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Pinar Selek: une sociologue face à l’acharnement judiciaire
Publié le : 18-03-2011

Le Monde - Blogs

Le blog de Gillaume Perrier correspondant du Monde

17 mars 2011

Petit retour sur l’affaire Pinar Selek . Cette sociologue engagée dans les causes perdues: le féminisme, les droits de l’homme, les droits des gays, lesbiennes et transsexuels, la question kurde, est la victime d’un acharnement de la justice turque depuis 13 ans.

En juillet 1998, une explosion au bazar égyptien d’Eminönü fait 7 morts et 120 blessés. L’origine est confuse. Attentat ou accident? Le PKK est immédiatement accusé par une partie de la presse d’avoir posé une bombe. La police mène des arrestations dans les milieux kurdes. Pinar Selek, qui conduit des enquêtes de terrain sur le PKK, est arrêtée à son tour. On l’interroge sur ses recherches, ses contacts. Elle est torturée pendant plusieurs jours. Puis emprisonnée.

Malgré l’absence de preuves crédibles, Pinar est accusée depuis 1998 d’avoir participé à cet “attentat”. L’accusation repose sur le seul aveu d’un jeune homme qui l’a dénoncée, sous la torture, mais qui s’est rétractée à chaque fois devant les juges, expliquant n’avoir jamais rencontré Pinar Selek. Pire, la quasi totalité des rapports d’experts commandés par la justice ont conclu que l’explosion du bazar était due à une fuite de gaz, probablement dans un four à pide…

Mais Pinar est toujours sous la menace judiciaire. Son cas est devenu un test démocratique pour la Turquie. En février 2011 elle a été acquittée pour la troisième fois par la cour criminelle d’Istanbul. Mais pour la troisième fois, la cour de cassation a annulé le jugement et maintenu les accusations. Cela fait 13 ans que la justice turque pourchasse cette sociologue. Depuis Berlin où elle vit désormais, Pinar Selek raconte:

« Le chemin de la justice et de la démocratie est un long chemin. Il faut continuer à résister. J’ai eu beaucoup de chances, je ne me suis jamais sentie seule depuis 13 ans. Un mouvement de solidarité s’est créé. Au départ on se disait que cette procédure était absurde, que cela ne durerait pas plus de deux mois. Mais 13 années ont passé. Je continue pourtant à être optimiste. Je suis sûre que les juges vont résister à cet acquittement. Il y a une intense lutte au sein de la justice, la cour de cassation a annulé trois fois la décision de la cour, sans motif valable et juridique. Il est très clair que ce procès n’a rien de juridique. C’est un procès politique. Ils m’ont choisi comme symbole de leur lutte mais ils ont échoué, cette bataille, les démocrates l’ont gagnée en Turquie.

La poursuite de ce procès s’ajoute aux tortures déjà subies. Les conséquences psychologiques de tout cela sont très lourdes.

Pourquoi suis-je devenue une cible ? Je crois qu’il n’y a pas une raison unique. D’abord j’enquêtais sur le mouvement kurde, le PKK. Au départ c’était à cause de cela. Quand j’ai été arrêtée en 1998, pendant l’interrogatoire, on m’a beaucoup questionné sur mon père, Alp Selek. Il est avocat, défenseur des droits de l’homme, membre du parti ouvrier de Turquie (TIP), qui a été dissout après le coup d’Etat de 1980. Il a été jeté en prison pendant 4 ans et demi. C’était un démocrate. Les policiers qui m’ont torturé et interrogé ont aussi parlé de mon grand-père, Haki Selek. Il était député du TIP et l’un des pionniers de la gauche révolutionnaire. Je crois que j’étais la victime d’une sorte de haine familiale.

Quand ils m’on arrêtée, ils ne m’ont pas parlé de l’explosion du bazar égyptien, ils ne m’ont pas accusé d’un attentat, mais d’avoir aidé le PKK. Ils ont raconté avoir trouvé des bombes dans l’atelier que j’avais créé à Beyoglu avec les enfants des rues. Mais les avocats ont démontré que c’était faux. Ils voulaient connaître le contenu de mes recherches. On me connaissait parce que mes travaux sociologiques étaient très concrets. Je suis une militante antimilitariste, non violente, une sociologue qui tente de comprendre et de proposer…

Ensuite un jeune homme m’a dénoncée comme étant responsable de l’explosion du bazar égyptien. Mais au procès, il a expliqué qu’il avait déclaré cela sous la torture et qu’il ne m’avait jamais vue. Comme ils ne pouvaient pas prouver ces accusations, au bout de deux ans et demi, j’ai été libérée. A ma sortie de prison, il y avait beaucoup de monde pour m’accueillir. J’ai dit que je voulais continuer ma lutte et mes activités. Je suis pacifiste et féministe. Le fait que je sois une femme renforce leur ressentiment. Ils veulent me faire taire parce que je suis une femme, jeune, et que j’ai dépassé les limites. Leur mentalité ne le tolère pas. C’est l’expression d’une virilité militariste et conservatrice.

Moi je ne me suis jamais cachée, c’est important de faire les choses ouvertement. J’ai toujours critiqué l’armée, parlé sans retenue du génocide arménien.

Le gouverrnement dirigé par l’AKP n’est pas responsable de ce complot. Eux aussi sont en lutte contre ces groupes extrémistes. Mais je ne suis pas non plus quelqu’un qui mérite, à leurs yeux, de se mobiliser. Mon combat n’est pas valable, ni aux yeux des kémalistes, ni des conservateurs. Je milite beaucoup pour le droit des gays, lesbiennes et transsexuels. Ce n’est pas quelque chose de très valorisant pour l’AKP. Sur les question kurde, arménienne, les questions de genre, nous ne sommes pas d’accord.

Il y a des milliers de dossiers scandaleux dans le système judiciaire turc. Aujourd’hui on continue à créer de fausses preuves sous la torture. Le problème kurde n’est toujours pas réglé et il n’y a toujours pas de système judiciaire réellement démocratique. Le meilleur exemple est le cas du procès des assassins de Hrant Dink. C’est d’ailleurs la 9e chambre de la cour de cassation qui a annulé mon acquittement et décidé que j’étais une « terroriste », la même que celle qui avait décidé que Hrant Dink était un traître à la patrie. Ils veulent nous terroriser parce que nous sommes indépendants des partis politiques. C’est la même chose pour l’écrivain Dogan Akhanli”.




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Source/Lien : Le Monde - Blogs



   
 
   
 
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