Aujourd'hui : Mardi, 16 octobre 2018
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Nisanyan, l'Arménien qui tient tête à Ankara
Publié le : 18-02-2011

Par Laure Marchand

18/02/2011 | Mise à jour : 09:45

Le Figaro

Contre cet intellectuel, retranché dans son village de Sirince, dans l'ouest de la Turquie, quatorze procès sont en cours.

À Sirince

Dans l'ouest de la Turquie, près de l'antique Éphèse, Sevan Nisanyan est retranché dans son village de Sirince. Cet intellectuel arménien sait que son bras de fer contre les autorités turques peut pencher à tout instant d'un côté ou de l'autre. Mercredi, des gendarmes ont coupé l'électricité de ses dix maisons d'hôtes construites sans permis et exigé l'évacuation des lieux. Les bulldozers, encadrés par un contingent militaire, devaient entrer en action à l'aube, hier. L'ordre de démolition a été suspendu in extremis. «Mais nous nous attendons à un nouvel assaut imminent», dit-il. La rébellion de Sirince, soutenue par les cercles libéraux, dépasse largement le contentieux immobilier. C'est une bataille d'une guerre plus large, totale, que Sevan Nisanyan mène contre l'État turc, «dernier régime fasciste», selon lui, édifié sur le génocide de son peuple en 1915.

«J'ai rompu le contrat»

À son actif, il a actuellement quatorze procès en cours pour construction illégale et une condamnation à dix ans de prison en première instance… «À ce compte-là, c'est toute la Turquie qui est illégale et qu'il faut raser! tonne-t-il. Les Arméniens ne sont tolérés dans ce pays que s'ils courbent l'échine et ont un portrait d'Atatürk. En contestant, j'ai rompu le contrat.» Sevan Nisanyan a fait de Sirince et de ses bâtisses blanches l'une des destinations les plus courues du pays. Le tout-Istanbul se presse dans les pensions qu'il a conçues, de l'arrière-cuisine à la cheminée. Affichée dans la réception de l'hôtel, une photo résume le personnage: Nisanyan, tel un monarque sur son trône, affiche un sourire goguenard alors que des gendarmes le portent sur son fauteuil. C'était en 2004 et, déjà, les gendarmes tentaient de le déloger. Rien ne le flatte plus que de lui dire qu'il est fou.

Il faut l'être pour, comme l'an dernier, porter la contradiction sur un plateau télé à l'historien Yusuf Halaçoglu, cerbère du négationnisme d'État. Et il faut être un peu kamikaze pour écrire dans le quotidien Taraf, autre poil à gratter de l'idéologie kémaliste, un édito parodiant le Discours à la jeunesse d'Atatürk, placardé dans toutes les classes du pays. Outrage ultime dans un pays où le culte du père de la nation a remplacé celui de Dieu.

Les lettres de menaces ont plu contre ce provocateur né: «Nous t'obligerons à reprendre le texte original avec ton sang, nous te tuerons comme le chien Hrant Dink (journaliste arménien assassiné à Istanbul le 19 janvier 2007, NDLR).» Nisanyan établit une relation de cause à effet entre le zèle des juges à Sirince et ses pamphlets. Ce surdoué, qui partit étudier la philosophie à Yale à 17 ans puis les sciences politiques à Columbia, boulimique de savoir, polyglotte et qui, enfant, se distrayait en mémorisant le Petit Larousse illustré, a acquis précocement un sens politique aigu: «Dès le collège, j'ai détesté tout ce qui avait trait au nationalisme, au kémalisme et au militarisme, bref j'ai développé un profond mépris pour ce système politique qui prône la supériorité de la race turque.» Chez lui, dans le quartier bourgeois de Nisantasi, à Istanbul - son père est architecte -, on ne dit mot sur les atrocités de la Première Guerre mondiale. Sa famille proche a été épargnée. Mais le garçon ressent au quotidien l'hostilité de la République envers les minorités. Et lorsqu'aux États-Unis, étudiant, il prend conscience du génocide, sa découverte le conforte dans son «obsession de détruire l'État turc; j'étais alors marxiste».

Si, à 54 ans, il ne l'est plus depuis longtemps, cet universitaire a en revanche fait de sa révolte de collégien sa boussole intellectuelle. «Mes livres ont un seul but: déconstruire l'idéologie raciste.» C'est en entendant 100.000 de ses concitoyens crier «Nous sommes tous des Arméniens» lors des funérailles de Hrant Dink, qu'il décide de publier La République faussée, une attaque en règle des fondements de la République d'Atatürk, qui dormait, par précaution, dans ses tiroirs. «Cette manifestation spontanée n'a pas été réprimée. J'ai compris que, en tuant un Arménien, le régime était tombé.» L'étau qui se resserre contre Sirince montre qu'il remue tout de même encore.

Travail de Titan

Détail savoureux, Sevan Nisanyan est sans doute le meilleur connaisseur de la langue turque. Il vient de publier Le Pays qui a oublié son nom, une somme sur la «turquification» de l'Anatolie destinée à faire remonter à la surface son identité multiculturelle. Depuis son village, il poursuit un autre travail de Titan: il a créé Index Anatolicus, site Internet interactif pour recenser les anciens noms arméniens, syriaques, ottomans, kurdes ou grecs des villages débaptisés au XXe siècle. C'est donc un Arménien qui fait «découvrir aux Turcs leur pays et leur histoire».

Par Laure Marchand




Retour à la rubrique


Source/Lien : Le Figaro



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org