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Deux « bâtards » arméniens à la manifestation sur Khojaly
Publié le :

NAM

Ci-dessous un article traduit du turc concernant la “commémoration“ des massacres de Khojaly à Istanbul le 26 février dernier. Il a été publié dans Radikal le 28/02 et ensuite dans plusieurs médias turcs.

Par Aris Nalci, Istanbul

Malgré le cessez-le-feu officiel entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, on dénombre chaque semaine une dizaine de morts due au conflit qui perdure dans l’enclave du Kharabagh, conflit utilisé par les deux Etats dans leurs propagandes respectives Viennent au premier plan les massacres de Khojaly1 et de Soumgaït2 dont chacun accuse l’autre et en fait un outil de guerre psychologique tant sur le plan international qu’interne.

Le 26 février on commémorait les massacres de Khojaly à Istanbul. Le rassemblement a réuni une foule animée par la colère, le ressentiment et la haine. Les sentiments s’expliquent...

Environ une semaine avant ce rassemblement, on pouvait lire un peu partout, du centre d’Istanbul à l’aéroport, « Ne vous laissez pas berner par les mensonges arméniens » et « Plus jamais Khojaly » ; titres des panneaux qui appelaient audit rassemblement tous les Turcs et les « frères » des Turcs.

Munis d’une petite caméra, nous nous sommes mêlés à la foule pour tenter de comprendre les motivations, et également cerner pourquoi des groupes nationalistes turcs qui n’avaient jamais commémoré les massacres de Khojaly durant vingt ans, le faisaient aujourd’hui... Sans l’aval de la municipalité, ces pancartes n’auraient pas pu être affichées. En découvrant ces panneaux, notre sang n’a fait qu’un tour... pour se glacer.

Mais nous autres, Arméniens de Turquie, avons l’habitude de ce genre d’humiliations (même s’il serait de bon aloi de ne pas prendre ce genre d’habitudes) et n’avons donc pas été trop scandalisés.

Au temps de l’ASALA déjà, les médias vomissaient les mêmes discours haineux. Il semblerait que le vomissement ne soit pas achevé.

Aujourd’hui, le discours haineux était apposé sur d’immenses affiches publicitaires. Le but avoué étant de partager la douleur. Or, si tel était le cas, seule l’annonce « Plus jamais Khojaly » aurait suffi. Or, toutes ces affiches étaient placardées de façon binaire et la première renvoyait toujours à la deuxième qui n’était jamais à plus de trois mètres : « Ne vous laissez pas berner par les mensonges arméniens ».

Mais comment ces affiches ont-elles été financées ? En effet, le coût d’une telle campagne publicitaire est exorbitant excepté si tout ou partie est subventionnée par la municipalité qui dès lors veut clamer son soutien à l’action publicitaire. Et oui, une partie du placardage appartient bien à la municipalité métropolitaine d’Istanbul.

Intéressant, mais pas très étonnant. Après tout, nous vivons dans une Turquie qui affirme à l’Europe « nous prenons soins de nos minorités » et clame en même temps à ses citoyens « si nécessaire, nous nous débarrasserons de nos 100.000 Arméniens ».

D’un côté l’espoir avec la rédaction d’une nouvelle Constitution prenant en compte les minorités non musulmanes du pays et la réouverture de l’affaire Dink, actes qui permettent à la Turquie de démontrer sur le plan international : « Regardez, nous progressons ! ». Et de l’autre côté, cette même Turquie autorise à insulter impunément ses citoyens d’origine arménienne. « Vous êtes tous des Arméniens, vous êtes tous des bâtards3 ! »

Des centaines de personnes réunies à Beyoglu portaient une pancarte scandant « vous êtes tous des Arméniens, vous êtes tous des bâtards ! ». Tous étaient animés par la même volonté : « casser de l’Arménien ».

Même nous autres, Arméniens de Turquie, habitués aux humiliations, avons été scandalisés, je n’ose donc imaginer l’effet d’une telle manifestation sur les Arméniens d’Arménie et ceux de la diaspora.

Contrairement à l’homme que j’interviewais, mes mains ne tremblaient pas car j’étais parmi cette foule, admettant la véracité des massacres de Khojaly, présent pour une commémoration et non une démonstration de haine. Cet homme, Azéri et faisant partie du comité organisateur, avait du mal à m’expliquer pourquoi un citoyen turc (moi en l’occurrence) était insulté de la sorte.

