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Âmes errantes : La mémoire retrouvée des Arméniens cachés d’Anatolie
Publié le :

Libération

Critique : La mémoire retrouvée des Arméniens cachés d’Anatolie

03 mai 2012 à 19h06

Par MARC SEMO


Les Turcs appelaient «restes de l’épée» (kiliç artigi) ces Arméniens, surtout des femmes et des enfants, qui ont échappé au génocide de 1915, enlevés ou protégés par des familles musulmanes. Le journaliste arménien de Turquie Hrant Dink parlait, lui, «d’âmes errantes» et a tenté, jusqu’à son assassinat à Istanbul en 2007, de retrouver cette mémoire engloutie, reconnaissant qu’en Turquie, «il est encore plus difficile de parler des vivants que des morts». Nul ne sait combien sont les descendants des rescapés restés en Anatolie orientale se cachant ou le plus souvent se convertissant à l’islam, tout en se fondant parmi les populations turque et kurde.

«Que faire de ces dizaines de milliers d’Arméniens cachés, de ces centaines de milliers d’islamisés et de descendants de grands-mères arméniennes dont les petits-enfants ou même les arrière-petits-enfants entament aujourd’hui pour certains une sorte de marche à rebours, refusant l’identité imposée par l’histoire ?» s’interroge la sociologue Laurence Ritter qui, avec le photographe Max Sivaslian, a mené pendant trois ans une enquête entre Marseille, Istanbul et l’Est anatolien. Un livre passionnant par les témoignages recueillis et parfois maladroit, qui a le grand mérite de mettre la lumière sur un aspect en grande partie ignoré de l’anéantissement des Arméniens de l’Empire ottoman.

«L’histoire du génocide a dû s’écrire ailleurs qu’en Turquie […], contrainte par le négationnisme omnipotent et omniprésent», rappelle dans la préface l’universitaire Cengiz Aktar, engagé dans la bataille en Turquie pour la reconnaissance du génocide, soulignant que la narration de la grande catastrophe, avec ses dizaines de milliers d’ouvrages, ne parle jamais ou presque de l’Anatolie d’après 1915 et «de ces innombrables zones grises qui ont toujours existé entre victimes et bourreaux». Dans certains cas, les Arméniens furent sauvés par des «agha» (seigneurs locaux), le plus souvent kurdes, qui voulaient garder des artisans ou des techniciens utiles. D’autres eurent la vie sauve grâce à des «justes». D’autres encore trouvèrent par milliers refuge dans la région de Dersim, peuplée de Kurdes alévis - secte moderniste et syncrétique issue du chiisme - traditionnellement tolérants et rétifs au pouvoir central. Intégrés à la population locale, ils furent victimes de la féroce répression d’une révolte kurde en 1937-1938.

Cette mémoire s’est souvent transmise aux descendants. Parfois explicitement, parfois à demi-mots, notamment quand la famille s’était convertie, pratiquant en apparence tout en gardant son identité. Mais le plus souvent ce fut le silence, surtout pour les femmes et filles enlevées et adoptées. L’avocate des droits de l’homme Fethiye Cetin découvrit ainsi tardivement ses origines et raconta cette histoire dans un récit bouleversant, le Livre de ma grand-mère (L’Aube) qui brisa le tabou. Certains essaient maintenant de renouer avec leurs origines. Un processus douloureux. «C’est encore plus tragique que d’être Arménien», confie aux auteurs du livre Yasar Kurt, chanteur de rock réputé en Turquie, parce que«les musulmans ne voudront pas de nous car nous sommes pour eux des Arméniens et que les Arméniens ne voudront pas de nous car nous avons été islamisés».





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 Libération du 03 mai 2012



Source/Lien : Libération



   
 
   
 
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