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Les chrétiens d'Irak racontent leur calvaire quotidien
Publié le :

Sébastien de Courtois
12/11/2010 | Mise à jour : 18:36
Le Figaro

Les récits et les images du massacre du 31 octobre, à Bagdad, à la cathédrale syriaque catholique de Karrada, sont insoutenables. Condamnés à choisir entre la valise et le cercueil, les chrétiens d'Irak sont de plus en plus nombreux à se réfugier en Turquie.

Les images sont tout simplement effrayantes. Je n'ai pas pu aller jusqu'au bout. Elles viennent d'arriver ce matin de Bagdad et défilent sur l'écran de l'ordinateur. Hadeer ne peut continuer non plus, les larmes lui viennent. Sa main tremble sur la souris. Il se tait. Ce sont des photos prises dans la demi-heure suivant le massacre: des corps ensanglantés, des visages fracassés, des petits corps d'enfants tordus par la violence des explosions, les murs tachés de sang, des cercueils contenant le corps des deux prêtres criblés de balles, des croix renversées, les icônes souillées, l'autel brisé en deux... Nous sommes dans le petit local de l'association Kader, fondée à Istanbul par Mgr François Yakan, pour accueillir les réfugiés chrétiens venus d'Irak. Depuis dimanche 31 octobre, le défilé a commencé. Le flux s'annonce important. Le traumatisme est total.«Hier soir, ce sont encore trois familles qui sont arrivées avec une seule valise par personne, des jeunes gens avec des enfants en bas âge, explique-t-il. Nous en sommes déjà à plusieurs dizaines de personnes par jour et nous en attendons beaucoup d'autres, 150 familles par semaine. Les nouvelles de Bagdad sont très mauvaises. Après l'attaque contre la cathédrale syriaque catholique de Karrada où plus de soixante personnes ont été exécutées , deux chrétiens ont encore été assassinés chez eux le3novembre. C'est fou !» continue-t-il dans un murmure.

Retour sur l'écran. Un film cette fois-ci, le témoignage de deux soeurs rescapées enregistré chez elles, le soir même de l'attentat. «La télévision irakienne a refusé de le diffuser. Seule la chaîne Télé Lumière du Liban a osé le faire, c'est une chaîne chrétienne», dit Hadeer. L'une d'elles, Shehad, 22 ans, étudiante à l'université, raconte ce qui s'est passé. Elle était dans l'église lorsque les terroristes sont entrés. Entre les spasmes des sanglots, sa voix est difficilement audible: «Peu avant cinq heures et demie, nous avons entendu des cris près de l'autel, l'église était pleine, près de 200 personnes. Je suis venue à la messe du soir avec mes parents, ma soeur, mes deux frères et leurs enfants. Puis des coups de feu ont retenti, nous nous sommes tous jetés sur le sol. Ils ont commencé à crier et à nous insulter: “Chiens de chrétiens, vous allez tous mourir car vous être des infidèles, vous irez en enfer et nous au paradis ! Allah Akbar!” Ils ont tué tout de suite les personnes du premier rang, puis le prêtre a tenté de s'interposer pour les calmer et il a été exécuté aussi. J'avais quatre de ces terroristes en face de moi. Je voyais leur haine dans leur regard.»

Ils ont tiré une balle dans la tête de l'enfant

Hadeer me traduit de l'arabe au fur et à mesure. «Un seul était irakien, les autres étaient syriens et égyptiens. Au bout d'une heure, ils ont commencé à tuer tous les hommes puis les enfants, mon frère a été emmené puis mitraillé contre le mur. Ils riaient en continuant à nous insulter ! (Crise de larmes) Puis, ils ont pris les femmes, dont ma mère, et les ont enfermées dans la sacristie, il y avait peut-être 40 personnes, et ont jeté des grenades par paquet à l'intérieur, nous avons tous hurlé et ils se sont mis à tirer dans le tas. Je pensais mourir aussi. Puis, l'un deux voyant que mon père n'était que blessé, il l'a achevé. Il tentait de protéger mon neveu de 3 ans sous son corps, ils ont pris l'enfant et lui ont tiré une balle dans la tête... Une vieille femme, blessée au ventre, suppliait à côté de moi qu'on l'achève. “Tu dois sentir la douleur car tu es une infidèle”, lui a répondu le Syrien...» Difficile de continuer.« Je priais Marie de nous protéger... L'armée est ensuite entrée, les terroristes n'avaient plus de munitions, ni de grenades, ils se sont alors fait exploser. Les détonations étaient tellement puissantes que j'ai cru à un tremblement de terre, que l'église allait nous tomber dessus... Ils étaient le diable, je peux dire que je l'ai vu...» termine-t-elle. Le drame a duré cinq heures.

