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La Deutsche Bank, maçon d'Auschwitz. La banque avait accordé des prêts pour sa construction
Publié le :

Liberation

06/02/1999 à 23h38

MILLOT Lorraine

Bonn, de notre correspondante.

Plus une semaine ne s'écoule sans une nouvelle révélation fracassante sur l'implication des banques allemandes dans la machine de mort nazie. Le week-end dernier, l'institut Hannah-Arendt de Dresde dévoilait que la Dresdner Bank avait beaucoup plus participé qu'on le croyait jusqu'alors au commerce de l'«or nazi», y compris bijoux et prothèses dentaires arrachés aux déportés. La dernière révélation en date est plus frappante encore: la Deutsche Bank, première banque privée allemande, a avoué jeudi avoir contribué à financer la construction du camp d'Auschwitz, où ont été tués près de 1,5 million de déportés, juifs pour l'essentiel.

Ils savaient. Les filiales de la Deutsche Bank en Silésie avaient accordé d'importants crédits à dix entreprises au moins qui ont participé à la construction d'Auschwitz, a révélé Manfred Pohl, directeur de l'institut d'histoire de la Deutsche Bank. Pour la première fois, cet historien reconnaît aussi que certains dirigeants de la banque savaient à quoi servaient les installations qu'ils finançaient. Selon Manfred Pohl, il ne fait pas de doute que les dirigeants des filiales de la Deutsche Bank en Silésie «savaient qu'un camp de concentration et d'extermination était construit à Auschwitz». «Il est vraisemblable que le directoire de la banque à Berlin, qui devait autoriser tous les crédits, le savait aussi», poursuit-il.

Le plus étonnant est pourtant que ces faits n'apparaissent qu'aujourd'hui au grand jour, plus d'un demi-siècle après les faits, grâce à la pression des demandes d'indemnisation déposées aux Etats-Unis (lire ci-dessus). La collaboration de la Deutsche Bank, comme de toutes les banques de l'époque, avec le régime nazi était déjà connue depuis longtemps. Dès 1946, un rapport des autorités militaires américaines en Allemagne avait établi que la banque avait profité de l'exploitation de travailleurs forcés dans les entreprises qu'elle finançait. Essentiellement basé sur les interrogatoires des dirigeants de la banque, ce rapport ne mentionnait pas en revanche la construction d'Auschwitz, souligne-t-on à la Deutsche Bank.

Etouffer le passé. Très vite après la guerre, l'effort de reconstruction de la RFA, dans le climat de guerre froide, a permis aux dirigeants des établissements bancaires de taire ce passé pour se refaire une bonne image commerciale. A la Deutsche Bank, ce grand refoulement a même permis à Hermann Josef Abs de refaire carrière, alors qu'il avait été membre du directoire sous le nazisme et membre du conseil de surveillance de l'IG Farben, l'entreprise qui produisait le zyklon B utilisé dans les chambres à gaz. Président du directoire de la Deutsche Bank jusqu'en 1967, puis président de son conseil de surveillance jusqu'en 1976, Abs a longtemps contribué à étouffer ce passé.

En 1995 seulement, pour son 125e anniversaire, la Deutsche Bank s'est décidée à jeter un premier regard critique sur son passé, en publiant un ouvrage de plus de mille pages sur son histoire, dont 95 consacrées à la période nazie. Cette partie, confiée à un historien britannique indépendant, Harold James, reconnaissait que la banque avait commis une «faute morale en participant à l'aryanisation» de l'économie allemande: la récupération et la vente à bas prix des entreprises juives. Dès mai 1933, les dirigeants de la Deutsche Bank avaient accepté le renvoi des deux membres juifs du directoire, rappelait Harold James. Les critiques les plus «véhémentes» jamais élevées par les dirigeants de la Deutsche Bank contre le régime nazi visaient l'ampleur de ses dettes publiques, constatait l'historien britannique.

Révélations à venir. Savamment nuancé, ce récit accorde pourtant aussi quelques circonstances atténuantes aux dirigeants de la Deutsche Bank. «Dans d'autres cas», la banque a «aidé des victimes du régime», en permettant, par exemple, à des entrepreneurs juifs de transférer à l'étranger ce qu'il restait de leur patrimoine, souligne l'ouvrage. Nulle part il ne mentionne non plus le financement d'Auschwitz.

Ce n'est qu'en 1997, en décidant de rassembler toutes ses archives antérieures à 1950 à Berlin et à Francfort (soit une file de documents longue de 9,5 kilomètres), que la Deutsche Bank s'est enfin résolue à passer sérieusement au crible son passé nazi. Les révélations de cette semaine sur les activités de ses filiales de Silésie ont ainsi été retrouvées dans des documents longtemps enfouis à Hanovre, où ils avaient été transférés à la fin de la guerre. Les dirigeants de la Deutsche Bank avouent d'ailleurs aujourd'hui que l'exploitation systématique de ces archives ne fait que commencer. De nouvelles révélations sont à prévoir, à la Deutsche Bank ou ailleurs.

D'autres établissements de crédit, dont la Dresdner Bank, ont participé au financement du camp d'Auschwitz, affirmait vendredi le quotidien économique allemand Handelsblatt. La Dresdner Bank a démenti, assurant ne détenir «aucune information de cet ordre». La direction de la Dresdner Bank avoue pourtant aussi que ses propres recherches sur son passé, confiées à l'institut Hannah-Arendt de l'université de Dresde, ne font que commencer. Les banques allemandes semblent découvrir soudain leur histoire, comme si les faits dataient d'hier. Elles n'en auront que plus de mal à faire valoir aux victimes qu'il s'agit là d'un passé ancien dont les dirigeants actuels ne sont pas comptables.





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Source/Lien : Liberation



   
 
   
 
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