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Génocide arménien : un tabou qui se fissure
Publié le :

Nouvel Obs

Créé le 02-02-2012 à 15h08 - Mis à jour le 03-02-2012 à 06h47

Par Le Nouvel Observateur

Le texte français contre la négation des génocides a provoqué le courroux d'Ankara. Et des réserves parmi les intellectuels turcs. De notre correspondante en Turquie, Laure Marchand.

Le portail grince, une bande de corbeaux s'envole dans un croassement sinistre au-dessus des pins décharnés, deux chiens errants s'enfuient... Les visiteurs sont rares sur la colline de la Liberté. Les mausolées de Talaat Pacha et d'Enver, les principaux organisateurs du génocide arménien qui, pendant la Première Guerre mondiale, fit plus d'un million de morts, sont érigés dans ce parc coincé entre deux voies rapides. Grignotés par l'urbanisation, ces symboles du négationnisme de l'Etat turc, à l'oeuvre depuis bientôt un siècle, n'en sont pas moins toujours plantés au coeur d'Istanbul.

Le vote en France d'un texte pénalisant la négation des génocides d'une peine d'un an d'emprisonnement et d'une amende de 45.000 euros - entériné par le Sénat le 23 janvier - dresse Ankara vent debout pour défendre l'idéologie officielle. Pourtant, ces dernières années, le tabou entourant le caractère des massacres ordonnés par le parti Jeunes-Turcs dans un Empire ottoman en pleine déliquescence s'est largement fissuré.

Paradoxe

"La situation est paradoxale, décrypte Cengiz Aktar, universitaire qui pousse l'Etat à faire face à son passé. D'une part, la loi française suscite un déferlement négationniste, de l'autre, on peut désormais prononcer le mot 'génocide' dans les médias sans se faire sautera la gorge." Ni se faire assassiner. Cinq ans ont passé depuis que Hrant Dink, journaliste d'origine arménienne, a été abattu à Istanbul par un jeune ultranationaliste turc. Ce jour funeste a fonctionné comme un électrochoc dans la société civile. Depuis ce 19 janvier 2007, documentaires, livres, études universitaires sur 1915 se multiplient.

Fin 2010, une conférence sur le génocide a réuni des scientifiques du monde entier à Diyarbakir, dans l'Est, sans entrave de l'administration. Les petits-enfants des Arméniennes turquifiées de force et les "dönme", Arméniens qui se sont convertis à l'islam pour échapper à la mort, sortent prudemment de l'ombre et aident la Turquie à retrouver la mémoire. La "question arménienne" a profité de la libéralisation du pays, soutenue par le processus d'adhésion à l'Union européenne, au cours de la dernière décennie.

Ayse Günaysu, présidente de l'Association des Droits de l'Homme à Istanbul et organisatrice d'une commémoration publique du génocide le 24 avril 2011, n'a cure des convulsions nationalistes suscitées par la loi française. Protéger en France les descendants des victimes du génocide de la "violence absolue" des campagnes "de négationnisme honteux des activistes turcs" pousse cette militante à approuver ce texte.
Le "syndrome de Sèvres"

Mais l'impact côté turc de l'initiative française suscite de nombreuses réserves. "Un simple citoyen turc, pas éduqué, pourra être condamné en France, mais pas l'Etat turc lui-même qui est négationniste, explique Robert Koptas, rédacteur en chef d'"Agos", hebdomadaire fondé par Hrant Dink. C'est problématique." Bercée par une rhétorique anti-arménienne dès l'école, une large part de la population ignore en effet tout de cette page sombre de son histoire.

Elle est en revanche sujette à ce que les historiens nomment le "syndrome de Sèvres", la ville où a été signé en 1920 le traité de paix imposé par les pays occidentaux victorieux, qui découpait en lambeaux l'Empire ottoman. Il en est resté dans la conscience collective une paranoïa envers les "puissances impérialistes" hostiles. Pour Ahmet Insel, un des initiateurs d'une pétition d'excuses aux Arméniens pour la "Grande Catastrophe", la loi "est perçue comme une intrusion de l'étranger et ravive ce syndrome".

Chez les Turcs, l'évocation du génocide attise aussitôt la peur de revendications territoriales soit de l'Etat arménien, soit de citoyens arméniens de la diaspora sur l'ancienne Arménie occidentale, devenue la partie orientale de la Turquie. Et elle vient secouer les fondements de l'Etat établi en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk. La République turque s'est construite en dépossédant et en expulsant les minorités non musulmanes. L'économie nationale, comme sa nouvelle bourgeoisie, a prospéré sur la spoliation massive des biens des Arméniens. Comment admettre ce péché originel ?

Ankara préfère persister dans le déni, comme en témoigne son courroux contre la France. "Cette attitude constitue aussi un message préventif adressé aux Etats-Unis", ajoute Ahmet Insel. Les Turcs ont les yeux rivés sur le 24 avril prochain, date anniversaire du début des massacres de 1915, et se demandent, inquiets, si Barack Obama, en pleine campagne présidentielle, reconnaîtra le génocide. Et les écueils pour les autorités turques vont se multiplier sur la scène internationale. Le centenaire des massacres approche. En 2015, les pressions viendront du monde entier.

Laure Marchand - Le Nouvel Observateur




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Source/Lien : Nouvel Obs



   
 
   
 
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