Au moment où le film s'achève, la porte du petit bureau s'ouvre. Ce sont les personnes arrivées hier soir. Ils ont accepté de me rencontrer pour témoigner. Michael, 25 ans, était cuisinier à Bagdad, il est arrivé quelques minutes après sur les lieux du drame. Il confirme le chaos et l'extrême violence de l'attaque:«Nous sommes des cibles vivantes!» Dès le lendemain, il a décidé de partir avec sa jeune femme enceinte. Zina est arménienne. Direction le nord du pays d'abord, dans un GMC jusqu'à Zakho, près de la frontière turque.«Je n'en pouvais plus de cette vie dans la peur quotidienne. Nous n'avons aucun droit, aucun avenir dans ce pays. Ma femme a dû revenir chez elle plusieurs fois car elle portait un pantalon, et devait mettre un foulard.» Assise sur sa chaise, elle ne dit rien et me sourit pourtant.« Nous avons payé 850dollars pour le transport, puis le visa d'entrée en Turquie à 250 dollars. De Silopi (en Turquie), nous avons pris un bus jusqu'à Istanbul.»

Mgr François Yakan entre à son tour, le téléphone à la main. Son association prend en compte ces réfugiés, s'occupe d'eux, les inscrit sur la liste du Haut Comité pour les réfugiés (HCR) pour qu'ils puissent vivre en Turquie et demander leurs visas à destination de l'Europe ou des Etats-Unis. «Les traumatismes sont profonds. Surtout pour les jeunes femmes, elles vivent cloîtrées chez elles, elles ne sortent plus. Elles ne peuvent pas avoir d'enfants, toutes font des fausses couches dans les derniers mois de grossesse. Nous avons ici une cellule psychologique pour les calmer», me dit-il. Maryem explique sa peur. Elle a assisté à plusieurs assassinats, à Bagdad, dans le quartier martyre de Dora où des centaines de chrétiens ont été tués depuis 2003. «Mon seul espoir est dans la Vierge Marie et ce que vous pourrez faire pour nous», dit-elle en s'adressant au prélat. La colère est palpable même si, étrangement, tous conservent leur calme. «Ils ont tellement subi, vous savez... Et puis quand vous avez tout perdu, il ne reste que l'espoir. Notre travail est de les rassurer sinon nous ne servons à rien. De leur dire qu'ils sont ici en paix, que personne ne leur veut de mal: “Maintenant vous êtes pris en charge.” Nous leur donnons des biens de première nécessité, du lait en poudre pour les enfants. Il faut laisser à Bagdad ce qui appartient à Bagdad...» poursuit-il.

La Turquie semble ouverte pour accueillir ces nouveaux réfugiés. Une association humanitaire turque appelée Hassam travaille main dans la main avec l'Eglise chaldéenne pour s'occuper d'eux.«Nous accueillons tout le monde, nous ne faisons pas de différence entre les religions, les chrétiens d'Irak sont une priorité pour nous en ce moment», me dit Özlem, une jeune représentante. Des centaines de familles fuient aussi vers la Syrie et la Jordanie voisine. Les musulmans vont vers l'Egypte. Sur une photo prise lors d'une procession funéraire pour les tués du 31 octobre, je distingue plusieurs femmes musulmanes venues s'associer aux pleurs des chrétiens. Hadeer m'explique que ce sont souvent des voisins, des amis de la famille, des gens qui n'acceptent pas et souffrent eux aussi de cette même violence. De Bagdad, par téléphone, Loay, 34 ans, me confirme l'intention de beaucoup de chrétiens de continuer à quitter la ville: manque de sécurité, aucun lieu pour se protéger, attaques frontales, pression sociale, chômage, pas d'école ni de possibilité d'études pour les femmes: «Ils veulent que nous partions !»

Au vu de ces nouvelles, il n'y a aucune raison que l'exil massif, entamé en 2003, s'arrête. L'hémorragie continue en cette terre de civilisation deux fois millénaire. Il faut rappeler que les chrétiens d'Irak sont l'âme de ce pays, beaucoup parlent encore l'araméen, la langue des origines, celle de ce terreau mésopotamien berceau d'une riche histoire. Estimée à près d'un million d'individus, il y a une dizaine d'années, la communauté chrétienne d'Irak a déjà fondu de moitié. Il resterait, selon une source religieuse, quelque 100.000 chrétiens à Bagdad, peut-être 400.000 dans le reste du pays, y compris dans la zone kurde au nord, mieux sécurisée. En Irak, le silence des responsables politiques est étonnant, même si le Premier ministre, Nouri al-Maliki, est venu se recueillir sur les cercueils le lendemain du drame. Après la déclaration d'al- Qaida qualifiant les chrétiens d'Orient dans leur ensemble de «cibles légitimes» ce qui est très inquiétant , les Frères musulmans d'Egypte ont appelé à protéger «leurs frères chrétiens». L'accueil des blessés par les hôpitaux de Paris a été perçu comme un signe encourageant et nécessaire. La déclaration de Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, condamnant le massacre de «fidèles chrétiens», est courageuse dans le contexte actuel. Mais il est bien seul. L'émotion est telle qu'elle dépasse le seul contexte irakien. «Nous pouvons espérer que ces morts n'auront pas été inutiles, peut-être provoqueront-elles un sursaut dans les consciences...» me souffle le jeune Hadeer.

Sébastien de Courtois est l'auteur du Nouveau Défi des chrétiens d'Orient, d'Istanbul à Bagdad, JC Lattès, 2009, 279 p.

Pour venir en aide aux chrétiens d'Irak, un appel aux dons est organisé. Chèque à libeller à l'ordre de l'OEuvre d'Orient et à adresser à l'association Kader, 20, rue du Regard, 75006 Paris.




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Source/Lien : Le Figaro



   
 
   
 
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