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Louvre : Hollande inaugure "les arts de l'Islam"
Publié le :

Nouvel Obs

Créé le 17-09-2012 à 16h39 - Mis à jour le 18-09-2012 à 07h40

Par Bernard Genies

Visite dans cette prodigieuse collection d'œuvres d'Iran, de Syrie, d'Espagne, d'Algérie, de Turquie ou d'Inde.

En août 2003, Jacques Chirac annonce la création du département des arts de l'Islam, qui devient le huitième département patrimonial du Musée du Louvre (1). Cinq ans plus tard, Nicolas Sarkozy pose la première pierre de l'édifice à venir. Aujourd'hui François Hollande inaugure ces nouveaux espaces. Plus de trois mille œuvres y seront présentées, réunissant celles du Louvre et celles (jamais exposées, par manque de place) venues du Musée des Arts décoratifs.

La nouvelle construction qui accueille ces trésors a été érigée dans la cour Visconti. Les architectes Mario Bellini et Rudy Ricciotti ont réalisé une prouesse technique, déployant une “aile de libellule” de 135 tonnes, composée de verre et d'acier, soutenue seulement par huit piliers inclinés d'un diamètre de 30 centimètres. Sous cette mantille dorée, deux niveaux d'exposition (l'un au rez-de-chaussée, l'autre en sous-sol) ont été aménagés. La plupart des objets sont disposés dans des vitrines qui permettent de découvrir les œuvres sous toutes leurs facettes. Les tapis sont quant à eux placés sur des estrades surélevées tandis que les éléments architecturaux et décoratifs sont fixés sur des cimaises.

Parmi les nombreuses pièces remarquables, on découvrira un magnifique mur de céramique ottomane long de 12 mètres, jamais montré jusqu'alors, dont la minutieuse restauration a nécessité des années de travail ; de même le porche égyptien du XVe siècle dont les 300 pièces ont été remontées pour la première fois. Sophie Makariou, directrice du département des arts de l'Islam, a accepté d'être notre guide dans ces espaces que le public découvrira en même temps que les nouvelles - et superbes - salles consacrées à l'Orient méditerranéen dans l'Empire romain.

Islam ou islam ?

Le Metropolitan Museum ne possède plus de département des arts de l'Islam. Depuis le 1er novembre 2011, les quinze salles du célèbre musée new-yorkais ont ouvert leurs portes, après rénovation, sous l'appellation : salles des arts des pays arabes, de la Turquie, de l'Iran, de l'Asie centrale et du sud de l'Asie. Cette attitude avait à l'époque suscité des polémiques, révélatrices de l'embarras que suscite encore le mot islam. Pour Sophie Makariou, “ce terme a deux sens en français : soit il désigne la sphère religieuse (et il a alors le même sens que le mot «musulman»), soit il désigne la civilisation - il s'écrit dans ce cas avec une majuscule. Le déterminant religieux n'est qu'une part de la définition d'une civilisation.” En d'autres termes, l'art musulman désigne les objets de culte et de prière.

L'art de l'Islam, lui, englobe aussi l'histoire des peuples non musulmans, à preuve l'exemple de la Syrie où les chrétiens, au XIIe siècle, sont majoritaires dans la population. On retrouve ainsi des sources iconographiques chrétiennes sur plusieurs pièces de la collection du Louvre, à l'image de ce grand chandelier exécuté par un dinandier travaillant pour le souverain de Damas et sur lequel on peut voir une représentation des Noces de Cana (récit du Nouveau Testament). De même, en Inde, les Moghols vont-ils respecter le commandement hindou qui interdit l'utilisation de la céramique pour les usages alimentaires. D'où le nombre important de pièces et d'objets réalisés en jade ou en métal.

Les collections du Louvre

Les premiers objets islamiques sont versés dans les collections du Museum central des Arts (l'ancêtre du Louvre) dès 1793. Ces pièces - comme le Baptistère de Saint Louis - proviennent des collections royales. Un siècle plus tard, un conservateur est nommé au département des objets d'art, en charge de ce que l'on appelle alors les “arts musulmans”. En 1893 et en 1903, deux grandes expositions d'“art musulman” ont lieu à Paris, la première au Palais de l'Industrie (elle présente plus de 1 500 pièces), la seconde au pavillon de Marsan : à l'issue de cette dernière, le Louvre acquiert 75 œuvres.

Au début du XXe siècle, le musée développe ses acquisitions, s'intéressant principalement au Moyen Age islamique, tandis que l'Union centrale des Arts décoratifs, fondée en 1882 (les Arts Décoratifs d'aujourd'hui), acquiert des textiles ainsi que des œuvres révélant des aspects esthétiques ou techniques. Longtemps, la présentation des œuvres du Louvre sera réduite à l'essentiel, au sein du pavillon de l'Horloge puis, en 1987, dans le département des antiquités orientales. En 1993, de nouvelles salles sont ouvertes, sur près de 800 mètres carrés, une surface bien insuffisante pour exposer les 15 000 pièces de la collection.

La figure humaine

La représentation de la figure humaine est-elle interdite dans le monde islamique ? Pour Sophie Makariou, pas de doute, c'est non : “Dans ce monde, Dieu ne s'est pas fait chair, il s'est fait verbe. La représentation divine passe donc par l'écriture, d'où l'importance de l'écriture arabe. La figure n'est donc pas associée à la figure du divin. Sa fonction est par conséquent narrative (ainsi dans la représentation, presque archétypale, du souverain). Elle peut être également un élément de l'ornement.”

