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Le négationnisme au Mémorial de la Shoah
Publié le :

Depuis l’invention du mot en 1987 par Henry Rousso, historien, directeur de l’Institut de Recherche sur l’Histoire du Temps Présent, le négationnisme concerne d’abord la négation de la Shoah mais aussi par extension deux génocides avérés du xxe siècle, la négation du génocide des Arméniens et de celui des Tutsi au Rwanda. Situations très différentes, et par l’identité des négateurs et par leurs méthodes de déni. Le Mémorial de la Shoah a organisé sous la coordination de l’historien Yves Ternon, auteur d’Enquête sur la négation d’un génocide (éd. Parenthèses, 1989), cinq rencontres autour de cette thématique.

Le Collectif VAN vous propose le compte-rendu de la dernière rencontre qui s’est tenue le Jeudi 16 novembre 2006 à 19 h, avec pour thème : « Le négationnisme sur Internet ». Gilles Karmasyn, spécialiste des systèmes d’information, directeur du site internet «http://www.phdn.org/» (pratiques de l’histoire et dévoiements négationnistes) et auteur d’une étude très pointue sur le sujet du négationnisme du génocide arménien sur internet (parue dans la Revue d’histoire de la Shoah, no 177-178, janvier-août 2003) en était l’orateur.

Gilles Karmasyn : « Le négationnisme sur Internet »

Pour commencer, un constat à méditer : « au Cambodge, la négation du génocide en cours d’exécution, en a permis la poursuite ».

Les quatre axes du négationnisme

Le négationnisme se définit selon 4 axes qui au final se rejoignent pour justifier le discours initial des bourreaux :

- La négation de la volonté de tuer
- La minimisation de l’ampleur du massacre
- Les modalités du meurtre de masse
- L’innocence des victimes

Les méthodes du négationnisme

Le négationnisme agit selon des méthodes infaillibles :

- Une forme crédible : interventions « neutres » de pseudo-historiens, écrits avec des notes de bas-de-page, des références aux sources (détournées ou fausses), un scepticisme de bon aloi faisant du doute un facteur de connaissance, etc.
- Un discours hypercritique
- Des falsifications : « un mensonge négationniste s’énonce en une fois et se réfute en vingt ». (Nota CVAN : on pourrait même écrire « se réfute en vain »… !)

Ce que les négationnistes nient :

Attention les négationnistes ne nient pas :
- les camps de concentration, mais la cause de ceux-ci
- les fours crématoires, mais leur finalité
- la déportation politique ou raciale

Le Révisionnisme est une approche de l’historien. Une interprétation des faits.

Les grandes dates de l’antisémitisme et du négationnisme :

En 1920, le Times de Londres publie le Protocole des Sages de Sion.
En 1978, Faurisson écrit dans Le Monde.
A partir de 1990, la Loi Gayssot contribue à réduire la propagation du discours négationniste. Ses effets sont notables jusqu’en 1996.

En effet en 1990, l’accès à Internet rentre dans la sphère publique et prend son essor vers 1996. Le négationnisme avait déjà utilisé dès les années 80, les nouvelles technologies de communication (BBS) pour se diffuser.

L’Internet permet :

- Une présence permanente
- Un contournement des législations locales
- L’accès à des informations négationnistes par tout public, non formé et susceptible d’être ébranlé.

N’importe qui peut diffuser n’importe quoi. Une seule personne devient dans le même temps Auteur, Editeur, Diffuseur.

On peut réellement dater de 1988, l’émergence des discours négationnistes sur le web.
La première expression en fut le négationnisme du génocide des Arméniens sur les forums de discussion (Usenet).

Dans les années 92/94, Serdar Argic diffuse des milliers d’articles négationnistes par mois. En fait il s’agit d’un programme informatique mis au point par un étudiant turc aux Etats-Unis (Hamet Kocar, Hassan Benuglu), qui repère automatiquement le mot « Turkey » dès que celui-ci apparait sur un forum internet, et envoie en réponse, un texte niant le génocide arménien. Ce qui a donné lieu à des effets secondaires cocasses, le mot « turkey » signifiant également « dinde » en anglais, quiconque postait un message faisant allusion à la dinde de Thanksgiving par exemple, recevait aussitôt une prose l’informant qu’il n’y avait pas eu de génocide arménien…

Ce phénomène a été suivi par le négationnisme de la Shoah.

1995 : le premier site sur Internet est Stormfront, site raciste et proche des Nazis.
(Stormfront White Nationalist Community). (Nota CVAN : toujours accessible malheureusement : Stormfront White Nationalist Community)

1996 : les premiers sites négationnistes apparaissent.
- Le site d'Ernst Zündel, néo-nazi réfugié au Canada.
- Le site de Radio-Islam (Radio islam qui diffuse ce que l’on peut qualifier « d’antisémitisme porno »)

- L’AAARGH ! de Serge Tion et Pierre Guillaume (Nota CVAN : site bloqué désormais à partir de la France, mais toutes les manières de contourner l’interdit restent accessibles sur d’autres sites…).

