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Fallait-il une loi sur 
le génocide arménien ? Le face à face
Publié le :

L'Humanité

Le 27 Janvier 2012

l'Humanité des débats.

Isabelle Pasquet, sénatrice communiste
des Bouches-du-Rhône.

Pierre Nora, historien français, 
membre de lÂ’Académie française.


Cette loi est-elle 
une avancée supplémentaire 
dans la lutte contre 
toutes les formes 
de négationnisme ?

Isabelle Pasquet.
La loi Gayssot ne concernait que la Shoah, cette proposition de loi concerne l’ensemble des crimes contre l’humanité qui sont reconnus par notre loi. Je vais voter car je défends l’idée que la France peut s’honorer dans le cadre de cette bataille pour les droits de l’homme de ne pas laisser faire sur son territoire des personnes qui contestent des crimes reconnus comme tels.

Pierre Nora. Cette loi est inutile et néfaste, anticonstitutionnelle et purement électorale car reconnaître le génocide arménien, la chose a déjà été faite en 2001 officiellement par une loi de la République française. Cette loi est contraire à son objet et, en plus, c’est une aberration historique.

La loi parle de tous les génocides, mais cÂ’est le génocide perpétré 
par les Turcs contre les Arméniens qui retient lÂ’attention. Pourquoi ?

Isabelle Pasquet.
Au départ, le titre de la proposition de loi concernait de manière précise le génocide arménien. Ça pouvait laisser penser que cela ne concernerait que ce génocide, ce qui n’est pas une bonne chose. Voilà pourquoi nous avons émis des réserves et obtenu que le terme soit enlevé du titre, même si, dans le texte, ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, on parle donc de répression de la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi. Donc, c’est l’ensemble des génocides.

Pierre Nora. On a employé les plus mauvais moyens pour faire et assimiler le génocide arménien au génocide juif. DÂ’ailleurs, ils sont de natures différentes, d’époques différentes. CÂ’est une manière de « nazifier » la Turquie, ce qui nÂ’est vraiment pas la meilleure des choses. SÂ’il sÂ’agissait de faire pression sur la Turquie, le résultat est concluant : la décision française ne peut que bloquer toute forme dÂ’avancée vers la reconnaissance du passé.

Comprenez-vous la réaction diplomatique immédiate et assez violente de la Turquie ?

Isabelle Pasquet.
Il ne s’agit pas de juger la Turquie, mais ceux qui contestent le génocide. Cette question du génocide arménien n’est pas non plus nouvelle, cela fait longtemps que l’on en débat. Au mois de mai dernier, au Sénat déjà, nous en parlions. C’est un sujet récurrent qu’il fallait un jour ou l’autre trancher de manière définitive.

Pierre Nora. Les intellectuels opposants turcs sont navrés à lÂ’idée que cette loi puisse passer en France. Elle va bloquer tous les efforts depuis trois ans qui étaient en train de se faire en Turquie pour que l’État reconnaisse le passé. Cette loi va les congeler et provoquer une réaction déjà effective du nationalisme outrancier. CÂ’est à la Turquie de reconnaître le passé, et pas à dÂ’autres pays de le reconnaître pour elle. Celle-ci avait proposé, en 2005, la création dÂ’une commission bipartite dÂ’historiens et lÂ’ouverture des archives. Les Arméniens avaient refusé au nom de leurs certitudes : génocide il y avait, et donc rien à ajouter, comme si le mot seul dispensait dÂ’explorer les conditions de la chose. Le gouvernement français aurait dû faire pression pour quÂ’Ankara installe une commission internationale, dont la Turquie se serait engagée à suivre les conclusions, pour sortir du fatal tête-à-tête.

Cette loi nÂ’est-elle pas aussi la porte ouverte à la remise en cause du travail de recherche des historiens ?

Isabelle Pasquet.
Cela nous est souvent opposé, mais nous suivons une certaine logique qui veut qu’à partir du moment où le génocide a été reconnu par la loi, on doit pouvoir punir ceux qui le contestent. La loi française se fonde aussi sur des études d’historiens reconnus. Au niveau du génocide arménien, il y a eu des études qui ne sont pas contestables. L’historien Yves Ternon, qui a été auditionné, comme Pierre Nora, qui n’est pas d’accord sur la pénalisation du négationnisme, mais qui reconnaît qu’il y a eu génocide, tel qu’il est défini par les instances internationales.

Pierre Nora. La voie est en effet ouverte pour toute mise en cause de la recherche historique et scientifique par des revendications mémorielles de groupes particuliers puisque les associations sont même habilitées par le nouveau texte à se porter partie civile. La criminalisation de la guerre de Vendée était dÂ’ailleurs sur le point dÂ’arriver sur le bureau de lÂ’Assemblée en 2008, lorsque la commission dÂ’information sur les questions mémorielles avait conclu à la nécessité, pour la représentation nationale, de sÂ’abstenir de toute initiative future en ce sens. CÂ’est donc dangereux, mais pas par une crainte corporatiste dÂ’aller en prison ou de payer une amende. Cela sanctuarise tout un sujet de recherche quÂ’il ne sera pratiquement ni plus possible ni plus normal dÂ’aborder ou de discuter. La loi Gayssot avait sanctuarisé une catégorie de la population, les juifs ; la loi Taubira, une autre catégorie, les descendants dÂ’esclaves et déportés africains ; la loi actuelle en fait autant pour les Arméniens. Mais cÂ’est lÂ’histoire quÂ’il faut dÂ’abord protéger, parce que cÂ’est elle qui rassemble, quand la mémoire divise !

Est-ce finalement aux politiques 
de légiférer sur lÂ’histoire ?

Isabelle Pasquier.
Ce sont des sujets difficiles à aborder, en effet, notamment cette question du génocide arménien. Les raisons évidentes, cÂ’est que nous nÂ’avons plus en vie ni de bourreaux ni de victimes qui pourraient témoigner. De plus, la France n’était pas aussi directement concernée. Mais je reste persuadée que vu le nombre important dÂ’Arméniens accueillis, il était juste que la France et ses institutions prennent en compte cette situation. Toutes ces questions interpellent les sénateurs. Bien sûr, il y a des risques : celui dÂ’empêcher les historiens de continuer leur travail car toutes les archives nÂ’ont pas encore été ouvertes. Mais le législateur doit être clair dans les choses quÂ’il fait. Il fallait reconnaître cette souffrance, les victimes de ces crimes odieux.

Pierre Nora. Ce qui frappe dans la loi adoptée le 22 décembre, son urgence, par une cinquantaine de députés, cÂ’est son téléguidage par l’Élysée, cÂ’est le cynisme politicien, la volonté de couper lÂ’herbe sous le pied dÂ’une initiative parallèle de la gauche au Sénat, son arrière-pensée dÂ’en finir avec toute candidature à lÂ’UE de la Turquie, ainsi diabolisée. La France est de toutes les démocraties la seule qui pratique ce sport législatif. Et le plus tragique est de voir lÂ’invocation de la défense des droits de lÂ’homme et du message universel de la France servir, chez les auteurs, de cache-misère à la soviétisation de lÂ’histoire.




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Source/Lien : L'Humanité



   
 
   
 
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