« Celui qui est insulté, ce n’est pas toi, c’est tous ceux qui ont tué nos enfants à Khojaly » m’expliquait-il pendant qu’une vieille dame, ayant perdu son fils dans le conflit du Kharabagh, me hurlait sa détresse. Il a dû se rendre compte que sa réponse n’était pas satisfaisante, puisque je lui rétorquai : « Lorsque des Turcs assassinent des enfants, il devient légitime de scander que tous les Turcs sont des bâtards si l’on se réfère à ce qui s’est passé à Uludere4 ? ». Et ainsi, notre conversation s’éternisait... « Pourquoi la Turquie ne proclame-t-elle pas une loi contre la négation du génocide azéri ? »

Il était évident que les organisateurs avaient préparé des jeunes capables de tenir un discours politiquement correct. Mon interlocuteur était l’un d’entre eux et s’interposait à chaque fois que je tentais de discuter avec une personne lambda. A chaque parole désobligeante lancée par l’un des manifestants, le jeune homme se hâtait de rectifier les propos.

Mais parmi la foule, un vieil homme d’une septantaine d’années nous interpellait « Allez demander à Sevgi Erenerol ce qui s’est passé à Khojaly ». Les choses semblaient être très confuses ce jour-là. Qu’avait donc à faire Sevgi Erenerol, patriarche des Turcs orthodoxes, dans les massacres de Khojaly ? Le vieil homme tentait de nous maudire sans nous insulter... mais malheureusement, c’était tellement incongru que c’en est devenu comique. Celui qui désormais était devenu notre guide azéri tentait toujours de nous convaincre : « Oui, bien sûr, vous partagez notre peine. Mais alors pourquoi ne vous battez-vous pas pour que la Turquie édicte une loi contre la négation du génocide azéri ? ».

Vivant en Turquie depuis 31 ans, jamais je n’avais assisté à une commémoration des massacres de Khojaly, et encore moins un aussi grand rassemblement azéri.

DĂ©fier la France

On pourrait appliquer une lecture différente à cette manifestation car il est évident que les autorités municipales ont dû recevoir des ordres d’assez haut afin de soutenir cet événement.

Certaines personnes portant cravate et costume, collectaient ces affiches scandant la « batârdise » des Arméniens, elles semblaient très bien organisées et en liaison directe avec le censorat et il devenait évident que cette manifestation avait pour but principal de s’élever contre la loi Boyer et décriait les préparatifs de la diaspora pour le centenaire de la commémoration du génocide arménien en 2015.

La pertinence d’une telle compréhension se justifie par les slogans de haine contre la France et la diaspora arménienne qui n’ont cessé d’être scandés du début à la fin du cortège. Qu’ont donc la France et la diaspora arménienne à voir avec les événements de Khojaly, puisque les sources azéries présentent les instigateurs des massacres comme étant l’Armée d’Indépendance arménienne. Encore une fois, la tentation de penser que cette commémoration n’était qu’une excuse à un épandage de haine est forte.

L’aversion était lisible dans les yeux de ceux que nous avons rencontrés. La majorité d’entre eux ne savait même pas ce qui était inscrit sur leurs pancartes, d’aucuns étant là pour accompagner leurs petites/petits amies/amis et d’autre pour faire plaisir à leurs amis. Personne ne se souciait de nier ce qui s’était passé en 1915, chacun était obnubilé par ses propres massacres.

Une jeune fille de 19 ans répondait innocemment et avec une incroyable sincérité à notre question “pourquoi portes-tu cette pancarte ?” (traitant tous les Arméniens de bâtards) par : “parce que les Arméniens ont avili notre nation, non ? ». La candeur et l’hésitation presque ingénue de sa réponse résumaient toute la manifestation.

Si un jour nous étions capables de nous élever contre tous les génocides ou massacres, unis, sans distinctions ethniques, nous serions capables de les commémorer ensemble, en commençant par le dernier en date ; celui d’Uludere (où de simples citoyens étaient pris pour cibles par l’armée turque en décembre 2011). Or, ce 26 février, la commémoration n’était qu’un leurre à visée politique Même les habitants de Khojaly n’auraient pas cru en la masquerade jouée aujourd’hui ; tout particulièrement en entendant le discours du Ministre de l’Intérieur, Mr. Idriss Naim Shahin.

Heureusement, tout passe et sÂ’efface dans ce pays, Ă  lÂ’image du ramassage des pancartes par les Ă©boueurs de Beyoglu.

• Les massacres de Khojaly : perpétrés le 8 mars 1992 par des milices arméniennes en territoire azéri à l’époque, désormais faisant partie de l’enclave du Kharabagh.

• Les massacres de Soumgaït : pogrom visant la population arménienne dans la ville de Soumgaït en Azerbaïdjan soviétique durant le mois de février 1988.

• Le mot « piç » signifiant « fils de pute », mais nous utiliserons le terme « bâtard » afin de ne pas choquer le lecteur.

• Le 28 décembre 2011, deux F16 de l’armée turque bombardait des civils à la frontière irakienne. Il semblerait que l’armée ait été mal informée. 36 Kurdes y ont laissé la vie. L’Etat turc ne s’est jamais excusé de son « erreur ».

mardi 6 mars 2012,
Ara ©armenews.com


Lire aussi:

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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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