je devrais écrire aussi quelque chose.

Quel serait le contenu du serment s'il était de vous ? Vous auriez commencé par « je jure que je ne ferai pas de discrimination » ?

Non, quelque chose de bien différent. Je ne m'étais jamais posée la question. J'y ai pensé parce que vous me l'avez posée. Je suis contre le fait que ce serment soit sacralisé à l'image de l'hymne national. Comme je le disais, ça a été écrit par le ministre de l'époque et nous vivons aujourd'hui dans une autre époque. Nous pouvons dire d'autres choses. Il me semble vain de vouloir faire entrer les enfants dans un moule en leur inculquant toujours la même chose.

Par exemple, quand j'étais petite c'est la phrase « que mon existence soit offerte à l'existence turque » qui me dérangeait le plus.

Pourquoi offrir l'existence d'un enfant ?

Justement, c'est ma question. Pourquoi madame la ministre ? Dites-vous qu'elle ne doit pas être offerte ?

Je ne sais pas. Je n'aime pas trop le contenu de la phrase.

C'est une honte de faire dire « je suis turc » à des non-Turcs.

Cette turcité est revendiquée comme une supériorité.

Qui peut croire en une telle malhonnêteté ? Si vous étiez arménienne, auriez-vous aimé dire « je suis turque » ? On ne dit pas « je suis de nationalité turque » mais « je suis turque ».

Je n'aime pas le fait que les choses restent si figées, qu'un texte rédigé par un ministre ne soit pas débattu pendant des années. J'avais participé à une émission télévisée avec des jeunes le 19 mai. Un des jeunes m'a fait la remarque. Le lendemain j'ai été extrêmement critiquée. Je n'étais ministre que depuis dix jours.

Vous aviez seulement parlé de la possibilité d'en débattre.

Oui, je dis que l'on peut en débattre. On peut débattre de tout. Je dis encore aujourd'hui la même chose. Une Turquie où un jeune demande ce type de changement à un ministre de l'Éducation nationale est la Turquie de mes rêves.

18 February 2010, Thursday




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Source/Lien : ZamanFrance



   
 
   
 
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