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Ouverture du Mémorial de la Shoah à Drancy : «la pression de l’histoire»
Publié le :

RFI

Article publié le : dimanche 23 septembre 2012 - Dernière modification le : dimanche 23 septembre 2012

Par Siegfried Forster

Légende photo : Le Mémorial de la Shoah à Drancy.
Philippe Weyl


Le Mémorial de la Shoa à Drancy ouvre ses portes ce 23 septembre. Une institution unique dans une petite ville de la banlieue parisienne, en face des anciens immeubles où furent séquestrés des juifs. Pendant la Seconde Guerre mondiale, c’était la « Porte de l’enfer » pour les juifs en France. 67 000 des 75 000 juifs déportés de France étaient internés dans la Cité de la Mouette à Drancy, avant leur transport dans les camps d’extermination. Seulement 3 500 déportés sont revenus. Le musée de 2 500 mètres carrés sur cinq niveaux et avec des grandes façades vitrées raconte l’histoire du camp et la vie des internés. Entretien avec Jacques Fredj, directeur général du Mémorial de la Shoah.

En quoi ce nouveau Mémorial dans la ville de Drancy est-il unique ?

C’est la première fois qu’on crée un lieu d’éducation à Drancy face à l’ancien camp d’internement, la Cité de la Mouette. Dans ce lieu, un HLM qui n’a jamais été habité, des gens sont venus habiter cette cité après la guerre. Depuis 1948, l’ancien camp est redevenu un lieu de vie. Il a fallu 32 ans pour construire le monument commémoratif inauguré en 1976. Et il a fallu 68 ans pour y construire un lieu d’éducation. La construction de la mémoire du camp de Drancy a été longue, difficile et sinueuse et parallèle à la construction de la mémoire de la Shoah en France.

Il y a toujours 500 personnes qui habitent dans ces appartements HLM de l’ancien camp. Avec le Mémorial en face, s’agit-il de « muséaliser » un lieu de vie ?

On se place vraiment comme un lieu de médiation entre le public, l’histoire et le lieu. On ne veut pas être un monument commémoratif, il y en a déjà un. On ne reconstitue rien, puisque la Cité de la Mouette est juste en face de notre bâtiment. Nous sommes simplement un lieu d’éducation, un lieu d’histoire où l’on vient pour apprendre, pour approfondir ses connaissances. C’est intéressant de s’interroger sur ce qui s’est passé et sur les raisons pour lesquelles on a construit, à 15 kilomètres de Paris, un lieu d’internement où on a rassemblé plus d’habitants que ce que compte la ville de Drancy aujourd’hui. Comment on a pu faire cela en France ? Comment les populations ont vécu avec ? Pourquoi personne n’a protesté ? Tout en sachant que Drancy était l’antichambre d’Auschwitz et tout cela a été initié par les nazis. Donc il faut s’interroger aussi sur l’idéologie nazi qui poussait à commettre un génocide non pas seulement en France, mais dans toute l’Europe. L’histoire de Drancy n’est que la page française d’une histoire européenne.

Drancy symbolise aussi la complicité du gouvernement de Vichy. Est-ce que ce sera le rôle du Mémorial de transmettre ce fait historique aux générations futures ?

Absolument. Drancy est un peu la caricature de ce qui s’est passé en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Tout ce qui avait été décidé par les nazis a été mis en œuvre par la police et l’administration française avec la complicité du gouvernement de Vichy.

A l’étranger, le camp d’internement de Drancy symbolise la déportation des juifs de France. Est-ce que ce sera un Mémorial de l’internement ou de la déportation ?

C’est les deux : Drancy était un camp d’internement, un lieu d’exclusion. A partir de l’été 1942, il était devenu un camp de déportation. La grande majorité des juifs en France, même ceux qui étaient arrêtés en province, étaient ramenés vers Drancy. Les convois étaient formés depuis Drancy. 63 convois sur les 76 sont partis du camp de Drancy. A partir de l’été 1942, le camp de Drancy a changé de nature.

Qu’est-ce que vous allez montrer dans l’exposition permanente ? Des objets en rapport avec le lieu, l’histoire française, la souffrance des juifs ?

On va surtout parler de l’histoire du camp de Drancy, parce qu’au Mémorial de la Shoah à Paris, c’est un lieu sur l’histoire générale de Vichy, des persécutions antisémites, de la déportation, etc. A Drancy, on parlera essentiellement de l’histoire du camp de Drancy, de ce qu'il s’y est passé. Cela va être un lieu spécialisé. Malheureusement, il y a très peu de photos et principalement ce sont des photos de la propagande nazie. Cela a été une difficulté. On utilise aussi des objets, mais il y a peu d’objets, parce que Drancy a été un camp qui a été véritablement bouclé. Les internés avaient peu de possibilités de créer quoi que ce soit à l’intérieur du camp. Il y avait des lettres. On utilise beaucoup les témoignages des anciens internés, des témoignages qu’on a été recueillir pour l’occasion, de façon à raconter la vie des internés à l’intérieur du camp.

Le Mémorial est situé en Seine-Saint-Denis, un département sensible au nord de Paris où vivent beaucoup de gens issus du monde arabe, où il y a beaucoup de tensions intercommunautaires et aussi des incidents antisémites. Est-ce un problème pour le Mémorial ?

Moi, je n’appelle pas cela un problème, mais un défi. L’éducation est un défi. Je vois cela plutôt comme une chance, une opportunité. On a été très bien accueilli dans le département jusqu’à maintenant. On travaille déjà depuis de nombreuses années avec ce département. On n’arrive pas sur un terrain inconnu. Cela sera sans doute plus difficile. Ce qui est important c’est qu’on soit intégré dans le tissu urbain, qu’on fasse partie du paysage. De toute façon, il ne faut pas réduire cela au département du 93. Le Mémorial de Drancy est là pour parler à tout le monde.

Vous êtes directeur du Mémorial de la Shoah à Drancy, mais aussi à Paris, inauguré en 2005 dans le quartier du Marais. Ouvrir un deuxième Mémorial à Drancy, est-ce que c’est la même démarche qu’avait entreprise le Centre Pompidou avec son Centre Pompidou Metz ou le Louvre avec le Louvre à Lens ?

C’est un peu particulier, parce qu’on n’ouvre pas ce lieu n’importe où. On l’ouvre à Drancy. Ce n’est pas simplement une annexe du Mémorial ou une nouvelle branche du Mémorial dans une grande ville. C’est la construction d’un outil d’éducation face à un lieu où il s’est passé quelque chose de centrale dans l’histoire de la déportation des juifs de France. C’est pour moi quelque chose d’absolument indispensable que nous devons faire à l’égard des gens qui ont vécu cette histoire. Comme outil d’éducation, c’est aussi absolument indispensable de pouvoir enseigner cette histoire, à proximité de ce qui avait été le camp de Drancy. Donc pour moi ce n’est pas la même chose que le Centre Pompidou-Metz ou le Louvre-Lens. L’état d’esprit est différent et la pression de l’histoire est différente.




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Source/Lien : RFI



   
 
   
 
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