Tous les écrits de Bardèche et Rassinier sont sur l’AAARGH ! (site appelé ainsi car à une certaine époque les moteurs de recherche classaient les sites par ordre alphabétique).

Usenet :

Analyse des propos tenus sur les forums de discussion.

- Beaucoup de violence déployée. On a là une formalisation explicite du fait qu’on pouvait y diffuser un discours raciste et négationniste comme arme de cyberguerre. On remarquera que les négationnistes excellent dans les pleurnicheries qui tendent à les faire passer pour des victimes.
- 1995 : les premiers propos racistes sur les forums francophones ne rencontrent aucune complaisance. Mais continuent néanmoins en « bruit de fond » permanent.
- 2002 : un certain ralentissement du négationnisme est noté.

Face à ces sites et forums qui représentent un danger pour les élèves, on ne peut que déplorer l’indigence du contenu francophone sur la Shoah et le négationnisme. A part le site du Mémorial de la Shoah (Mémorial de la Shoah), Ressources documentaires sur le génocide nazi et sa négation (Pages personnelles de Michel Fingerhut), peu de sites tiennent la route.

Pourquoi les autorités ne réagissent-elles pas ? En cause, la faible volonté politique de lutter contre les propagandes de haine sur Internet. Les faibles ressources sont toutes concentrées (et on le comprend) sur la lutte contre la pédophilie.
Le poids des internautes libertaires n’est pas étranger à cette prudence excessive.

La LCEN (Loi sur la Confiance dans l’Economie Numérique), votée en 2004, a un impact relatif. Il a fallu prouver que stopper la mise en ligne de l’AAARGH ! à la source était impossible. La loi prévoit que « si tous les recours juridiques ont été utilisés sans résultat » alors on peut saisir le juge des Référés pour demander le filtrage au niveau des fournisseurs d’accès. Cette procédure, rendue possible par le fait que la loi Gayssot interdit le négationnisme de la Shoah, est très couteuse à mettre en place (déplacements aux USA, avocats, etc).

Si le filtrage est techniquement faisable et facile, il n’est pas applicable :

- sur les forums de sites web
- sur les vidéos mises en ligne (ex YouTube)
- sur les blogs

Le négationnisme est également présent hors de la sphère internet (exemple : une édition du Quid avait repris ses évaluations des victimes de la Shoah directement d’un texte de Faurisson !).

Face au négationnisme, les Arméniens se débrouillent comparativement mieux, mais ils ont en face d’eux un Etat : l’Etat négationniste turc qui ne lésine pas sur les moyens !
Les Arméniens sont donc eux aussi noyés sous la masse d’informations négationnistes émanant de dizaines de sites. Toutes les institutions turques sont sponsorisées par l’Etat turc et relaient ces informations.
Il y a des sites violemment anti-arméniens : Cf Tête de Turc.
D’autres sites émanent d’individus turcophiles qui tiennent des propos du type de ceux de Pierre Loti (extrêmement raciste envers les Arméniens).
Le négationnisme turc a ceci de particulier qu’il est le seul à ce jour, a émaner d’un Etat. Ce qui explique sa force. Cette virulence n’a pas d’équivalent en ce qui concerne le génocide des Juifs, qui n’ont pas à lutter contre un négationnisme d’Etat. Ce sera peut-être le cas si l’Iran s’y met…

En conclusion :
La loi Gayssot était efficace avant l’essor de l’Internet et son efficacité est relative depuis. Mais quoiqu’il en soit, des actions comme celle entreprise contre l’AAARGH ! n’auraient pas été possibles sans cette loi.

Gilles Karmasyn, interrogé par le public sur la loi pénalisant la négation du génocide arménien, a estimé qu’au vu de l’incitation à la haine anti-arménienne sur les sites internet turcs, cette loi était nécessaire. Et qu’elle seule pourra permettre d’intenter des actions identiques à celle entreprise contre l’AAARGH !.

A la question de savoir s’il existait dans la nébuleuse des sites négationnistes de la Shoah, des sites négationnistes agissant sous le couvert d’une pseudo-identité juive suivant la tactique des négationnistes turcs qui empruntent une identité arménienne (comme le Collectif des Démocrates Arméniens d’Europe - CDAE), Gilles Karmasyn note seulement l’existence de deux Juifs antisémites (dont un très bon clarinettiste) et conclut son exposé par ces mots : « Les Turcs mènent le bal dans la perversité de la présentation du négationnisme ».

Compte-rendu du Collectif VAN
23/11/2006



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