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Génocide arménien: la communauté préfère la pédagogie à la sanction
Publié le :

La fracture arménienne

de notre envoyé spécial Jean-Michel Demetz, avec Nükte V. Ortaq

En désaccord avec la diaspora, la communauté restée dans le pays dénonce le vote des députés français, qui pénalise la négation du génocide de 1915. Elle préfère la pédagogie à la sanction et craint que l'initiative ne fragilise le dialogue amorcé avec Ankara

Avocate de la communauté arménienne de Turquie (70 000 membres revendiqués), Luiz Bakar ne masque pas sa désapprobation: «Nous sommes unanimes: ce texte est un mauvais coup porté au dialogue entre l'Arménie et la Turquie.» Le texte en question, c'est une proposition de loi, votée le 12 octobre, en première lecture, par l'Assemblée nationale française à l'initiative de députés PS soutenus par l'UMP, visant à punir «ceux qui auront contesté l'existence du génocide arménien de 1915» d'un an de prison et de 45 000 euros d'amende. Longtemps réclamée par les associations arméniennes françaises, cette pénalisation, votée à quelques mois des élections présidentielle et législatives de 2007, choque cette juriste francophile, petit bout de femme énergique. L'initiative survient, en effet, alors que «la Turquie progresse sur la voie de la démocratie à un rythme que nous n'avons jamais connu auparavant», soutient-elle.

La communauté bénéficie du relâchement de l'étau de la république laïque. Dans le climat réformiste de ces dernières années, le tabou qui pesait sur la question du génocide arménien tombe. A l'automne 2005, la fine fleur de l'intelligentsia turque osait même en débattre en plein cœur d'Istanbul. De surcroît, une nouvelle loi sur le droit immobilier des fondations des minorités, autour desquelles s'organise la vie des églises et des écoles grecques et arméniennes, est en voie d'adoption: elle était attendue depuis des lustres. Même si les relations restent tendues avec la république voisine d'Arménie, soumise à un blocus terrestre, la Turquie homologue les diplômes de ses étudiants partis étudier à Erevan et tolère sur son sol entre 10 000 et 15 000 travailleurs clandestins, souvent instruits mais chassés d'Arménie par la pauvreté. Ces dernières semaines, enfin, c'était l'article 301 du Code pénal turc, pénalisant ceux qui attribuent un caractère «génocidaire» aux massacres et déportations de 1915, qui était en passe d'être aboli, sous la pression de l'Union européenne. Ce dernier point risque d'être remis en question. Selon le ministre turc de l'Economie, chargé des négociations avec Bruxelles, Ali Babacan, il serait difficile pour le gouvernement de soutenir, face aux cercles nationalistes au Parlement et dans l'administration, la nécessité d'une plus grande liberté d'expression alors qu'un Etat fondateur de l'Europe, champion autoproclamé des droits de l'homme, limiterait cette même liberté.

C'est pour toutes ces raisons que le patriarche arménien d'Istanbul, Mesrob II, a prononcé une déclaration solennelle conspuant «le sabotage du dialogue par les Français». L'autorité spirituelle a regretté «un texte antidémocratique qui entrave la liberté d'expression et le travail des historiens en servant les nationalistes et racistes des deux camps». En outre, il a demandé au préfet d'Istanbul de prendre des mesures de sécurité autour des écoles et des églises arméniennes. Le patriarche a également pris soin d'afficher ses distances avec la diaspora arménienne en France.

«Si la langue et la culture arméniennes survivent, ce sera grâce aux Arméniens d'Arménie, souligne Luiz Bakar. C'est pour cela qu'il faut aider ces derniers.» La juriste se souvient d'avoir participé à Paris, il y a quelques années, à un colloque international sur les femmes arméniennes «où tout le monde parlait anglais et où les seules personnes à parler arménien étaient les Arméniennes d'Istanbul». Figure intellectuelle de la communauté, le journaliste Hrant Dink ne dit pas autre chose et éclate de rire quand on lui rapporte que le député UMP Patrick Devedjian minimise la portée des positions de ses frères de Turquie en les qualifiant d' «otages»: «Vous croyez qu'un otage parlerait aussi librement que je le fais?» ironise cette cible favorite des ultranationalistes turcs.



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Source/Lien : L'Express



   
 
   
 
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