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Azerbaïdjan : pas sûr que l'Eurovision puisse réhabiliter le régime de Bakou
Publié le :

atlantico.fr

par Gaïdz Minassian (chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) et maître de conférence à Sciences po Paris. Il est l'auteur de plusieurs livres sur le Caucase du Sud.)

Publié le 26 mai 2012 - Mis à jour le 28 mai 2012

La finale de l'Eurovision se déroule à Bakou dans un contexte tendu. Le président Ilham Aliyev compte faire de l’évènement une vitrine pour son régime. Mais les autorités azerbaïdjanaises ne s'attendaient pas à recevoir de telles critiques de la part de la presse internationale...

Atlantico : L’Azerbaïdjan accueille ce samedi la finale du concours de l'Eurovision. Concrètement, que reprochent les associations "droit-de-l'hommistes" au régime de Bakou ?


Gaidz Minassian : Les associations de défense des droits de l'Homme, en Azerbaïdjan comme à l'étranger, dénoncent la nature du régime fondé sur l'autoritarisme, la peur, la corruption, les violations permanentes des libertés fondamentales (individuelles, médias, etc) et la montée du racisme anti-arménien, comme l'ont attesté plusieurs ONG internationales.

Elles condamnent les arrestations de journalistes, les pressions sur les opposants au régime et les atteintes à l'intégrité physique des citoyens azerbaïdjanais. Elles dénoncent également cette concentration des pouvoirs aux mains d'un clan et d'une famille, les Aliev, qui contrôle toutes les richesses du pays. On parle même d'une dynastie Aliev. Sachez que depuis 1969, les Aliev sont au pouvoir à Bakou à l'exception d'un intermède de six ans (1987-1993). Heidar Aliev, ancien général du KGB, chef du Parti communiste d'Azerbaïdjan et membre du Politburo du PCUS, a été président de l'Azerbaïdjan indépendant jusqu'à sa mort en 2003. Son fils a pris la succession et s'est arrangé à la faveur d'un référendum bien verrouillé pour que la Constitution l'autorise à être président à vie...

Le pays profite-t-il de cette cérémonie pour s'acheter une respectabilité ? La stratégie peut-elle être contre-productive et finir par mettre en lumière les dérives dans le pays ?

Depuis des années, l'Azerbaïdjan mène des opérations de séduction en direction de l'étranger en vue d'embellir son image et d'exprimer une forme de puissance. Fort de son pétrole et gaz, Bakou se sent même immunisé contre toute critique, considérant que la communauté internationale ferme les yeux sur l'autoritarisme du régime car elle entend tirer profit des hydrocarbures du pays. L'Azerbaïdjan vient d'être recalé par le CIO pour l'organisation des Jeux Olympiques de 2020. L'Azerbaïdjan est également co-candidate avec la Géorgie à l'organisation de l'Euro 2020 de football. On attend la réponse.

Dans l'organisation du concours d'Eurovision, c'est la même logique, faire connaître l'Azerbaïdjan, du moins sa vitrine. L'opération de séduction est manifestement ratée. Même si le concours aura lieu ce soir comme convenu, je ne pense pas que les autorités azerbaïdjanaises s'attendaient à recevoir de telles critiques de la part de la presse internationale qui a fortement condamné le règne de la dictature à Bakou. D'ailleurs, officiellement, l'Azerbaïdjan n'a pas réagi à ces critiques. Ni même la presse du pays. Mais, difficile de le faire quand il n'y a pas de presse indépendante.

L'opposition peut-elle, en profitant de l'afflux de journalistes occidentaux, faire entendre sa parole ?

De quelle opposition parlez-vous ? Il n'y en a pas, le concept d'opposition n'existe pas. Au Parlement national, il n'y a pas d'opposant. Et dans la rue, les quelques partis de l'opposition sont sous étroite surveillance. Il reste des manifestations de rue ici ou là. Il y en a eu quelques unes, rapidement dispersées par les forces de l'ordre. Les Azerbaïdjanais tentent de faire leur possible pour faire entendre leur voix, mais la réponse du pouvoir est la même : arrestations, pressions, intimidations.

Sur quoi repose aujourd'hui le pouvoir d'Ilham Aliyev ? En quoi le pays est-il un enjeu stratégique pour la région ?

