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La banalisation du négationnisme
Publié le :

La règle du jeu

Ara Toranian

Un président turc qui nie le génocide des Arméniens, c’est un train qui arrive à l’heure. Aussi personne n’a jugé bon de relever le dernières déclarations d’Abduhlah Gül le mardi 27 janvier à Strasbourg. Répondant à une question d’une députée sur le sujet, ce chef d’un Etat qui prétend intégrer l’Europe, a indiqué qu’il ne pensait pas que le mot génocide soit le bon terme pour désigner les événements de 1915, ni qu’il y a eu un génocide. Sans doute cette sortie qui s’inscrit dans la lignée du négationnisme ordinaire du nationalisme turc ne méritait pas le moindre entrefilet dans la presse. Et pourtant, c’est à Strasbourg et non à Ankara que ces propos ont été tenus. Là même où le Parlement européen, le 18 juin 1987, reconnaissait pour la première fois ce génocide en conditionnant déjà toute éventuelle adhésion de la Turquie à sa condamnation. Là encore où le Conseil de l’Europe votait solennellement le 24 avril 1998 une résolution dans ce sens. Mais il en faut visiblement davantage pour impressionner la direction en chef de cet Etat dont le négationnisme ne constitue plus seulement une idéologie à usage interne, mais est en train de devenir un produit d’exportation.

Le ministère des Affaires étrangères que dirigeait le même Abdulah Gül n’avait-il pas officiellement élevé en 2005 le “combat contre les allégations de génocide ” au rang de ses objectifs prioritaires ? La suite a montré qu’il ne s’agissait pas là de paroles en l’air. Ankara intervient partout pour bloquer toute initiative de reconnaissance du fait historique. Le 20 décembre il faisait parvenir un ultimatum à Barack Obama pour empêcher la mise à l’ordre du jour de cette reconnaissance par la Chambre des Représentants. Et le locataire de la Maison Blanche, en dépit de ses engagements antérieurs, a cédé. Comme s’est “aplati ” Nicolas Sarkozy, en envoyant le 27 mai 2007 son conseiller diplomatique Jean-David Lévitte à Ankara pour assurer ses interlocuteurs que le président français veillerait à ce que la loi pénalisant la négation du génocide “meure au Sénat”, selon les révélations de WikiLeaks. Et ce, à peine deux mois après avoir promis le 24 avril 2007 à la communauté arménienne qu’il soutiendrait ce même texte d’inspiration socialiste, voté par l’Assemblée nationale le 12 octobre 2006.

Les exemples de ce type ne manquent pas. Et leur accumulation tend à banaliser l’horreur. Ce qui correspond parfaitement à l’objectif recherché. Pas plus tard que la semaine dernière, on apprenait par une dépêche AFP que le gouvernement turc mettait dans la balance la question de la reconnaissance du génocide par la France, pour octroyer à EDF la construction de la centrale nucléaire civile de Sinop. Ainsi, par petites touches ou piètres chantages, les autorités turques parviennent dans le monde à perpétuer la mise sous le boisseau de ce crime tabou. Une politique de parachèvement du génocide qui perdure depuis son exécution. Et qui, à 4 ans des commémorations du centième anniversaire d’une des plus grandes entreprises d’ extermination du XXe siècle, pourrait finir par s’imposer. A l’intérieur même du pays, le mouvement des intellectuels turcs qui avait lancé une pétition demandant pardon aux Arméniens se fait aujourd’hui bien discret. Comme si l’assassinat à Istanbul de Hrant Dink le 19 janvier 2007, avait tué avec ce journaliste arménien de Turquie, l’élan qui semblait en mesure de faire bouger les lignes.

Hélas, à travers l’offensive actuelle des dirigeants turcs en Europe, ce sont les normes des droits de l’homme qui sont en train de battre en retraite, face au prima de la Realpolitik, de la loi du marché, et leurs corollaires de renoncements et de lâchetés. Les descendants des victimes et les valeurs démocratiques ne sont pas les seuls à pâtir de cet état de fait. Les autorités en place à Ankara continuent à manipuler leur propre peuple, en le trompant sur la réalité de son histoire et en tentant de l’enfermer dans un nationalisme fanatique dont l’arménophobie est le point de ralliement traditionnel et l’antisémitisme la nouvelle obsession en date. Face à tout cela, l’Occident a “bonne mine” en faisant semblant de découvrir le sort des chrétiens d’orient, et des minorités en général, éternels sacrifiés de la raison d’État. Y a-t-il encore quelqu’un prêt à s’indigner dans la salle des ventes ?

Ara Toranian
Directeur de Nouvelles d’Arménie Magazine




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Source/Lien : La règle du jeu



   
 
   
 
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