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Zarakolu : Nous sommes des Don Quichotte
Publié le : 11-10-2010

samedi9 octobre 2010, par Jean Eckian/armenews

"Ils empoisonnent la jeune génération avec de la désinformation..."

Dans le cadre du Festival du Livre, Ragip Zarakolu *, intellectuel turc, fondateur des Editions "Belge" à Istanbul, défenseur des droits de l’homme, était à Erevan. Il a présenté un livre récemment publié, dédié à l’écrivain, éditeur et rédacteur Teodik (Teodos Labjinjian, 1873-1928). En 1915, Teodik a été arrêté et déporté, mais un groupe de partisans arméniens a réussi à le libérer. Il a vécu ensuite à Paris.

Le premier livre sur Teodik a été publié à Istanbul près de 100 ans après.

"J’ai consacré ce livre à mon ami Hrant Dink, qui a été tué en 2007", dit Ragip Zarakolu.

En tant qu’intellectuel turc, vous avez œuvré pendant de nombreuses années pour la normalisation des relations entre les Arméniens et les Turcs, la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie. Je sais que vous avez été persécuté par le pouvoir turc. Est-ce que quelque chose a changé dans les deux années qui viennent de s’écouler ?

Commençons d’abord par la question concernant ma personnalité d’intellectuel turc. Oui je parle Turc, mais je pense être un intellectuel habitant le monde. Ma patrie c’est l’Anatolie. La population d’Anatolie est composée de mes frères et de mes soeurs. Si mes soeurs et frères ont souffert cela veut dire que j’ai souffert moi aussi. Je parle du Génocide.

Il y a eu des persécutions, c’est sûr. Ils ne m’ont pas tué parce qu’ils ne veulent pas créer de nouveaux héros Les persécutions ont cependant diminué dans les années récentes.

Avez-vous des origines arméniennes ?

Les Kurdes me posent très souvent cette question. J’espère en avoir. Jusqu’au jour où la Turquie reconnaîtra le Génocide Arménien, je me sentirai Arménien.

Quelles sont les raisons de cette diminution des persécutions et des pressions ?

D’une manière générale, il y a eu ces deux dernières années, à la fois des changements positifs et des changements négatifs dans la vie des Turcs. Les démocrates de Turquie ont compris qu’il fallait regarder et non pas nier ce qui est arrivé dans le passé. Nous avons organisé des discussions à la date du 24 avril de ces deux dernières années, mais nous ne pensons pas que la Turquie soit complètement changée dans le sens positif. Pendant dix ans, la Turquie a opéré des pressions importantes pour nier le Génocide Arménien. Beaucoup d’intellectuels défendent la position de la République de Turquie. Nous sommes peu nombreux et combattons comme des Don Quichotte. Des milliers de livres ont été publiés, des centaines de séminaires, de conférences pour les étudiants ont été organisés. Ils empoisonnent la nouvelle génération avec de la désinformation. C’est plus dangereux à présent parce qu’auparavant, personne ne s’étendait sur la question du génocide, et les jeunes de Turquie étaient tenus dans l’ignorance, alors qu’à présent, ils sont sujets à la désinformation.

Avant, quant un Turc se rendait en Europe et qu’on lui disait que les Turcs avaient commis un génocide sur les Arméniens, il était surpris. Mais à présent, il dira le contraire : il dira que les Arméniens ont tué ses ancêtres.

Lorsque la feuille de route a été signée, tous étaient inquiets à cause de la sous-commission qui devait discuter du génocide pourrait-elle le remettre en cause ?

Cette commission ne peut rien faire. La Turquie poursuit une politique erronée : d’un côté, elle veut parler aux Arméniens, et de l’autre, elle apprend aux jeunes à nier le génocide. S’ils le pouvaient, ils supprimeraient le mot "génocide" dans les dictionnaires. Ce mot est en quelque sorte comme une maladie en Turquie.

Comment imaginez-vous que soit engagé un dialogue autour d’un tabou ?

En Turquie, la question arménienne n’est plus un tabou. La seule mauvaise chose est que la discussion autour de cette question se passe entre intellectuels, historiens, universitaires, et que les gens ordinaires n’en sont pas informés.

Au sujet du processus arménien et turc, nous affirmons que ce qui se passe à présent n’a pour but que de faire traîner les choses en longueur. C’est une tradition de la politique turque : d’un côté on veut dialoguer, mais de l’autre on ne veut pas de changement. Je voudrais ajouter que je n’attache aucune importance au dialogue entre les personnes de premier plan du pays et à la médiation des superpuissances, mais à celui entre les peuples. [NDLR] Ragip Zarakolu rejoint sur ce dernier point l’avis de Taner Akçam.

Ici, chaque année, chacun attend ce que va dire Obama

Pour les USA, la Turquie c’est un peu comme l’épouse de cinquante ans (il sourit), mais l’Azerbaïdjan est aussi important pour les USA car il a du pétrole, tandis que pour l’Arménie, les USA ressentent du respect.

Nous voyons qu’il y a des avancées dans la communication, en particulier dans le domaine de l’art moderne

Le dialogue entre les peuples est important. Mais il nous faut apprendre au peuple turc à écouter, à dialoguer. Si on apprend aux Turcs que tout ce qu’ils ont, l’édifice du théâtre turc, le journalisme, tout ce qui a été créé par les Arméniens, la question naturelle leur viendra : mais alors, que leur est-il arrivé ? La population d’Anatolie ne sait pas qui vivait dans ces terres. Les Turcs ne savent pas ce qui est arrivé aux Arméniens. Imaginez des gens qui vivent sur un territoire et ignorent son histoire. Dans les livres et les manuels, l’histoire de la Turquie commence en 1923, quand il n’y avait pas d’Arméniens. J’ai commencé à publier sur le Génocide en 1993.

Dans la mesure où la Turquie conduit une telle politique, pensez-vous qu’il soit approprié de dialoguer ?

Le système turc actuel devrait être détruit. La politique actuelle de la Turquie est très similaire à la politique de l’Union Soviétique avec la différence que dans l’Union Soviétique, c’est le léninisme qui régnait, alors qu’en Turquie, c’est le Kémalisme.

Croyez-vous en elle ?

OUI, je fais partie des enfants d’une nation digne et je suis fier.

Vous voulez dire que vous êtes arménien ?

Je le suis, jusqu’à ce que le génocide soit reconnu, je me dirai arménien.

Interview de Siranouch Papian lragir.am - Traduction Gilbert Beguian, avec Jean Eckian

* Ragip Zarakolu a été traduit en justice en vertu de l’article 301 du Code pénal turc pour « insulte à l’État turc et à la mémoire de Kemal Atatürk" En 2008, seule a été retenue l’"insulte à l’Etat turc". En 2003 il a reçu le NOVIB / PEN Award de la Liberté d’expression.




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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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