Comme je vous l'ai dit, le pouvoir du clan Aliev repose sur la terreur, les forces de l'ordre et la rente énergétique. La famille Aliev est de la même trempe que les familles Moubarak, Ben Ali et autre famille de dictateurs. Les différents membres de la famille occupent les postes stratégiques du pays et gèrent les ressources nationales à des fins privées.

L'Azerbaïdjan compte sur ses hydrocarbures pour obtenir des puissances des pressions sur l'Arménie contre laquelle Bakou se dispute la province du Haut-Karabakh, qui a auto-proclamé son indépendance en 1991. Le processus de paix sous l'égide du Groupe de Minsk de l'OSCE présidé par une troïka (France, Etats-Unis, Russie) est bloqué. Bakou pratique la surenchère auprès des trois Etats pour obtenir un assouplissement de la position de l'Arménie. Mais cela ne marche pas car les méthodes utilisées par la diplomatie azerbaïdjanaise ne sont pas du goût de la communauté internationale. Sachez que près de 15 parlementaires français (députés et sénateurs) sont persona non grata en Azerbaïdjan pour s'être rendus dans le Haut-Karabakh sans être passés par Bakou. Les trois derniers parlementaires blacklistés sont des sénateurs, il y a quelques jours. Or, la France est co-présidente du Groupe de Minsk et l'Union européenne a décidé en 2011 que le temps était venu de nouer des liens informels avec les entités non reconnues du Caucase du Sud et de l'Europe orientale (Transnistrie).

Le régime utilise donc les questions énergétiques pour exercer une influence sur la communauté internationale...

L'Azerbaïdjan dispose de deux atouts : le premier, c'est que près de 35% de la logistique américaine en direction de l'Afghanistan passe par Bakou. Mais, avec le retrait des troupes de la coalition programmé pour 2014, cet argument va peser de moins en moins. Le second, c'est sa frontière avec l'Iran. Entre 14 et 17 millions d'Iraniens sont de souche azérie. Ce qui peut constituer une source de déstabilisation pour Téhéran, qui se méfie de l'idée d'un Grand Azerbaïdjan (Azerbaïdjan actuel et nord de l'Iran réunis). Les Etats-Unis et Israël n'ignorent pas les avantages qu'ils peuvent tirer de cette caractéristique. D'ailleurs, les Américains disposent de deux stations de radar en Azerbaïdjan (Astara et Kizi) et Israël a signé un contrat de vente d'armes à l'Azerbaïdjan d'un montant d'environ 1,6 milliards de dollars. Plus la question iranienne occupera les devants de la scène, plus l'enjeu stratégique azerbaïdjanais augmentera. Mais la Russie et l'Iran ne resteront pas les bras croisés.

Enfin, un autre enjeu essentiel pour Bakou est que, considérant que sa production de pétrole va se réduire à partir de 2013, l'Azerbaïdjan sait que son avenir dépend de sa capacité à devenir un territoire de transit énergétique. C'est tout le projet Nabucco, gazoduc reliant l'Asie centrale à l'Europe, défendu par les Européens et les Américains qui ferment les yeux sur les violations des droits de l'homme dans le pays. Mais ce projet Nabucco est aujourd'hui mal en point pour deux raisons. D'abord son coût : il est passé de 9 milliards de dollars à 15 milliards de dollars. Ensuite, son tracé : quel est le point de départ du pipeline ? Le Turkménistan ? L'Iran ? Dans le premier cas (Turkménistan), il faudrait que les pays riverains de la Caspienne se mettent d'accord sur son statut (est-ce un lac ou une mer ?), l'Iran et la Russie dans une moindre mesure ne sont pas d'accord avec les trois autres. Dans le deuxième cas (Iran), il faudrait d'abord que la question de son nucléaire soit réglée, ce qui est loin d'être le cas.

Enfin, les relations entre l'Azerbaïdjan et le Turkménistan ne sont pas fluides en raison d'un différend sur l'exploitation de gisements off-shore de la Caspienne. Bref, Nabucco est assez compromis comme projet, d'autant que certaines firmes occidentales commencent à s'y en désintéresser. La Russie est, n'oublions pas, également contre le projet Nabucco qui contourne son territoire.

Pour toutes ces raisons, il faut s'attendre à des remous en Azerbaïdjan dans les temps qui viennent. L'élection présidentielle aura lieu normalement en 2013. Cela devrait être une formalité pour le président Aliev. Sauf si d'ici là, la question iranienne se dégrade et provoque des dommages collatéraux dans le Caucase du Sud.

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud





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Source/Lien : atlantico.fr



   
 
   
 
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