Pour illustrer ce propos, voici l'une des plus belles pièces de la collection du Louvre, la Pyxide d'al-Mughira. Haute de 16 centimètres, cette boîte ronde en ivoire fut réalisée au XVe siècle en Espagne. Sur ses flancs, on distingue pas moins de soixante-neuf motifs, figures humaines ou animales. Parmi les personnages, deux hommes mordus à la cheville par des chiens ainsi qu'un groupe de trois personnages - une joueuse de luth trônant entre deux inconnus dont l'un semble jeter un regard peu amène à son voisin. Une scène qui se ferait peut-être l'écho des luttes de pouvoir qui opposaient alors, pour la succession du calife, les Umayyades et les Fatimides. “Je vous défie de trouver, dans les collections du Louvre de la même époque, un objet présentant autant de figures humaines”, affirme Sophie Makariou.

Le Livre et les livres

Jusqu'au Xe siècle, le support des exemplaires du Coran est le parchemin, le papyrus étant utilisé pour les écrits théologiques, poétiques ou historiques. Le siècle suivant va voir se répandre, venu de Chine, l'usage du papier. Le plus ancien manuscrit illustré du monde islamique est un traité d'astronomie, le “Livre des images des étoiles fixes” dont il existe une copie datée de 1009. Traités médicaux grecs, ouvrages techniques (tel le “Livre de la connaissance des procédés mécaniques”, de 1206), récits épiques (comme l'imposante fresque de quarante mille vers du “Shahnameh”, relatant les hauts faits des rois de l'Iran préislamique) vont bientôt rejoindre les bibliothèques des souverains et des lettrés.

Au XIIIe siècle, les miniatures persanes viennent illustrer les grandes œuvres littéraires, poétiques le plus souvent. Cette page d'une anthologie poétique que l'on pourra découvrir dans les nouvelles salles, exécutée vers 1430 en Afghanistan, traduit la magnificence de cet art. La scène dépeint un songe, celui dans lequel Humay prince de Syrie, la main sur le cour déclare son amour à la princesse Humayun, fille de l'empereur de Chine. Si cette rencontre paraît se dérouler en plein jour, on remarquera, en haut à gauche, le ciel étoilé de la nuit, allusion au rêve.

Les magnificences de l'Inde

Agathe, cristal de roche, jade (réputé servir d'antidote aux poisons et favoriser les victoires militaires) : l'Inde moghole (1526-1858) a été une grande consommatrice de ces pierres dures. Armes, miroirs, boîtes et coffrets furent ainsi fabriqués pour les souverains et leur entourage. Ce magnifique poignard à manche en tête de cheval, datant du XVIIe siècle, est composé d'une lame en acier damassé et damasquiné d'or tandis que le manche, taillé dans le jade, est serti de rubis, d'émeraudes et d'or. Le modelé de la tête du cheval - la bouche à demi ouverte laissant voir la langue et les dents - dénote une remarquable qualité d'exécution, comme en témoigne encore la crinière minutieusement travaillée en mèches. Pour élégant qu'il soit, ce poignard (qui a probablement appartenu à un membre d'une grande famille) n'en était pas moins d'une efficacité redoutable puisque sa lame pouvait transpercer une cotte de mailles.

Le Baptistère de Saint Louis

Une des pièces les plus emblématiques du trésor du Louvre. Réalisé vers 1330-1340 en Syrie ou en Egypte, ce baptistère (dont le parcours reste un mystère), d'un diamètre de 50 centimètres, est composé d'un alliage cuivreux, d'un décor gravé et incrusté d'argent, d'or et de pâte noire. Sur la partie extérieure, on peut voir quatre files de personnages se dirigeant chacune vers un médaillon meublé d'un cavalier. A l'intérieur, des créatures aquatiques évoluent au fond du bassin tandis que la partie supérieure révèle des combats sanglants, des membres humains étant éparpillés entre les pattes des chevaux. Autre élément rarissime : cet objet porte en six endroits différents la signature de celui qui l'a fabriqué, Muhammad ibn al-Zain. On ignore quel fut le destinataire de cette pièce, mais on ne peut qu'être intrigué par le fait qu'un premier jeu d'armoiries (un médaillon timbré d'un lion debout et de profil) a été recouvert par des fleurs trilobées - ou “fleurs de lys” -, un symbole utilisé dans le milieu mamelouk, à l'époque du sultan Al-Nasir ibn Qalawaun, contemporain d'Ibn al-Zain. En France, “enfants de roi et princes de sang”, dont le futur Louis XIII, reçurent le baptême dans ce baptistère.

Aiguière du trésor de Saint-Denis

Cette œuvre en cristal de roche est le témoignage des fastes de la cour des califes fatimides. Cette dynastie fondatrice du Caire accumula en effet des objets de luxe. Il n'existe à travers le monde que sept exemplaires (dont un seul en mains privées) de cette pièce. Elle a été acquise lors d'un voyage en Sicile par Thibaud le Grand, comte de Blois- Champagne, qui en fit don à l'abbaye de Saint-Denis avant 1152. La transparence de ce cristal venait faire écho en quelque sorte aux litanies de la Vierge, litanies où elle est comparée à un vase pur traversé par la lumière. Les aiguières pouvaient être utilisées pour les saintes espèces et à Saint-Denis elle était utilisée au moment de la commémoration de l'Eucharistie. Ainsi, alors qu'en Egypte cet objet avait un usage strictement profane, il acquiert en Europe un usage religieux.

(1) Les sept autres étant : peintures ; antiquités égyptiennes ; antiquités grecques, étrusques et romaines ; antiquités orientales ; sculptures ; objets d'art ; arts graphiques.

> Article publié dans "le Nouvel Observateur" du 13 septembre 2012.




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Source/Lien : Nouvel Obs



   
 
   
 
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